14/04/2012

Philippe Lellouche : « Nos plus belles vacances » est sa part d'enfance

Un premier film c'est souvent comme un premier roman, on y met beaucoup de soi-même au risque de se perdre un peu dans la narration. « Nos plus belles vacances » relève de ce genre autobiographique un peu brouillon, mais au final qui soulève plus de sympathie que de critiques. C'est un film qui remonte le temps avec cette nostalgie que l'on a pour l'enfance, les années rock'n'roll, les chemises bariolées, les pantalons pattes d'eph', les pétards entre amis sous la glycine et des rêves plein la tête.
C'était l'été 1976. La canicule aidant, son frère Gilles, alias Simon dans le scénario, 12 ans, allait connaître son premier - et chaste - amour de vacances. « Nos plus belles vacances » raconte moins celles de deux gamins - Philippe et son frère Gilles le co-réalisateur d'« Infidèles » - que d'une petite bande d'adultes dans la Bretagne (encore) profonde. Le film est avant tout un hommage à leur père aujourd'hui disparu. « Il était malade. On se sent dans ce cas tellement impuissant. La seule façon de lui insuffler encore un peu de vie, c'était de raconter la sienne, explique Philippe Lellouche. Cela tombait à un moment où l'on me demandait un film. J'espère en ayant été le plus sincère possible, avoir comblé certaines maladresses techniques », ajoute-t-il». Philippe Lellouche a réuni devant sa caméra la petite bande de copains qui le suit au théâtre, et d'autres, sa femme Vanessa Demouy, Nicole Calfan, Christian Vadim, Julie Bernard, Gérard Darmon, Julie Gayet, Bruno Lochet dans un grand numéro d'idiot du village, plus le petit Solal Lellouche qui joue son propre personnage. « J'aime trop les bandes, plus on est, plus je suis heureux ». N'y manquait que le grand frère. « Nous avons été élevés dans une grande proximité mon frère et moi, raconte Philippe Lellouche. Mon frère devait jouer à ma place, mais il était trop triste pour interpréter le personnage de papa ». Néanmoins, Gilles Lellouche s'est transformé en narrateur, une voix off qui déroule la pellicule et glane la chronique d'un moment d'insouciance, qui ne reviendra pas, mais les protagonistes de cet été sur l'herbe n'en savent encore rien.
« Nos plus belles vacances » est l'histoire de trois couples de « Parisiens têtes de chiens », comme les gosses de la province chantaient les étés brûlants remplis du vacarme des cigales et de quelques autres clichés. Ils investissent la maison d'enfance d'Isabelle (Julie Gayet), l'épouse trompée de Claude (Philippe Lellouche). C'est l'été des grandes décisions, de couples qui vont peut-être se défaire ou se former sous les lampions de la fête locale. La Bretagne rurale se méfie des envahisseurs. Au café Pondemer, on toise les citadins venus de la capitale. La Bretagne est profondément catho - mais « tous les enfants s'embrassaient derrière l'église » se souvient Philippe Lellouche -, et Claude est un Juif pied-noir. Ces gens-là aiment l'argent, dit-on au café. Ils veulent acheter une maison, méfiance. Il faudra du tact, un peu de roublardise et tenir l'alcool distillé à la ferme pour se mettre les hommes du village dans la poche. Pour M. Guilois (Jackie Berroyer) c'est déjà fait, éternel amoureux de Mamie (Nicole Calfan), la fille du pays.«
« Je savais que je raconterais cette histoire un jour. J'espère défendre de jolies valeurs. Il n'y a aucun enjeu professionnel. Je sais que le succès est une chose tellement compliquée à approcher. Je serais déçu qu'il ne rencontre pas son public, mais je pourrais le comprendre. Je pense qu'il y a certains endroits où j'ai été maladroit dans la mise en scène, des scènes que j'ai ratées. Mais je serais surpris que cela ne touche pas les gens. J'en ai discuté avec Nakache et Toledano, « Intouchables » leur a totalement échappé. Même le succès peu être angoissant ».
Yvan Atall à qui il avait proposé le rôle, lui a répondu : « fais-le, c'est ton histoire ! »
« Nos plus belles vacances »est une histoire d'amitiés, de copains, comme le cinéma français sait de temps à autre en produire.« Je pense que l'amitié est une valeur masculine. Chez les femmes, je n'ai envie de voir que des qualités ». Et il cite De Gaulle : « Derrière chaque grand homme, il y a une femme ». « En tout cas, je voulais qu'on s'attache à l'histoire plus qu'à l'époque ».
« La part d'enfant qui est en moi est encore extrêmement présente »,
dit le réalisateur qui s'est imaginé avoir reçu, trente-cinq après, la carte postale qu'il avait écrite l'été de ses dix ans. L'été 76, « c'était quand même vachement mieux », avoue-t-il.
Richard Pevny
Richard Pevny

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