12/03/2011

"127 heures" de Danny Boyle

Aron a 26 ans. Chaque week-end, il court, pédale, escalade, s'époumone, bande ses muscles, massacre ses chevilles dans les endroits les plus inaccessibles. Aron est un drogué - dopé à l'adrénaline - des sports extrêmes, jusqu'à en oublier deux ou trois règles. Ainsi, il n'a dit à personne où il allait, n'a pas décroché le téléphone quand ce matin-là sa mère l'a appelé alors qu'il préparait son sac à dos. Plus grave, il a oublié sur la table basse son indispensable couteau suisse. Pourtant tout baigne pour lui. Le ciel est bleu et les filles, deux randonneuses qu'il rencontre, sont séduisantes, au point de lui faire interrompre un instant sa course à l'inutile pour les eaux turquoises d'un lac perdu. Car peu après, le jeune homme se retrouve prisonnier au fond d'une gorge étroite jadis creusée par l'eau.
Son calvaire commence. Dès les premières heures, ayant fait de sa main valide l'inventaire de son sac à dos, Aron essaie de déplacer le bloc de pierre, mais ce dernier ne bouge pas d'un pouce. Entre des essais tous infructueux, Aron débute un dialogue avec sa caméra, sentant de plus en plus qu'il pourrait ne pas sortir vivant de ce piège. Chaque matin, un cordeau passe au-dessus de la fente rocheuse baignée par quinze minutes de soleil.
Les heures passent, l'ombre court sur la paroi rocheuse, la traînée blanche d'un avion s'inscrit très haut dans le ciel. Il laisse des messages pour les siens, ses amis, ses petites amies, sa mère à qui il demande pardon de ne pas lui avoir consacré ce matin-là leurs dernières minutes ensemble. Il raconte aussi ses vains efforts pour s'en sortir. La faim, la déshydratation -il survit grâce à l'absorption de son urine -, entraînent des hallucinations. Il a la vision d'un petit garçon. Est-ce lui enfant ou son fils à naître ?
Devant l'autre caméra de Danny Boyle, l'acteur James Franco joue un homme confronté à sa propre mort et qui revient à la vie au prix d'une mutilation. Pour Danny Boyle, l'épreuve a transformé quelqu'un qui ne s'était guère jusque-là préoccupé que de lui-même. Le film montre la lente transformation de cet être qui troque un morceau de sa chair pour une autre vie.
R.P.

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L'impitoyable western des frères Coen

coen.jpgComme l'indique le titre du film et du roman éponyme, elle en a la petite Mattie. « True grit » c'est avoir du cran. Au pays des cow-boys sentant la selle de cuir tanné et le canasson épuisé par les longues chevauchées en territoire indien, où l'on obéit à la seule loi du Colt ou de la Winchester, Charles Portis, que ce premier roman fit entrer en 1968 dans la mythologie du vieil Ouest américain, qualifierait notre gamine d'insolente et de chipie. Il faut lire sa rencontre avec le colonel Stonehill, marchand de chevaux avec qui son père avait traité avant de se faire refroidir. On sait dès les premières pages que Mattie Ross n'a pas l'intention de s'en laisser remonter par les adultes.
Le film des frères Coen suit fidèlement le roman de Charles Portis ; ce n'est donc pas comme on l'a dit un peu trop facilement un remake de « Cent dollars pour un shérif » , précédente adaptation en 1969 de « True grit » par le vétéran du western Henry Hattaway, avec John Wayne dans le rôle du marshal Cogburn, qui lui valut l'unique Oscar de sa carrière. Autant le légendaire acteur des films de John Ford était droit dans ses bottes, autant Jeff Bridges marche à côté de ses pompes. Ça fait une sacrée différence !
Dans le film de Joël et Ethan Coen, comme dans le roman, Mattie Ross parle à la première personne. Nous sommes en 1870. Mattie Ross a 14 ans. Elle débarque à Fort Smith, ville-frontière de l'Arkansas avant l'inconnu, les terres sauvages qui seront réunies en 1907 dans l'Etat de l'Oklahoma. A Fort Smith, son père a été abattu de sang-froid, pour deux pièces d'or, par Tom Chaney à qui Ross avait offert un travail et un endroit pour dormir. « Les gens ne croiront pas qu'une fille de quatorze ans puisse quitter sa maison pour aller venger la mort de son père en plein hiver » , dit Mattie en voix off. Au western bien pensant de Hattaway, shooté au technicolor, les frères Coen substituent une version plus sombre, plus proche du roman, et de surcroît d'un Ouest plus violent. Tom Chaney s'est enfui dans les territoires indiens. Qu'à cela ne tienne, Mattie Ross va l'y faire poursuivre en engageant le marshal le plus coriace qui soit, Rooster Cogburn, un ivrogne, couvert de poussière qui sent le crottin. Un ranger texan (Matt Damon quasiment méconnaissable), arrogant, est aussi sur la piste de Chaney recherché au Texas pour le meurtre d'un sénateur. Et pour lui, une pendaison bien payée au Texas vaut bien une pendaison en Arkansas. Sauf que la petite n'en démord pas, elle veut ramener Chaney à Fort Smith. Il y a de la fessée dans l'air.
Sombre, mais pas toujours le western revu et corrigé par les frères Coen, qui injectent, comme d'habitude une bonne dose d'humour dans leur propos, aidés par les dialogues finement ciselés de Charles Portis : « - Je devrais te filer une paire de claques.- Et comment comptez-vous vous y prendre, vautré dans votre souille de cochon ? » Cela sent bon le whisky frelaté et le café bouilli.
Charles Portis, né en 1933 en Arkansas où il vit toujours, a écrit cinq romans. Les frères Coen les ont tous lus. On comprend qu'ils aient été séduits par ce mélange d'innocence représenté par une jeune presbytérienne, mais non moins insolente, qui côtoie le temps d'une chevauchée vengeresse la brutalité du vieil Ouest. Elle finit d'ailleurs à la fin du roman en vielle fille « revêche » « attachée à mon église et à ma banque ».
Joël et Ethan Coen font leur entrée dans le western avec un coup de maître. « True grit » est leur premier grand succès aux Etats-Unis. Et comme toujours, rien n'est sérieux chez les deux frangins de Minneapolis. « True grit » n'est pas plus un western parodique qu'un thriller en costumes d'époque. Ethan Coen évoque quant à lui la dimension « Alice au pays des merveilles » à cause de « l'environnement vraiment exotique et décalé pour nous » dans lequel évolue Mattie Ross.
Décalé, ce terme sied bien pour qualifier l'œuvre des deux cinéastes.
R.P.

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Hollywood, Hitchcock et la RKO

Quatrième film d'Alfred Hitchcock, « Soupçons » a été réalisé pour la RKO en 1941. C'est David Selznick qui a fait venir le cinéaste britannique à Hollywood. Il y réalise « Rebecca», adapté du roman éponyme de Daphné du Maurier, avec Joan Fontaine qu'il dirigera dans « Soupçons », prêté pour ce tournage à la RKO par Selznick qui y a fait ses débuts de producteur. A propos de Hitchcock, François Truffaut écrira que le réalisateur de « La mort aux trousses » filme des scènes d'amour comme des scènes de meurtre et des scènes de meurtre comme des scènes d'amour. Quand Hitchcock tourne pour la RKO, celle-ci a un peu plus de dix années d'existence, née avec le parlant, par la volonté du PDG de la RCA d'exploiter le procédé d'enregistrement et de sonorisation qu'il vient d'inventer. Pour cela, il s'est associé avec Joseph Kennedy, le père du futur président des Etats- Unis. Kennedy qui est plus un homme d'argent qu'un mécène, entend produire des films de qualité moyenne histoire d'alimenter en bobines le parc de 700 salles qu'il a racheté.
En octobre 1931, David O. Selznick qui dans quelques années mettra en chantier (dont le fameux décor de l'incendie d'Atalanta) le chef-d'œuvre « Autant en emporte le vent » , est nommé à la tête de la production. Sous sa férule va se mettre en place une exigence artistique qui fera de la RKO, pendant deux décennies, l'un des studios les plus inventifs, s'attirant la crème des cinéastes américains, à commencer par Orson Welles qui tourne à la RKO « Citizen Kane » et «La splendeur des Amberson », mais aussi John Ford ( « La charge héroïque »), Howard Hawks ( « L'impossible M. Bébé »), Otto Preminger ( « Un si doux vicage »), Richard Fleischer, Nicolas Ray, Robert Wise, George Cukor, Raoul Walsh oui Joseph Losey.
Dans le décor des « Chasses du comte Zaroff » en 1932, la RKO tourne le fameux « King Kong » qui frappera l'imagination des spectateurs découvrant des terres lointaines et inconnues filmées en studio. La RKO va donc apporter dans les salles sa part de rêve. Katharine Hepburn, découverte à Broadway, est pour la RKO ce que Garbo est à la MGM et Dietrich à la Paramount, une créature sophistiquée et inaccessible pour le commun des mortels. Et puis il y a le tandem Ginger Rogers-Fred Astaire, un miracle d'enchainements dans des décors extrêmement soignés, des compositeurs haut de gamme, et la voix d'Astaire. Ils tournent (au sens propre et figuré) à huit reprises.
A partir de 1942, le studio se lance dans le film de guerre et le polar dont il fera une marque maison avec des acteurs comme Robert Mitchum. Sous Howard Hughes, ingénieur, aviateur, patron de la TWA et qui se pique de cinéma, le studio entame sa longue agonie. « Lessivé » par les « extravagances » de Hughes, selon Bertrand Tavernier. La RKO finira dans le giron de la télévision qui s'emparera de son catalogue et fermera le studio. C'est cette l'histoire passionnante de ce studio hollywoodien que raconte le documentaire de Philippe Saada, en complément du « Saint contre-attaque » de Robert Wise. Et vingt-quatre autres longs métrages caractéristiques de la facture sinon de l'art de ce studio atypique dans la production hollywoodienne de l'époque.
Richard Pevny
rko.jpg« Il était une fois la RKO », coffret de 25 DVD. Editions Montparnasse. 100 euros.
“Hitchcock, pièces à conviction“ de Laurent Bouzereau. Editions de La
Martinière. 176 p., 39 euros.

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