15/05/2011

1981 - 2011

numérisation0006.jpgIl y a trente ans, je débarquais en gare de Cannes pour mon premier festival. Le Palais construit au tout début des années cinquante, se trouvait à l’emplacement du Palais Croisette où aujourd’hui ont lieu les séances de la Quinzaine des réalisateurs. Il était le centre nerveux de la manifestation entre le Grand Hôtel - dont le patron en 1938 avait initié ce contre-festival de Venise - et le Carlton.
Il n’y avait pas de montée des marches ordonnées, tout ce faisait dans une joyeuse pagaille, sans services de sécurités tatillons.
Les gens entraient et sortaient des palaces comme dans un moulin; il y eut pas mal de vols dans les chambres dont les serrures ne résistaient pas aux professionnels du larcin. Vous pouviez depuis le Majestic, marcher quasiment aux côtés d’un Jack Nicholson se rendant à la projection du “Facteur sonne toujours deux fois”, sans que cela provoque une bousculade. Il y avait moins de journalistes - 4 500 cette année. Ils se retrouvaient au dernier étage du Palais où la terrasse leur était réservée. C’est là, que Jack Lang, tout fraîchement nommé à la Culture, pull Lacoste rose négligemment jeté sur les épaules, avait pris contact avec le festival.
J’étais venu réaliser un reportage sur le barnum qu’engendrait sur deux cents mètres de Croisette cette fête du cinéma mondial. Nous étions à peine sortis de cette décennie qui avait érigé “Emmanuelle” en film cul(te). James Bond s’affichait en grand devant le Carlton; il fallait passer entre les jambes de Roger Moore pour pénétrer dans le palace, sorte de grosse meringue, construit à l’époque où les aristocrates russes dominaient la jet-set internationale.
Les starlettes aux seins nus impressionnaient encore le lecteur. La plupart n’étaient pas plus starlettes que moi vicaire. De gentilles secrétaires - je n’ai rien contre les secrétaires - en vacances, se payant du bon temps en pigeonnant une cohorte de paparazzi.
Quand j’eus fait mon aller-retour du Majectic au Martinez marquant les limites de cet Hollywood boulevard, je compris que l’exotisme, le changement d’air étaient plus dans les salles que sur la plage; ou au Blue Bar où les critiques se déchiraient à propos d’un travelling ou d’un plan séquence.
Le Palais des festivals s’est déplacé, les salles ont changé de nom, mais dans leur obscurité défile de nouvelles images. Cinéma coréen, japonais, indien, indépendant américain, mexicain, nordique ou méditerranéen, Cannes est l’endroit rêvé, où vous ne voyez jamais le soleil se lever ou se coucher. Douze jours dans une nuit artificielle.
Richard Pevny

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