14/04/2012

Sylvie Testud : " Mon job c'est de raconter des histoires "


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Entre deux interviews, elle sort fumer une cigarette, dans le froid quasi sibérien de ce samedi 4 février. « Fumer, c'est un truc que je sais bien faire, je ne m'en lasse jamais », nous lance-t-elle. Nous sommes à Bénodet sur la côte bretonne où Sylvie Testud est venue présenter sa première réalisation, plutôt bien accueillie. Dans « La vie d'une autre », elle signe l'adaptation d'un roman de Frédérique Deghelt que lui ont apportée sur un plateau deux jeunes producteurs. « Ils aimaient bien ce que j'écrivais, ils aimaient bien l'actrice », dit-elle. Mais pourquoi pas l'un de ses propres romans - elle en a écrit quatre -, lui demande-t-on ? « Pour moi, écrire c'est plutôt un défouloir. C'est pas vraiment de la littérature, cela a plutôt à voir avec le rythme, la façon de parler ...».
Donc, la voilà entrée dans le cercle de plus en plus ouvert des actrices qui passent derrière la caméra. Pour y diriger deux personnalités du cinéma, Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz. « Elle, s'est imposée petit à petit pour devenir le personnage, mais je ne pourrais vous dire à quel moment, au point que si elle avait refusé, je ne sais pas si je n'aurais pas abandonné. Afin de créer ce couple, il me fallait son opposé, c'était Mathieu avec cet air de vieil ado ».Histoire d'une reconquête « La vie d'une autre », c'est l'histoire d'une Belle au bois dormant au réveil un peu agité. Avant, elle a été Marie, une jeune fille enjouée, souriante, un rôle en or pour la lumineuse Juliette. Elle a rencontré sur une plage du Midi, Paul, un fils d'investisseur, autant réservé qu'elle est extravertie. De sa première nuit d'amour avec Paul, elle se réveille quinze ans après. Elle a 40 ans. L'homme avec qui elle s'est endormie est un dessinateur de bandes dessinées célèbre. Elle, est devenue associée de son beau-père dans la finance ; c'est une femme d'affaires qui inspire de la crainte. Ils ont un petit garçon et sont en instance de divorce. Ils vivent dans un vaste appartement face à la Tour Eiffel dont elle ne possède pas le code d'entrée. Marie doit tout réapprendre.
« Elle n'a plus les clés de sa vie », précise la réalisatrice qui s'est plus attachée à l'aspect sentimental de l'histoire qu'à sa part de fantastique. Car, vue par Sylvie Testud, « La vie d'une autre », c'est l'histoire d'une reconquête. Pour le spectateur aussi, qui passe d'une première partie soporifique à un véritable intérêt pour le devenir des personnages et le jeu de l'actrice face aux absences de Marie. Ainsi à un passant qui lui parle de la « victoire de 1998 », elle lance : « c'était quelle guerre ? »
« Est-ce que la gamine que j'étais aimerait la nana que je suis ? »«
Il fallait que cela reste une métaphore, souligne Sylvie Testud. Que penserait la gamine que tu étais Marie, de la femme que tu es devenue. Est-ce que la gamine que j'étais moi-même aimerait la nana que je suis aujourd'hui ? Je n'en sais rien. En tout cas, elle se moquerait. Quand on est adulte, on est obligé de prendre les choses au sérieux. C'est la règle du jeu, la seule façon de vivre en société. C'est la définition même de responsabilité. Je pense que la petite fille que j'étais refuserait absolument cela. Donc, je me moque aussi un peu de moi...»
Quinze ans de carrière, un César de la meilleure actrice pour « Stupeur et tremblements » d'Alain Corneau en 2004, un joli parcours dans l'édition... « J'attends le moment où la maturité va me tomber dessus ». Etudiante, elle avait pris Histoire, un non-choix. « Je m'étais inscrite, mais peu après je suis entrée au Conservatoire ». Qu'est-ce que vous n'auriez pas pu être ? « J'aurais pas fait véto, j'aurais pas fait dentiste...» Et si elle devait choisir entre la comédie, l'écriture ou la réalisation, « ça, c'est votre problème », lâche-t-elle. « Mon job, c'est quand même raconter des histoires, soit en répondant à la demande d'un réalisateur, soit en les créant dans des romans ».
Richard Pevny

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