27/04/2012

Linda Bastide, son étoile brille toujours

OBJ3062586_1_low.jpgElle aurait pu être une seconde Bardot, tant elle partageait à l'écran avec B.B. des traits de caractère communs, la candeur, la simplicité des jeunes filles dans le cinéma des années cinquante, celui de la « qualité française » pour employer un terme cher à François Truffaut, quand le cinéma était aussi la première distraction des Français. Elles furent toutes deux des starlettes, alors que ce diminutif ne veut aujourd'hui plus rien dire, sauf à Cannes, dix jours par an, comme on s'accroche à un vieux mythe. Brigitte sortait du Conservatoire, Linda de l'Education nationale. Elle fut même la plus jeune institutrice de France.
« Je n'avais aucune autorité sur mes élèves », explique dans la presse de l'époque, la jeune maîtresse de l'école communale de Bouisse dans l'Aude. De la même génération que ses potaches, j'eus sans doute été amoureux de la belle Linda, trop belle d'ailleurs pour qu'elle restât plus longtemps inconnue des salles obscures. A l'écran, elle fut Linda Vandal. Une fille native de Narbonne, à l'accent de la Clape, et aux longs cheveux dorés au soleil des Hautes-Corbières. En 1959, le cinéma s'étoffe d'une rivale pour Belinda Lee, beauté du Devon qui fait une carrière intense notamment dans le péplum italien, avant de perdre la vie sur une route de Californie à l'âge de 25 ans.
Le film qui réunit Linda et Belinda, s'appelle « I Magliori », il est réalisé par un ancien assistant de Luchino Visconti. Deux ans avant « Salvatore Giuliano » qui va l'imposer dans le cinéma politico-policier italien, Franceso Rosi s'exile à Hambourg pour y diriger Renato Salvatori, Alberto Sordi, Belinda Lee et Linda Vandal dans une histoire de travailleur immigré italien en Allemagne. Dans un article qui lui est consacré en mai de cette année-là, en tant que « rivale » de Belinda Lee, Linda Vandal explique que « c'est par le plus grand des hasards que j'ai obtenu ce rôle-vedette. J'avais écrit un recueil de poèmes, « A cloche cœur », qui a obtenu le prix des Muses et un producteur italien de passage à Paris assistait au cocktail donné par l'éditeur ». C'est par un journal de cinéma que ledit éditeur avait eu connaissance de la seconde nature de Linda. « Il avait lancé ce prix dont Cécile Aubry avait été la première lauréate et moi la seconde », nous dit la poétesse.
Quand elle est à Narbonne, précise-t-elle en ambassadrice de la République de Montmartre, Linda habite le quartier qui fut celui de son enfance, « papa et maman habitaient là », et grand-mère « pas très loin, la dernière maison de la ville ». Là où il y avait « des champs, où l'on faisait des moissons », les pavillons ont poussé comme des champignons. Dans le petit salon encombré, avec aux murs ses tableaux - « des choses bizarres, mes rêves et mes cauchemars » -, Linda a sorti ses archives, au temps où elle était vedette de cinéma. « Je regarde toutes ces revues, et ça me paraît presque irréel ». Linda posait souvent en quatrième de couverture, page réservée aux jeunes beautés de l'écran.
En 1959, « I Magliori » est une étape qui va faire connaître la jeune femme jusqu'en Turquie où l'équivalent du Ciné-Revue français, ne posera aucun voile pudibond sur la Française. Elle est toujours belle, les rides en plus, les yeux rieurs, la voix chantante, chaleureuse. « Ça m'amuserait de revenir pour un rôle de grand-mère, avec plein de rides ».
Il y a un demi-siècle cette anéne, sortait à Cannes, pendant le festival, ce qu'elle considère comme son objet cinématographique préféré, « La dérive », réalisé par une Montpelliéraine qui avait engagé un héritage dans la production de ce long métrage tourné à Palavas. Linda y partageait l'affiche avec Paulette Dubost qui jouait sa mère. « C'était une femme merveilleuse », tient-elle à préciser. La disparition à l'âge de 101 ans, de l'actrice de Jean Renoir, en septembre dernier, a contribué à sceller notre rencontre et notre amitié. « Vous savez, je parle de ce qui me tient à cœur », dit-elle. L'écriture, une second peau En 1965, « Ces dames s'en mêlent » avec Eddie Constantine va contribuer à éloigner Linda des tournages. « J'écrivais de plus en plus ». En 1963 elle avait été couronnée du Prix Jean Cocteau institué par le poète. « Il est mort la même année en novembre ». C'est Pierre Marc Orlan qui lui remet ce prix. Ses amis s'appelaient René Fallet qui préfaça son premier roman, Alphonse Boudard, Antoine Blondin, André Pousse, Brassens... «J'étais tellement bien dans ma peau d'écrivain...» Et puis, si l'on en croit Ici Paris du 22 juillet 1964 (info ou pub ?), Jacqueline Vandal y déclare ne plus vouloir tourner avec un type qui se prend dans la vie pour Lemy Caution. « Nous étions là pour faire joli », autour d'Eddie Constantine. Si l'on en croit l'hebdo, le tournage fut un « véritable enfer ». C'est ainsi que Linda a changé la pose, reprit la plume. Aujourd'hui, dans sa maison d'édition de la rue Veyron à Montmartre, Linda Bastide accueille les poètes roumains tout en poursuivant le vœu de Jean Cocteau, «le cœur en espérance...».
Richard Pevny
Pour en savoir plus sur Linda Bastide : www.linda-bastide.c.la

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