12/11/2011

Philippe Legorjus : « A Ouvéa, j’ai été trahi par les politiques »

kassovitz.jpg Patron du GIGN en 1988, Philippe Legorjus a servi de négociateur entre les Kanaks qui détenaient 27 gendarmes et Bernard Pons ministre des DOM-TOM, entre les deux tours de la présidentielle.
Votre personnage sent très bien les enjeux politiques et vous ?
Je le sentais, mais plus par instinct que par rationalité. Mathieu a un avantage sur moi, c’est qu’il beaucoup consulté, il a rencontré des acteurs de l’assaut autres que moi, il pu croiser aussi bien du côté kanak que du côté des forces de l’ordre des informations. Mias je sors un livre bientôt dans lequel j’ai récupéré, après que le film ai été réalisé, des informations qui expliquent plus de choses. Ca va dans le sens du film, mais encore plus loin con cernant le comportement des politiques dans ce type de problématique.

C’est la version de votre livre (1) qui est traduite dans le film ?
Mon livre est plus soft. Je n’ai absolument pas participé au film, même pas comme consultant. Mathieu est venu me voir en 2002 pour me dire : je veux faire un film sur Ouvéa. Dans sa vision, le rapport de la Ligue des Droits de l’homme, il y avait d’un côté, les gentils kanaks et de l’autre les méchants blancs. Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Il y a peut-être un peu de ça, mais il n’y a pas que ça. On a commencé à équilibrer un peu sa vision. Il y a quatre ans, il est revenu me voir : j’ai cherché l’angle cinématographique, je veux faire le film à partir de tes yeux, m‘a-t-il dit. Je peux te dire historiquement ce qui est passé à tel ou tel moment, pour le reste, c’est ton travail, lui ai-je répondu. Il a dû écrire 24 ou 25 versions du scénario, il m’a tenu au courant jusqu’à la 21e version. Il voulait tourner à Ouvea, il n’a pas pu, une partie de la communauté kanak était contre, elle était capable de le montrer et d’aller très loin dans la manière de le montrer. Ses perceptions ont changé. Il a tourné sur un petit atoll de Wuanutu.


Le film que vous avez vu, est-il conforme à ce que vous attendiez ?
Quand j’ai vu le film la première fois, je suis resté plus que scotché, j’ai été secoué. Il y a mis de l’intensité. Il montre ce qu’est le peuple kanak y compris les militants indépendantistes. C’est la cinquième fois que je le vois. On voit qu’il s’est nourri plus que de mon histoire. Vous savez, on a passé des jours et des nuits à discuter ensemble. Il a fait de moi le personnage central du film.

Djibaou ?
Je l’ai rencontré avec Edgar Pisani et Christian Blanc en 1985. Dans l’affaire je n’ai jamais eu accès à Fdjibaou. Entrre les deux moment sd el’asqaut j’ai essayé de le contactter. Je n'ai jamais eu Jean-Mariue Djibaou en direct. Je pense qu’il négociait a directement avec Mitterrand l’après deuxième tour de la présidentielle.

De quoi vouliez-vous témoigner dans votre livre ?
Je voulais raconter ce qui s’était passé, au premier degré. Je crois que le film montre plus de choses, il y a une force émotionnelle terrible.

Tel qu’on vous voit dans le film, c’était votre rôle, avoir un pied dans la négociation et un pied du côté de l’intervention?
J’essaye de faire mon métier, Mathieu me le fait dire dans le film. Avant l’affaire d’Ouvea, j’ai pu piloter une centaine d’opérations sur le terrain de la prise d‘otages au forcené, par bonheur ça s‘est toujours très bien passé. Quand j’arrive à Ouvea, je suis hyper à l’aise à part les longues heures de voyage.

Reste qu’on vous voit beaucoup plus négociateur ?
C’est la vision de Mathieu. Un jour en Ille-et-Vilaine, il y a un forcené qui a grièvement blessé un de mes sous-officiers tombé à ses pieds. Il a levé son fusil pour l’abattre, je lui au collé une balle et l’ai tué. Les gens qui peuvent penser que je ne suis qu’un négociateur font une grosse erreur. Quand il faut négocier c’est le principal moteur du métier, je sais être négociateur, mais s’il faut prendre les armes et l’utiliser dans un cadre légal et légitime, je n’ai aucun souci pour le faire.

Dans le film, l’armée elle ne négocie pas ?
Le film là aussi est peu dur vis-à-vis du monde militaire. L’armée est employée hors contexte. L’armée quand elle est employée dans son bon contexte, elle rend les services qu’on attend d’elle. Les militaires sont les serviteurs de l’intérêt général, qui font très bien leur métier. Le problème, c’est les politiques qui les emploie à contre-sens. Il y a un problème politique. La structuration fondamentale du personnel politique français n’a pas changé depuis quarante ans. Les personnels qui servent la République sont des gens qui captent les organes de pouvoir, imposent une forme de pensée symétrique et rationnelle, alors que pour régler les peoblèmeq sz conflits et contentieux, il faut faire de la pensée asymétrique, imaginer des shéma différents de ceux qui ont été imaginés. Les mêmes circonstances produiraient les mêmes effets. Je ne fais pas de procès aux individus, c’est le système qui les rend comme ça. On supprime l’Ena, Polytechnique, les grands corps de l’Etat, on réhabilite l’Université. On interdit pendant vingt ans l’accès aux postes clés du gouvernement et de la haute fonction publique aux anciens élèves issus des grandes écoles, on transforme le pays, on change la structure des élites et on devient un pays moderne.

Vous devriez faire de la politique ?
J’adore la politique mais je n’ai pas ma place dans le système actuel. Je ne suis pas biodégradable dans le système poltiqiue actuel.

Eva Joly qu’en pensez-vous ?
C’est l’ensemble même de la personne qui est sur le bon créneau mais qui s’exprime comme une troskiste des années 50. Elle utilise le langage, les méthodes des politiciens auxquels elle s’oppose.

Quand on vous dit d’obéir, vous le faites sans état d’âme ?
Je le fais parce que je dois le faire.

Que devenez-vous aujourd’hui ?
Je suis président d’une société qui construit dans le monde agricole des outils de développement durable, biomasse, photovoltaïque. .Pendant Ouvea j’ai compris que je n’avais plus mla place dans le système. Si je restais patron du Gign longtemps après j’allais moi-même devoir entrer en rebellion avec les représentants politiques qui avaient failli et insulté la République par leur comportement. Je peux pas accepter qu’on dévoie la chose publique; quand vous êtes patron d’une unité anti terroriste c’est pas rien. A la limite vous pouvez faire un coup d’Etat, je n‘y pense même pas. Ce quoi m’intersse c’est le coup d’Etat républicain profond, le transformation des élites. J’ai appliqué les mêmes shémas au monde de l’entreprise. Au début je l’ai fait dans le monde de la sécurité, parce ce que la gestion des ridsques ml’était n naturelle. Je me suis vite lassé parce que rep^roduction des mêmes shémas. Quand j’ai fait de l’intelligence économique je me suis heurté aux sphère é&tatiques dansd la manière de porter la politique économique de la France. Ca m’intéresse d’avoir une PME régionale qui peut agir sur les vrais sujets lesd énergies renouvelables surtout quand l’Etat vous change les règles tous les quinze jours. Le vrai courage c’est d’affrionter les difficultés. Le GIGN c’est un chef une mission des moyens.

L’indépendance de la Nouvelle Calédonie, vous étiez partisan ?
J’ai toujours été partisan de l’indépendance association. On voit avec le voyage de Sarkozy là-bas, on voit tous les mêmes mécanismes du temps de Pons se mettre en branle. Oil vont joeur sur la partie de l’électorat qui fait basculer pour voir un peu plus d’autonomie sans avoir totalement l’indépendance.

Vous pensez que vous avez été manipulé ?
J’aime pas le verbe manipuler. Instrumentalisé sans doute. Je croyais que mon jeu était le bon. Je trouvais toujours une solution pour aller plus loin. A deux trois jours de l’assaut final, j’aurais pu sortir un énième lapin de mon chapeau, ils n'en voulaient pas.

Interview recueillie par Richard Pevny

(1) « La morale et l’action » (Editions Fixot, 1990).

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