17/02/2011

le discours d'un roi

Prix du Public au festival de Toronto en octobre dernier, favori des Bafta les César britanniques, comme des Oscars qui seront remis le 27 février prochain où il cumule pas moins de douze nominations, autant que “Titanic”, “Le discours d’un roi” a déjà valu à son interprète principal, l’acteur britannique Colin Firth, un Golden Globe, et l’on ne voit pas qui pourrait lui ravir cette année l’Oscar, tant le rôle en lui-même est porteur de récompenses. Mais c’est le propre d’Hollywood de susciter ce genre de rôles dits à Oscars : Susan Saradon dans “La dernière marche”, Geoffrey Rush dans “Shine” ou Dustin Hoffman dans “Rain Man “. Le “so British” Colin Firth est donc cette année l’archi favori de la statuette dorée. Il le mérite, car il n’est pas facile de jouer un bègue, même de naissance royale, et dans pratiquement toutes les scènes, quand on ne l’est pas soi-même.
C’est toute l’histoire, ou dirions-nous le drame, du roi George VI quand il n’était encore que duc d’York et que son père, George V régnait sur les 58 Etats de l’Empire britannique. Albert coulait des jours tranquilles dans son palais entre son épouse Elizabeth (Helena Bonham Carter) - la future Queen Mum - et leurs petites filles les princesses Elizabeth (future Elizabeth II) et Margaret. Il lui fallait de temps à autre représenter la couronne, prononcer un discours comme au stade de Wembley où se tenait l’Exposition de l’Empire. Un cauchemar pour le prince qui butait sur chaque mot, une torture pour les oreilles des spectateurs.
Albert, un être introverti, timide et froid, maladroit, emprunté, peu charismatique, à des années-lumière de son frère le populaire David, appelé à succéder à leur père sous le nom d’Edouard VIII. Or, ce dernier, s’entiche d’une Américaine divorcée, Wallis Simpson, ce qui pose un problème constitutionnel.
Et c’est un roi malgré lui qui monte sur le trône en 1938, après l’abdication de son frère, un roi qui a mis son problème de bégaiement entre les mains d’un obscur thérapeute du langage, sans diplôme de médecine et de surcroît australien. Le film de Tom Hooper raconte l’improbable rencontre entre ces deux êtres que tout sépare, le milieu - Lionel Logue exerce dans un quartier populaire -, l’éducation, le langage. D’entrée, faisant fi de tout protocole, Logue s’adresse à son patient par son petit nom, Bertie, réservé aux intimes, malmène quelque peu la royale personne en l’obligeant par exemple à dire une blague - Albert cite le plus sérieusement «la chute n’arrive jamais à temps” -, même des gros mots... c’en est trop, le duc s’emporte et dans son excès de langage envers son thérapeute, ne bégaie plus.
Pendant ce temps à Nuremberg, Hitler galvanise les foules, sans bégayer.
Quand George VI doit lire à la radio le discours, sans doute écrit par Churchill, qui fait entrer le Royaume-Uni dans la Seconde guerre mondiale, chacun retient son souffle, l’entourage du monarque, comme les spectateurs dans la salle de cinéma. Enfoncés dans nos fauteuils, nous souffrons pour et avec George VI, seul devant le microphone de la BBC. Le roi sera à la hauteur de sa tâche, deviendra même un modèle avec son épouse pour son pays durant les terribles bombardements de la capitale. Le fantastique film de Tom Hooper se termine quand commence l’Histoire.
discours.jpgRichard Pevny

21:28 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.