21/05/2011

16 mai : Dujardin star du muet

the artist.jpgC’est un merveilleux hommage au cinéma. Un peu culotté quand même Michel Hazanavicius, le réalisateur de ce long métrage en noir et blanc - mais il ne serait pas le premier de “Zelig “de Woody Allen à “Ed Wood” de Tim Burton -, et de surcroît muet. “The Artist” prend le contre-pied de la 3D en revenant à l’âge d’or du cinéma muet, quand les maîtres s’appelaient Frank Borzage, Fritz Lang, Murnau ou King Vidor.
Gonflé les sélectionneurs du festival de Cannes qui, après avoir inscrit ce film français hors compétition, ont fait volte-face à quelques jours de l’ouverture et versé “The Artist” en compétition, ce qui en fait un candidat déclaré à la Palme d’or. L’histoire est celle d’une star du cinéma muet qui par orgueil ne veut pas entendre parler du parlant. Il ne s’en remettra pas, le crash de 1929 finissant par le ruiner. Sur l’un de ses derniers tournages, il a rencontré une jeune figurante que le parlant va propulser en lettres lumineuses aux frontons des cinémas. C’est à la fois “Boulevard du crépuscule” et “Les lumières de la ville”, un mélodrame, genre le mieux adapté au format, avec ci et là une petite touche de comédie.
“The Artist” se situe plus dans l’hommage que le pastiche. Les Américains, selon le réalisateur, ont été « touchés » que des Français viennent jusque chez eux raconter leur propre histoire du cinéma. En effet, le film a été tourné à Hollywood, entre autre dans les anciens studios de Chaplin et Mack Sennett, le bureau de Harry Cohn puissant patron de la Columbia (dont John Goodman dans “The
Artist” pourrait être le double), dans le cinéma où avait eu lieu la première des “Temps modernes” et jusque dans le propre lit et la demeure de Mary Pickford.
« Notre volonté était de faire un divertissement, un film populaire, mais qui ne soit pas dans le second degré », dit Michel Hazanavicius, contrairement à ses deux “OSS 117” avec Jean Dujardin et Berenice Bejo (à la ville la compagne du réalisateur). Ces deux-là se retrouvent pour interpréter George Valentin et Peppy Miller le tandem muet de “The Artist”. Lui a travaillé sur la pantomime,, le jeu de Douglas Fairbanks et les claquettes - leur numéro inspiré de Fred Astaire et Ginger Rogers est magnifique ; elle, a vu sur internet, dit-elle, 150 clins d’œil de Dietrich.
Magnifique travail sur le cadre, la lumière, le jeu des ombres, des contrastes, les décors - de vieux projecteurs ont été sortis de remises où ils avaient été abandonnés - et les costumes, “The Artist” retrouve un langage cinématographique propre au film muet, jusque dans son rythme, 22 images/seconde au lieu de 24, « ce qui donne un léger accéléré » que l’on oublie d’ailleurs très vite.
Quand on demande à Thomas Lagmann ce qui l’a entraîné dans une aventure aussi singulière, lui qui vient de produire une nouvelle “Guerre des boutons” à des années-lumière du muet, le fils de Claude Berri vous répond que « accompagner un rêveur et faire que son rêve se réalise, c’est la
quintessence du métier ». Il ne reste plus au jury qu’à être à son tour emporté dans cet âge d’or que “The Artist” revisite avec beaucoup de sens artistique.


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