21/05/2011

19 mai : dans la peau de Sarkozy

conquete.jpgEn peignoir affalé dans un large fauteuil, la télécommande dans une main, dans l'autre jonglant avec son alliance, tel nous apparaît Nicolas Sarkozy interprété par Bruno Podalydès dans le film le plus attendu du festival. Nous sommes le 6 mai 2007. Le candidat à la présidentielle attend les résultats définitifs de l'élection. Maussade, parce que son épouse, où ce qu'il en reste, n'est pas là. On ne l'a même pas vue voter. Cécilia, celle qui gérait tout, qui contrôlait tout, depuis le début, et qui l'a lâché dans les derniers lacets de cette ascension.
Mais Nicolas Sarkozy est un battant, c'est Rocky Balboa, même à terre, il se relève pour continuer le combat. "Je suis comme Virenque, je tombe, je me relève et je gagne la course", dit-il à une équipe de France 2 qui le suit entrain de faire du vélo. Le Nicolas Sarkozy de "La conquête"n'est pas très éloigné du vrai Nicolas Sarkozy. En fait, c'est lui et c'est pas tout à fait lui. Il y a des gestes reconnaissables, quelques tics, haussements des épaules, la voix aussi de l'acteur est un peu changée.
On n'est ni dans la caricature, encore moins dans le pastiche. "La conquête" est une comédie sur le pouvoir. Il n'est pas dit que ce film déplaît au principal intéressé. En tout cas, ses conseillers pourraient le lui recommander comme un exercice de ce qu'il ne faut pas faire avant 2012. Reste que "La conquête"ne plaira sans doute pas au petit monde médiatico-politique parisien, à commencer par les journalistes serviles au pouvoir et bien mal récompensés.
Il ne plaira pas à Dominique de Villepin, parce que le personnage qui le représente semble accréditer l'idée d'un cabinet noir tramant des complots, manipulant des listings pour nuire au candidat Sarkozy. Mais bien sûr, nous sommes dans une fiction, on n'est pas obligé de tout croire.
Pourtant ils sont tous là, facilement identifiables, Cécila Sarkozy, Rachida Dati, Jacques et Bernadette Chirac, Dominique de Villepin, Pierre Charon, Jean-Louis Debré, Henri Guaino... d'autres encore, quand débute la conquête de ce pouvoir en 2002 avec la nomination de Sarkozy à l'Intérieur. Chirac l'aurait placé à ce poste "pour le flinguer", dit-il à son équipe. Aussi sera-t-il "le premier des ministres", omniprésent. Un "ministre de l'actualité"qui dit aux flics qu'ils ne sont pas là pour jouer les assistantes sociales ou au football avec des gamins, mais "pour réprimer". Derrière cette volonté de se mettre en avant, il y a Cécilia. "Tu dois fabriquer l'actualité et la commenter", lui dit-elle. Cécilia l'inspiratrice, Cécilia sans laquelle il n'est rien, et qu'il cherche partout comme un malade le soir de son élection. Dans le cinéma français nous ne sommes guère habitués à un tel traitement du politique s'agissant de la personne même de l'exécutif, quand les Anglo-Saxons produisent avec l'argent de la BBC "The Queen" de Stephen Frears.
En France chaînes publiques et privées, hormis Canal +, se sont déballonnées. Frilosité vis-à-vis du politique. Reste ce long-métrage sur les cuisines de la politique au plus haut sommet de l'Etat existe. Instructif et parfois mêmes irrésistible. Telle cette scène : après une intervention télévisée, Chirac appelle Sarkozy pour le féliciter. L'autre n'en croit rien et murmure : "Je vais le niquer ce grand con". Cécilia le coupe : "Tu as éteint au moins ton portable"...
Richard Pevny

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