08/09/2011

Jane M.

Nuit et brouillard. La Buick Electra 225 bleu métallisé s’est encastrée dans le semi-remorque à dix-huit roues arrêté sur l’US 90 qui relie Biloxi à La Nouvelle-Orléans. Dans la voiture accidentée, quatre chihuahuas, deux ont survécu. Et les enfants, Miklos, 10 ans, son petit frère Zoltan et leur sœur Mariska, trois des cinq enfants de l’actrice, blessés mais vivants. Les autres, trois adultes, dont l‘actrice elle-même, sont morts. La Buick roulait vite, n’a semble-t-il pas vu le mastodonte, à cause du nuage d’insecticide répandu plus tôt.
D’elle, de ce corps qui faisait encore fantasmer l‘Amérique des camionneurs, il ne reste rien de reconnaissable, juste une forme sanglante, en minirobe déchirée, le haut du crâne éclaté, répandant un peu partout de la matière cervicale, ce qui entretiendra longtemps la légende d’une décapitation.
Deux heures plus tôt, pour 9 500 dollars, « la reine du sexe » a donné un dernier spectacle de son corps à demi-nu dans une minable boîte de strip-tease. Elle avait été élue Miss Queen of the Chihuahua Show en 1952 et 53 et Gas Station Queen la même année. Mais ce 29 juin 1967, Jane Mansfield n’est plus que l’ombre de ce qu’elle avait compté pour les manchettes. Même si elle réussissait encore à créer un certain émoi sur le parking d’un restaurant routier. Bagarres, expulsions, procès en cascades, la vie de Jane Mansfield n’était plus qu’une suite de scandales, ce qui quelque part contribuait à assurer sa publicité, son gagne-pain. Une centaine de demandes d’interviews arrivait chaque semaine à son domicile et son indice de notoriété était comparable à celui de Bardot, des Beatles et de Paul VI.
«C’était la seule star internationale à accepter tout ce qu’on lui proposait», inauguration, parade, strip-tease, écrit Simon Liberati, qui dresse un compte rendu clinique de la vie, la carrière et la mort de Jane Mansfield.
«Symbole de l’ancien Hollywood, créature de Frankenstein lancée par la régie publicitaire de la Fox contre Marilyn Monroe» dont elle n’avait su garder que le côté effeuilleuse, le jeu de Jane Mansfield restait limité, d’où une longue liste de nanars, en «Blonde explosive», caricature de la blonde écervelée qui affichait dans la vraie vie un Q.I. de 163. Pas mal pour une idiote. Elle avait été l’actrice la plus photographiée en son temps, «elle sut soutirer au diable la sortie la plus spectaculaire des années bitume, douze ans après James Dean», quinze ans avant Grace et trente ans avant Diana. Revers de la médaille, elle est aussi devenue la movie star la plus vite oubliée.
Richard Pevny
mansfield.jpg«Jane Mansfield 1967» de Simon Liberati. Grasset.

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