14/04/2012

Michel Petrucciani l'autodidacte du jazz

Quel étrange bonhomme ! On est entièrement absorbé par ses mains. Il est vrai que la caméra ne s'en prive pas, elle-même fascinée par les doigts qui courent sur le clavier, Michel Petrucciani opérant avec son corps des mouvements de balancier qui lui permettent d'atteindre des aigus insoupçonnés, alors que tout dans ce corps trop petit pour le Steinway lui en interdirait l'accès.Michel Petrucciani était un grand pianiste de petite taille (99 cm), c'est ce à quoi tend ce documentaire qui lui est consacré, qui célèbre le pianiste virtuose, mais aussi nous donne accès à la part intime de l'homme.
Fils d'un jazzman qui avait monté le Tony Petrucciani trio, Michel a baigné dans cette ambiance bien particulière du jazz, lui qui était né avec une malformation qui lui donnait peu d'espoir de survie. Enfant quand d'autres jouaient au foot, Michel passait de dix à douze heures à son piano. Dans le magasin de musique du père, il y avait de quoi. Des années plus tard, un soir, il remplace au pied levé un pianiste dans un concert avec le trompettiste Clark Terry, subjugué qu'un être aussi petit, puisse donner de tels accords. La légende est en marche... Elle atteindra même les Etats-Unis où Michel fera son parcours obligé de la côte californienne à New York. Il y rencontre ses premiers amours.
« C'était un amant généreux », dit sa première compagne, une indienne rencontrée à Big Sur. Il avait 18 ans. Il rêvait de marcher sur la plage, une femme à ses côtés. « Je suis différent je sais . Je joue une autre musique. Et tout va bien », répondait Michel Petrucciani à ceux qui s'étonnaient. « Son jeu était incendiaire » dit un batteur. Le secret Petrucciani c'était sa main droite extraordinaire, rapide, liée à son handicap. Il y a donc un toucher Petrucciani comme il y a un toucher Herbie Hancock, Chick Corea ou Bill Evans.
Pour le réalisateur britannique qui ne l'a jamais rencontré, c'est aussi une découverte. Il nous révèle sa part d'humanité. On suit l'ascension d'un être qui avait un don particulier pour la vie, peut-être parce qu'il savait que sa vie terrestre serait courte - il est décédé à l'âge de 36 ans -, mais son talent immortel. Tous le disent : il dévorait la vie, ne perdait pas une seconde. Etre en sa compagnie était épuisant. Il donnait plus de deux cents concerts par an, maltraitait son corps, se brisait régulièrement les os du poignet, la clavicule. C'est épuisé par ce rythme qu'il est mort, début janvier 1999 à New York. « Il donnait tout ce qu'il avait sans réserve », dit Marie-Laure sa dernière compagne qui lui a donné un fils, Alexandre, atteint du même handicap.Bien sûr, ce n'était pas non plus un saint, et rappelle l'une de ses ex, il pouvait être méchant et méprisant. De plus, il avait une tendance à goûter à tous les interdits. « J'ai vécu plus longtemps que Charlie Parker, c'est déjà bien », répondait-il. Le hasard (?) a fait que sa tombe au cimetière du Père-Lachaise soit voisine de celle de Chopin.
Richard Pevny

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