27/04/2012

« Plan de table » : un mariage, trois possibilités

Elle assume, c'est le film qu'elle voulait faire. « Il a de grandes oreilles et un gros nez, mais c'est mon bébé », dit-elle attablée dans le patio de ce restaurant d'Avignon. « Il y a des choses qui sont mieux que ce que j'imaginais sur le tournage, pour d'autres ce n'est pas aussi bien ». L'histoire est celle d'une jeune mariée prise entre un époux qui assure et rassure et un amant qui promet l'aventure mais ne s'engage jamais. Encore un mariage ! « C'était mon angoisse, répond Christelle Raynal. Pendant six mois j'ai observé tous les mariages où j'allais. Mais qu'est-ce qu'on peut s'emmerder dans les mariages ! Le truc, c'était de trouver ma marque, ne pas lasser sur le sujet. On prend des poncifs et on les traite à l'infini ».
De mariage, Christelle Raynal n'en propose qu'un, mais elle offre plusieurs possibilités, en rejouant les mêmes scènes avec un plan de table différent. Si vous n'avez jamais fréquenté une noce, vous ne savez pas l'angoisse que l'on a de se retrouver à côté de la vieille tante Léonce sourde comme un pot, ou de ce raseur de Germain, le cousin moi-je-sais-tout. Quand il suffit juste de se glisser dans la salle du banquet pendant que tout le monde prend l'apéro sur la terrasse et de changer quelques cartons de places.
« Je suis une fan absolue de l'effet papillon, comme dans « Un jour sans fin » (de Harold Ramis, 1993, ndlr). C'est un genre de narration que j'aime. J'ai écrit le film que je voulais aller voir ». Et de préciser : « Un mariage c'est un terrain de jeu incroyable ». A chaque nouvelle table « on peut inventer. Chaque personnage évolue en bien ou en mal selon la personne qui se trouve à côté de lui ». Le propre d'un acteur n'est-il pas « de se laisser surprendre ».
Un tournage de trois semaines, avec des acteurs aguerris à cet exercice, Elsa Zylberstein, Franck Dubosc, Audrey Lamy, Arié Elmaleh... « Le tournage pompe une énergie de fou, reconnaît Chrystelle Raynal. Les acteurs ont très vite déposé les armes et se sont laissés porter ». Il est vrai que même si c'est premier long métrage de fiction, Christelle Raynal à l'habitude des plateaux de tournage de publicités, celle de la Croix-Rouge avec Adriana Karembeu entre autres. « On m'avait prévenu : tu choisis bien ton équipe technique parce que toute ta concentration doit porter sur les comédiens. Tu vas être maîtresse d'école tu ne peux pas imaginer. Tu vas être bombardée de questions toute la journée. Ben oui, les acteurs sont des gens très inquiets, c'est normal, ce sont eux qui sont à l'écran. Et quand un acteur n'est pas bien à cause d'un détail, il faut gérer ce détail. J'ai fait en sorte que les gens s'entendent bien. Si je fais du cinéma, que ce soit une aventure humaine. Personne ne me connaissait. J'ai cherché à créer une famille d'un nouveau genre ».
« Plan de table » trouvera sa place dans la longue liste des mariages au cinéma, pas très loin d'ailleurs de « Mariages » de Valérie Guignabodet autre film choral. « C'est un film qui s'amuse avec le destin, comme si la vie nous donnait une chance trois fois de suite » dit encore Chrystelle Raynal. Pressée d'expliquer ce qu'elle aime dans le cinéma, elle lâche : « J'aime le chaud et le froid, le drôle et le pathétique, le ciné populaire et le cinéma d'auteur, Elsa et Franck ». Ça tombe bien, nous aussi !
Richard Pevny

15:25 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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