18/01/2012

Pierre Richard : "Marcher à côté de mes pompes, je sais le faire"

CallPierreRichard_05.jpgRencontre avec l'acteur au Festival du Film de Sarlat en novembre dernier où le film "Et si on vivait tous ensemble" de Stéphane Robelin était présenté en comptétition. Photo Eric Catarina.
Pensez-vous que la vie en collectivité, telle qu’elle est montrée dans «Et si on vivait tous ensemble>?» est possible?
Intéressante sûrement, possible certes, mais cela ne doit pas être facile. Tous ces gens - dans le film on le voit bien - ont un passé, donc des manies, des frustrations, des aigreurs ou des hobbies. Les mettre tous ensemble sur un même bateau, ce n’est pas évident, ça peut même créer des agacements, voire plus. Mais aussi des choses fort drôles s’en dégagent. Ce que je trouve intéressant dans le film de Stéphane Robelin, c’est qu’il montre, certes des gens âgés, mais qui n’ont pas renoncé à leurs idées, ni à leur sexualité, à la vie en somme. Ce sont des gens encore bien vivants qui tiernnent à avoir une capacité d'émerveillement. Ils ne veulent pas se retrouver dans un mouroir. Et quand l’un d’entre eux est obligé d’intégrer une maison de retraite, et qu’ils vont lui rendre visite, mon personnage se récrie: il n’y a que des vieux ici !

Et pour vous acteur, lorsque vous êtes amené à participer à un film choral comme c’est le cas ici, cette vie en groupe est-elle toujours facile ?
Il se trouve que nous avions tous de la considération, du respect les uns pour les autres. Guy (Bedos) ou Claude (Rich), je n’avais jamais tourné avec eux, ce sont des acteurs pour lesquels j’ai de l’admiration. Je pense que j’ai rarement vu un groupe aussi uni. Quand je tournais un petit bout de scène, Claude s’approchait ensuite, me serrait dans ses bras et me disait: «tu étais très bien». C’est gentil pour acteur d'en aider un autre. Il avait l’humilité de me demander après avoir joué lui-même une scène: tu trouves que ça allait ? Jane (Fonda) était vraiment généreuse. Il y a une chose qui m’a beaucoup touché chez elle hors tournage. Elle ne savait pas qui j’étais. Mes films ont été distribués un peu partout dans le monde, mais pas réellement aux Etats-Unis. Elle a eu cette curiosité de me demander de lui procurer un DVD d’un de mes films. Je lui ai amené «Le grand blond avec une chaussure noire». Deux jours après, elle m’en a demandé un autre, et ainsi de suite. Quand on sait la journée d’actrice qu’elle se faisait et ensuite peut-être quelques mondanités, je ne connais pas beaucoup d’acteurs ou d’actrices qui auraient eu cette curiosité, cherchant à connaître le travail d’acteur de celui qui interprétait son mari.

Vous jouez un personnage qui a pas mal d’absences, mais l’on ne sait jamais si toutes sont réelles, d’autres de fausses absences...
C’était un rôle dans lequel je n’ai pas eu du mal à entrer. Marcher à côté de mes pompes, je le fais très bien. Et plus je suis à côté de mes pompes, plus je suis à l'aise. Le plus difficile pour moi en général c’est d’entrer dans la chaussure. Je suis dans le film un personnage un peu lunaire. Il y a des absences qui sont réelles et des fausses. On ne sait pas trop quand il en joue ou pas. C’était très drôle, parce qu’en même temps il y avait une grande naïveté à le jouer.

Pour se rappeler des faits, il note tout, même l’infidélité passée de sa femme. Et puis un jour il arrache cette page, comme s’il voulait oublier définitivement cette faute-là ?
Il ne veut pas ressasser. Il n’a pas envie de tomber dessus à chaque fois qu’il ouvre son journal. Il a décidé de passer l’éponge. C’est qu’il a un vrai amour pour sa femme. Il oublie un peu tout, sauf son amour pour sa femme. Tout lui échappe sauf cet amour-là.

En fait, il est atteint de la maladie d’Alzheimer ?
Quelqu'un disait que la maldie d'Alzheimer avait trois avantages : le premier c'est qu'on se fait de nouveaux amis; le second, c'est qu'on poublie tous nos emmerdements; le troisième, c'est qu'on se fait de nouveaux amis... Mais c’est une maladie dramatique. Personnellement, je l’ai approchée en rendant visite il y a deux ans à Annie Girardot qui était dans une maison de retraite, parce que pour la famille à un moment donné cela devenait intenable. Ça m’a beaucoup traumatisé, parce qu’elle ne m’a pas reconnu. Je n’ai pas pu lui apporter un quelconque réconfort. C’est d’autant plus pathétique que cette maladie démarre généralement d’une manière plutôt drôle. Comme quand je dis dans le film, «demain on fête mon anniversaire» et Jane me répond en souriant: «mais on vient de le fêter».

Comment vivez-vous vous-même votre âge ?
Il ne faut pas oublier que moi je suis un adolescent attardé. Je sens donc le film comme un rôle de composition. Je ne ressens absolument pas mon âge, il me rattrapera un jour, mais je ne me dis pas: mon dieu, j’en suis là ! Je le ressens comme un acteur qui fait son métier et le soir j’allais faire une partie de tennis. Je ne me sentais pas ébranlé par un rôle qui aurait pu me poursuivre le soir et me faire poser des questions sur la brièveté de ce qu’il me reste à vivre. Vous savez, quand on me présente un scénario dans lequel il y a un rôle de père et un rôle de fils, je demande parfois lequel je joue.

C’est cela vieillir pour un acteur, oublier son âge ?
Je pense rarement à ma mort et quand j’y pense, je me vois à mon enterrement et j’écoute ce que les autres disent: «Ah! ce qu’il était merveilleux, il va nous manquer...»

Quels sont vos projets à venir ?
Comme la plupart des acteurs, je suis un peu superstitieux, donc je préfère ne pas parler des projets de tournage. Pour ma part, après avoir silloné la France avec mon spectacle, je vais entrer dans une phase d'écriture pour mon troisième spectacle qui sera donné au Théâtre du Rond-Point à Paris.

Interview recueillie par Richard Pevny
"Et si on vivait tous ensemble" de Stéphane Robelin, avec Jane Fonda, Géraldine Chaplin, Claude Rich, Guy Bedos.

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