26/02/2011

Sofia Coppola : « J'ai tendance à écrire sur ce que je connais »

coppolaint.jpgQui est Johnny Marco, le personnage principal de votre film ?
Après le tournage de « Marie-Antoinette », j'ai habité à Paris et c'est là que m'est venue l'idée de « Somewhere ». L'idée d'un personnage, un acteur un peu perdu dans une vie déconnectée de la réalité. Et cela ne pouvait se passer qu'à Los Angeles. Parce qu' il y a tous ces films importants et mémorables sur Los Angeles que j'habite, comme « American gigolo », et qui traduisent quelque chose de l'ambiance de cette ville. Je voulais donner une version contemporaine de cela. Johnny Marco roule en Ferrari, habite le Château Marmont, mais se prépare des pâtes.

Qu'est-ce qu'il y a de votre vie passée dans « Somewhere » ?
J'ai tendance à écrire sur ce que je connais, cette façon de parler des choses que je connais. Cette façon, c'est ma façon de travailler sur des choses qui me sont personnelles. Je sais ce dont je parle. Je me projette dans tous les personnages. Pour la petite fille, j'ai pensé à des amis dont les parents étaient dans le show bizness, aux relations qu'ils avaient avec leurs propres parents. Mon enfance à moi a été très différente, même si j'ai utilisé des souvenirs personnels pour nourrir ce projet.

Pourquoi situer l'essentiel du film dans cet hôtel de Los Angeles ?
D'abord j'ai pensé au personnage du film et d'après sa vie, il m'a semblé logique qu'il habite au Château Marmont. Beaucoup d'acteurs habitent là, c'est une légende d'Hollywood. Beaucoup de gens du métier s'y rencontrent Il m'a semblé que c'était l'endroit idéal pour y situer l'histoire. Où il ne fait pas grand-chose.

Pourquoi avoir titré le film « Somewhere » ?
Pour moi il y a une différence entre ce qui est superficiel dans la vie et les choses importantes de la vie. On ne peut avoir tous les plaisirs, c'est inconcevable. Si je l'ai appelé « Somewhere » c'est parce qu'il faut qu'il trouve cet ailleurs, il faut qu'il arrive à changer, à se retrouver ailleurs. C'est pour moi une histoire universelle dans le sens où nous avons chacun des moments dans notre vie où il faut choisir, on ne sait pas où l'on en est. Il me semble que ce sont des moments que l'on peut partager.

À la fin, où va Johnny Marco ?
La fin du film est en fait le début de sa vie. J'ai une idée assez précise de ce qu'il en est à ce moment-là pour lui, mais je préfère laisser au public le soin d'imaginer ce qui va se passer. Je pense qu'il s'agit d'un nouveau chapitre dans sa vie.

Comment étiez-vous à l'âge de Cléo la fille de Johnny Marco ?
À 12 ans, ma famille habitait la Nappa Valley dans le sud de la Californie. J'allais à l'école, lisais les magazines de mode et passait mon temps au téléphone avec les copines.

Vous pensiez au cinéma ?
Non, cela dit je détestais devoir écrire des textes pour l'école et j'ai essayé de convaincre mes professeurs de filmer des choses et la première chose que j'ai filmée c'était quelque chose sur George Washington.
Recueilli par Richard Pevny

17:59 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

"Somewhere" : l'ennui, mode d'emploi

coppolafilm.jpgSomewhere s'ouvre sur un plan séquence, assez long pour faire du dernier fils de Sofia Coppola, après le frémissant « Marie-Antoinette », un objet cinématographique insolite, atypique, évoquant le petit mon de fermé au commun des mortels d'Hollywood. Une Ferrari tourne inlassablement dans le désert. La caméra est fixe. L'on sait quand le bolide se rapproche, passe devant l'objectif, fait une boucle, puis s'éloigne hors champ. Cette séquence est à l'image de Johnny Marco, jeune acteur hollywoodien, dont la vie, hors tournage, se résume à faire tourner son joujou dans le vide. Quand il ne pilote pas, Johnny Marco vit au Château Marmont, un palace de Los Angeles, sorte de microcosme hollywoodien, une vie dans la vie. Et dans la vie de Johnny Marco, l'hôtel est une sorte de lieu d'ennui, où il tue les heures en attendant le coup de fil d'une attachée de presse pour une séance de maquillage, où un voyage express à Rome pour une conférence de presse. Même entre les jambes d'une fille superbe, il lui arrive de s'endormir…
« Je ne suis rien. Je ne sais pas quoi faire » , avoue-t-il. Johnny pourrait ne pas être un acteur, mais c'est le monde que connaît le mieux Sofia Coppola. Et justement, dans cette vie un peu inutile, elle introduit un élément perturbateur. Un matin, son ex-femme confie à Johnny la garde leur fille de onze ans, juste quelques jours avant que cette dernière ne rejoigne une colonie de vacances pour gosses de riches. Désormais, Johnny Marco a un but, une responsabilité, des projets à venir pour passer peut-être un peu plus de temps avec sa fille. Métier étrange que celui d'acteur qui passe de l'effervescence d'un tournage pendant quelques semaines à une vie de tous les jours qu'il faut à chaque fois reconstruire.
Certains y arrivent très bien, d'autres enchaînent les films pour éviter cet entre-deux où l'on ne sait plus quoi faire. La solitude, la vie dans les hôtels qui peuvent être une sorte de chez soi artificiel, font partie de cette vie-là. Si Johnny semble déconnecté de la vie, Cleo, sa fille, est dans le monde réel. Pour elle, la vie au Marmont, l'escapade en Italie, ne sont que des moments de vacances, un peu exceptionnels.
« Somewhere » capte une atmosphère. Fille du réalisateur Francis Ford Coppola, Sofia parle de ce monde qu'elle a côtoyé, même si les deux histoires ne sont en rien comparables. Ce film sur l'ennui, n'est pourtant jamais ennuyeux.
R.P.

17:55 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Sharon Stone sex-symbol du cinéma... français

sharon.jpgComme en 2006, lorsqu'elle était venue à Paris défendre - un bien grand mot pour un film qui avait si peu d'ambition - "Basic instinct 2", le salon Psyché du Ritz semblait faire figure de camp retranché à l'intérieur même du palace de la place Vendôme. Pas un demi-mètre carré des lieux qui ne fut occupé par un ou une journaliste. Debout derrière la dernière rangée de chaises dorées à la louche, mon 1m 82 à la démarche oscillant entre Gary Cooper et Clint Eastwood de vieux routier des salles obscures, ne pourrait échapper à son regard amusé. Des particules de testostérones emplissaient le peu d'air ambiant, senteur de cuir tanné et de tabac froid. En 2006 - je me trouvais à deux mètres de ses longues jambes -, quand elle déclarait : « J'ai des fantasmes tout le temps ».
Elle avait obtenu quatorze millions de dollars pour croiser et décroiser une nouvelle fois ses jambes. Au bout, « Basic instinct 2 », n'était qu'une chose bien prétentieuse. Ce qui était caché dans le film de Paul Verhoeven, le pic à glace et la petite culotte de Catherine Tramell, devenait d'une banalité déconcertante. A Paris, la blonde sulfureuse, du haut de son Q.I. de 154, relativisait : « Basic instinct 2 n'est qu'un film...». Or, dans une fin d'après-midi parisienne morose de janvier dernier, quand l'idée d'un « Basic instinct 3» est montée au cerveau d'un confrère de la presse pipeau(l), la star la plus glamour d'Hollywood a envoyé l'effronté dans les cordes. N'empêche, son arrivée dans le deuxième épisode de « Largo Winch », n'est peut-être pas anodin. Qu'interprétant une procureur près le Tribunal pénal international, elle interroge le séduisant Largo, assise sur son bureau, balançant ses jambes croisées sous les yeux de son suspect, le rapprochement avec « Basic Instinct » n'aura échappé à personne. Sharon Stone resterait donc prisonnière de son destin de sex symbol.
« Qu'à mon âge quelqu'un me qualifie de sex symbol, c'est formidable » , lancera guillerette la star. Pour le reste, le fameux clin d'oeil dont toute la presse va parler, « tant de gens y font référence, et étant donné que cela fait partie de mon patrimoine, je suis contente de savoir que cela est drôle et rend le film plus divertissant » . Et puis, ajoute-t-elle, « le client a toujours raison ».
Après un congé sabbatique de trois années, durant lesquelles elle s'est surtout occupée de ses trois enfants, 4, 5 et 10 ans, Sharon Stone revient sur les plateaux de tournage par la France. « J'ai lu beaucoup de scénarios, mais peu de rôles qui me plaisaient » , assure-t-elle. Maintenant que ses enfants ne son plus en couche, elles se dit plus disponible. Pas nécessairement pour Hollywood. «On parle de tourner un autre film en France...» , laisse-t-elle planer. Si elle n'avait pas été actrice, «j'aurais aimé être pompier...» , dit Sharon en forme d'épilogue, nous laissant, avec cette info, rêveurs.
Richard Pevny

17/02/2011

Philippe Le Guay : “On vient au cinéma pour prendre conscience du monde”

femmes ixieme.jpgJean-Louis Joubert est agent de change. Il vit avec son épouse et ses deux garçons (en pension) dans un appartement haussmanien tout ce qu’il y a de plus bourgeois. Fils de bourgeois lui-même, Jean-Louis Joubert est le digne fils de son père dont il a repris la charge. Sa mère vient de mourir. "Ma mère n’a jamais aimé personne», lâche-t-il. Comme un malheur n’arrive jamais seul, leur vieille bonne, Germaine, s’en retourne dans sa Bretagne natale. Par ses copines de bridge et de shopping, Suzanne Joubert engage Maria, une jeune et séduisante bonne espagnole.
Philippe le Guay (“L’année Juliette “, “Le coût de la vie “...) a largement puisé dans ses souvenirs le thème de son neuvième long métrage. Il a été lui aussi cet enfant d’agent de change, bercé par une bonne espagnole qui répondait au prénom de Lourdes. «Il paraît qu’elle m’habillait en blanc toute la journée. Quand on voit le film, on a l’impression d’un autre monde. Or, c’était il y a à peine cinquante ans...», dit le réalisateur, rencontré au Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier en octobre dernier, où “Les femmes du sixième étage” était présenté en avant-première dans le cadre de l’hommage à Carmen Maura.
Fabrice Luchini - c’est leur troisième film ensemble -, joue ce personnage de bourgeois un peu «éteint», souligne Philippe Le Guay. «En même temps, il est bienveillant, pas désagréable. Il a horreur des conflits, ne prend jamais de décision violente. La caractéristique de la bourgeoisie, c’est qu’elle est endormissante. Jean-Louis va découvrir un monde plus vrai, plus authentique, il va découvrir la solidarité, toutes choses qu’il ne connaît pas».
Il va surtout découvrir les femmes du sixième étage, ces chambres de bonnes à deux étages de son propre appartement. Où il va finir par s’installer après que son cœur ait chaviré pour la douce Maria.
«Je crois que le cinéma est fait pour faire le chemin vers l’autre, vers la vérité. Quand les enfants reviennent de pension, leur mère ne les embrasse pas. Alors que ces femmes du sixième n’arrêtent pas de prendre Jean-Louis dans leurs bras, de lui caresser les cheveux, lui faire des bisous. Fabrice a le regard émerveillé d’un enfant, comme s’il rencontrait toutes les mères possibles».
Fabrice Luchini est émouvant, attachant dans ce personnage peu bavard, mais observateur, amoureux d’un folklore, d’un univers, comme s’il était à la découverte d’une terre inconnue. Il est presque en retrait par rapport à ce qu’il peut débiter de paroles. «Vous savez, il est même capable d’enlever sa chemise. Il a une puissance et une liberté incroyables. Mais c’est un acteur. Il m’a dit: “C’est un rôle un peu somnolent pour moi, je n’aurai pas beaucoup à travailler “. Ça commence bien, me suis-je dit. Il a surtout ce côté enfantin dans le regard qui est la chose que j’adore chez lui. Son regard sur ces femmes, muet, pour moi était le pivot autour duquel s’organisait le film».
Il a face à lui, Sandrine Kiberlain, dans le personnage ingrat de la bourgeoise de service. «C’est une provinciale, dit Philippe Le Guay. Elle n’a pas vraiment tous les codes. Elle essaie d’être au niveau de ses amies qui sont un peu condescendantes avec elle. Elle sent bien que son mari a un trouble. Forcément ce doit être une rivale, une femme très riche, très belle, très parisienne. Elle ne peut pas imaginer qu’il a une inclination pour une bonne». Cela lui est inconcevable, c’est presque une insulte. «Il y a quelque chose d’épanoui qui se dégage de lui, qui fait scandale auprès de ses enfants, parce qu’il transgresse les lois. C’est François Truffaut qui disait que les enfants sont conservateurs».
Les femmes du sixième étage “est un film qui se situe plus près de Jean Renoir que de Sacha Guitry. «C’est quand même un des grands thèmes du théâtre depuis Molière et Marivaux», répond Philippe Le Guay qui casse un peu les codes tout en inventant un personnage, joué par Carmen Maura, chargé de remettre tout le monde à sa place.
«Je pense que l’on vient au cinéma pour prendre conscience du monde. On vient aussi pour se distraire bien sûr. Les films qui personnellement me touchent, ce sont les films qui montrent un personnage qui casse l’ordre pour arriver à trouver une nouvelle forme de réalité de lui-même, dit encore le cinéaste. Ces femmes, elles sont une sorte de fantaisie. Le sentiment que dégagent les acteurs dans un film, ce sont des émotions que l’on partage sur un plateau. Quand je les voyais arriver toutes les six, j’adorais les regarder parler entre elles à toute allure. J’étais au spectacle. J’avais la même euphorie que le personnage de Fabrice".
Interview recueillie par Richard Pevny

21:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

le discours d'un roi

Prix du Public au festival de Toronto en octobre dernier, favori des Bafta les César britanniques, comme des Oscars qui seront remis le 27 février prochain où il cumule pas moins de douze nominations, autant que “Titanic”, “Le discours d’un roi” a déjà valu à son interprète principal, l’acteur britannique Colin Firth, un Golden Globe, et l’on ne voit pas qui pourrait lui ravir cette année l’Oscar, tant le rôle en lui-même est porteur de récompenses. Mais c’est le propre d’Hollywood de susciter ce genre de rôles dits à Oscars : Susan Saradon dans “La dernière marche”, Geoffrey Rush dans “Shine” ou Dustin Hoffman dans “Rain Man “. Le “so British” Colin Firth est donc cette année l’archi favori de la statuette dorée. Il le mérite, car il n’est pas facile de jouer un bègue, même de naissance royale, et dans pratiquement toutes les scènes, quand on ne l’est pas soi-même.
C’est toute l’histoire, ou dirions-nous le drame, du roi George VI quand il n’était encore que duc d’York et que son père, George V régnait sur les 58 Etats de l’Empire britannique. Albert coulait des jours tranquilles dans son palais entre son épouse Elizabeth (Helena Bonham Carter) - la future Queen Mum - et leurs petites filles les princesses Elizabeth (future Elizabeth II) et Margaret. Il lui fallait de temps à autre représenter la couronne, prononcer un discours comme au stade de Wembley où se tenait l’Exposition de l’Empire. Un cauchemar pour le prince qui butait sur chaque mot, une torture pour les oreilles des spectateurs.
Albert, un être introverti, timide et froid, maladroit, emprunté, peu charismatique, à des années-lumière de son frère le populaire David, appelé à succéder à leur père sous le nom d’Edouard VIII. Or, ce dernier, s’entiche d’une Américaine divorcée, Wallis Simpson, ce qui pose un problème constitutionnel.
Et c’est un roi malgré lui qui monte sur le trône en 1938, après l’abdication de son frère, un roi qui a mis son problème de bégaiement entre les mains d’un obscur thérapeute du langage, sans diplôme de médecine et de surcroît australien. Le film de Tom Hooper raconte l’improbable rencontre entre ces deux êtres que tout sépare, le milieu - Lionel Logue exerce dans un quartier populaire -, l’éducation, le langage. D’entrée, faisant fi de tout protocole, Logue s’adresse à son patient par son petit nom, Bertie, réservé aux intimes, malmène quelque peu la royale personne en l’obligeant par exemple à dire une blague - Albert cite le plus sérieusement «la chute n’arrive jamais à temps” -, même des gros mots... c’en est trop, le duc s’emporte et dans son excès de langage envers son thérapeute, ne bégaie plus.
Pendant ce temps à Nuremberg, Hitler galvanise les foules, sans bégayer.
Quand George VI doit lire à la radio le discours, sans doute écrit par Churchill, qui fait entrer le Royaume-Uni dans la Seconde guerre mondiale, chacun retient son souffle, l’entourage du monarque, comme les spectateurs dans la salle de cinéma. Enfoncés dans nos fauteuils, nous souffrons pour et avec George VI, seul devant le microphone de la BBC. Le roi sera à la hauteur de sa tâche, deviendra même un modèle avec son épouse pour son pays durant les terribles bombardements de la capitale. Le fantastique film de Tom Hooper se termine quand commence l’Histoire.
discours.jpgRichard Pevny

21:28 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)