08/08/2010

Un souffle épique grâce à Ridley Scott

Un "gladiateur" du Moyen Age, un Robin avant son installation dans la forêt de Sherwood. Un héros qui précède l'Histoire, réinvente le mythe, orchestre la légende.
Le "Robin Hood" de Ridley Scott, c'est l'anti Robin des Bois par excellence, du moins celui que nous renvoie le cinéma depuis Douglas Fairbanks ou mieux encore Errol Flynn dans le célébrissime film de Richard Thorpe.
Avec Ridley Scott, foin de joyeuses cascades en collants verts dans un Nottingham de studio hollywoodien, d'un Errol Flynn à la moustache frémissante ou d'un Kevin Costner un peu mou, sans haine donc sans âme. C'est l'histoire d'un homme "honnête, brave et naïf", c'est ce que dit de l'archer Robin Longstride le roi Richard Coeur de Lion qui très vite après, meurt d'une flèche envoyée par un cuisinier français (quelle ironie) du haut d'un château de Normandie. Reste, que les Français à la fin de ce XIIe siècle, sous la gouvernance du roi Philippe Auguste, en prennent plein la poire dans le film de Ridley Scott ; mais cela en est ainsi depuis toujours entre nos deux nations.
A la façon d'un certain Martin Guerre (Depardieu dans le film de Daniel Vigne), Robin quitte le champ de la dernière bataille de son roi pour l'Angleterre où il va se faire passer pour celui qu'il n'est pas, Robin de Loxley, un chevalier dont il a reçu les dernières paroles et une épée à ramener à Nottingham au père de ce Loxley ; un rôle de vieillard dont s'acquitte avec grandeur le légendaire Max Von Sydow. Il y rencontre Lady Marianne, jouée par une Cate Blanchett les deux pieds dans la boue, à des siècles de son rôle dans "Elizabeth". Robin va l'aider à conserver son lopin de terre contre les appétits du roi Jean, successeur de Richard, aussi lâche qu'hypocrite qu'était brave son frère.
Il y a là déjà un embryon de ce que sera la future communauté de Sherwood, avec le jovial frère Tuck, Petit-Jean, d'autres qui vont rendre légendaires les exploits du hors-la-loi Robin Hood.
Ridley Scott réinvente cette mythologie avec un film magnifique qui ne sombre jamais dans l'ennui, malgré ses 2 h 20, et bien au contraire se bonifie en route.
Car il y a du road movie dans ce "peplum" roman, du parcours initiatique dans le cheminement de Robin, cet archer un peu fruste, qui, de pilleur de cadavre un peu puant – on ne se lavait guère à l'époque- devient un fréquentable "outlaw" qui dépouille les riches pour nourrir les pauvres. Et l'on ne saurait trop souligner la qualité des scènes de batailles dans lesquelles, filmés au plus près, des centaines de figurants s'étripent "joyeusement", comme on pouvait le faire en un siècle où la vie était chose insignifiante. Le tout est orchestré avec maestria par un cinéaste de 72 ans, subtilement monté et incroyablement bien joué des premiers et seconds rôles, Mark Strong, William Hurt, Léa Seydoux dans le rôle de la reine Isabelle, à la piétaille de figurants. Du cinéma à grand spectacle comme on disait à l'époque où les salles avaient des balcons, des ouvreuses et parfois des attractions à l'entracte. Un cinéma qui fait plaisir à voir en ouverture de Cannes, même hors compétition, parce que cela a donné, hier soir, aussi une belle montée des marches, mais sans Ridley Scott immobilisé par des problèmes de locomotion interne.

Richard Pevny




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