21/05/2011

15 mai : gardarem lo Larzac

larzac.jpgUn aigle décrit de grands cercles dans un ciel d'un bleu infini. Il observe l'homme qui au sol parcourt à petites foulées le chemin qui court sur le causse du Larzac. Drôle d'endroit pour faire son jogging. Ce sexagénaire à la barbe blanche, c'est Léon Maille, l'un des 103. Durant dix ans, ces indigènes firent de leur résistance pacifique à l'Etat français, un modèle de lutte dont on parle encore aujourd'hui. José Bové, longtemps porte-parole de la Confédération paysanne, figure emblématique des faucheurs, fut l'un d'eux.
Pierre et Christiane Burguière, Michel Courtin, Christian Rouqueirol, Pierre Bonnefous, Michel Vincent, Marizette Tarlier, dont le mari Guy - décédé en 1992 - fut en quelque sorte le "stratège de la lutte" au point qu'à Paris dans les cabinets ministériels on lui décernait le titre de "préfet du Larzac", tous ceux-là furent aux avant-postes de cette lutte. Ils étaient des paysans "pur porc", c'est-à-dire de souche, catholiques et de droite, dit l'un d'eux, ou "pionniers", venus "coloniser" ces terres caillouteuses où rien ne poussait facilement, parce qu'ils en étaient tombés amoureux comme d'une beauté unique dont on veut se repaître chaque jour de la vue.
Des paysans dont on disait à l'heure du journal télévisé qu'ils vivaient encore comme au Moyen-âge, selon le secrétaire d'Etat à la Défense de l'époque, et à qui Paris apporterait le confort contre quelques hectares de terre tout juste bonne à faire crapahuter de jeunes recrues en treillis. Les 103, sur 107 paysans expropriés, dirent non et les Français furent derrière ces gens-là, parce que la France rurale cela parle au coeur de chacun.
Et bientôt, le Larzac, ses grands rassemblements festifs, sorte de Woodstock occitan où venaient chanter Marti et Graeme Allwright, ces convois de tracteurs vers la capitale, reçus de village en village comme s'il s'agissait de la caravane du Tour de France, ces moutons lâchés sur le Champ-de-Mars, ce Larzac fut l'endroit où l'on pouvait prolonger Mai 68 "après voir été foutu dehors de la ville", dit le curé Pierre Bonnefous qui à l'époque prit fait et cause pour les 103 avec la bénédiction de l'évêque de Rodez.
'Tous au Larzac' du documentariste Christian Rouaud, arrive à un moment crucial, alors que les papys du Larzac sont appelés à reprendre du service. "En luttant contre le gaz de schiste, on empêche les multinationales de détruire notre territoire", "message très subversif".



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