21/05/2011

21 mai : politiquement correct

Jamais la politique française n’avait été aussi présente à Cannes avec pas moins de trois films décryptant le fonctionnement du pouvoir au plus haut sommet de l’Etat, l’Elysée pour ne pas le nommer. On ne reviendra pas sur “La conquête”, long métrage qui narre en long, en large et e n travers la prise du pouvoir par Nicolas Sarkozy à partir de 2002 lorsqu’il est nommé par Jacques Chirac place Beauvau.
Plus intéressant, parce que relevant en même temps de l’intime, est “Pater” d’Alain Cavalier, réflexion sur le pouvoir, du politique comme du cinéaste, film qui brouille les genres, fiction et réalité, mensonge et vérité.
Le troisième exemple, sélectionné pour Un certain regard, n’eut pas démérité en compétition. “L’exercice de l'Etat” de Pïerre Schoeller raconte le fonctionnement des institutions de l’intérieur, sorte de cuisine interne, politique du changement de cap permanent et du revirement. On y joue souvent Bercy contre le reste du monde, c’est-à-dire les autres minsitères.
Un ministre des Transports (Olivier Gourmet), le centriste du gouvernement, doit valider la privatisation des gares demandée par Matignon. Celui qui ne veut pas apparaître comme "le ministre des privatisations», fait le dur apprentissage de la solitude du pouvoir. Consultant son smartphone, il laisse tomber : «4 000 contacts et pas un ami». Son chauffeur attitré ayant pris quatre semaines d’un congé parental, son directeur de cabinet, Gilles (Michel Blanc), engage un chômeur, Martin Kuypers, ancien champion de natation. Le sport rapproche le ministre, plus lecteur de l’Equipe que du Monde, et son nouveau chauffeur.
Le film décrit le fonctionnement d’un ministère avec sa cohorte de grands fonctionnaires - Zabou Breitman en conseillère en communication -, payé pour déblayer le terrain au ministre. Le compromis y est souvent la règle et le cynisme n’y est pas la panacée des grands commis de l’Etat. Seuls comptent les sondages et la réélection du PR, entendez le Président, qui donne les ordres, mais ce n’est pas lui qui va au charbon, qui se prend les insultes et la pression des radicaux de la CGT.
“L’exercice de l'Etat” nous montre que faire de la politique c’est sacrifier beaucpoup, à commencer par une vie privée très vite mise en lambeaux. Même la mort d’ un collaborateur, épisode aussi médiatique, prive le minsitre des seules paroles de sincérité qu’il pourrait avoir en cette occasion. «Mon cher, dit Michel Blanc avec un faux détachement, la politique est une meurtrissure permanente».R.P.

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