21/05/2011

14 mai : habemus Moretti

hbemus.jpgOn se croirait au collège pendant une interro écrite. Les cardinaux alignés sur deux rangs de face, doivent inscrire sur une fiche le nom de leur favori au fauteuil de Saint Pierre. Il y a ceux qui tentent de copier sur leur voisin, d'autres qui se planquent derrière leur bras... Après l'émotion que chaque spectateur ne pourra que ressentir devant les images d'archives de l'enterrement de Jean Paul II qui ouvrent le film, Nanni Moretti installe un court moment de comédie. Dans le silence de la chapelle Sixtine, les pensées intimes des cardinaux explosent en une cacophonie de suppliques : "Pas moi, Seigneur !" Et puis c'est un visage, jusqu'alors perdu parmi d'autres sur lequel l'objectif se focalise, le visage de Michel Piccoli, le pape que s'est choisi Nanni Moretti dans 'Habemus papam'.
Et ce pape va refuser la charge qui lui est proposée, parce qu'il ne s'en sent pas capable. Personne ne refuserait un tel honneur, mais lui parce qu'il ne la demandait pas, la repousse. Ce qu'il aurait voulu : être acteur, jouer Tchekhov, mais il a raté son entrée au Conservatoire.
'Habemus papam', le nouveau film de Nanni Moretti livre beaucoup plus de choses sur le métier d'acteur, la scène et le cinéma en général, que sur celui de pape.
On a donc un pape qui demande à réfléchir, fausse compagnie à ses anges gardiens et s'en va errer à travers la ville. Partout où il passe, on regarde ce vieil homme un peu original sans rien ne percevoir de son rôle, alors que la ville éternelle prie pour que le nouveau pape se montre enfin à sa fenêtre. Pendant ce temps au Vatican, le psychanalyste appelé pour sonder l'inconscient sinon l'âme du nouvel élu, organise des parties de volley-ball avec les cardinaux de la curie.
Ces derniers, toujours au secret, s'adonnent dans le silence de leur étroite chambre, qui au vélo d'appart, qui à une réussite ou à la réalisation d'un puzzle.
Sous l'habit pontifical il y a un homme qui doute, non pas de sa foi, mais de sa capacité à changer l'Eglise, à guider le milliard de croyants, à apporter amour et compréhension.
Le spectateur se souvient de Jean Paul Ier, qui selon la confidence d'un cardinal, ne voulait pas accepter, et est décédé épuisé après un mois de pontificat en 1978. Il a peut-être lu de la main même de Benoît XVI, que ce dernier a pensé au couperet de la guillotine lorsque son nom est sorti. Il comprendra donc aisément le propos de Nanni Moretti. Rien qui n'offense la religion ou ébranle le socle même de l'Eglise.
Quant au pape, il est interprété par le légendaire Michel Piccoli qui lui donne de cette autorité qui caractérise depuis toujours les gens d'église. Mais derrière le visage comme sculpté dans le marbre de Carrare du chef, il y a un homme saisi de panique. Un prix d'interprétation ne serait pas volé par cet immense acteur.


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