15/05/2012

Marlene Dietrich, ange et petit démon

On pardonne tout aux stars. Même pour certaines d'entre elles, leur sale caractère ou leurs insupportables caprices. Tout pour ces quelques moments de magie grâce auxquels elles nous font oublier nos existences de simples mortels. Car, contrairement au commun d'entre nous, les stars sont immortelles. Enfin, les stars, tel que ce terme les désignait à l'époque des grands studios, quand Hollywood était, selon Blaise Cendrars, La Mecque du cinéma mondial.Marlene Dietrich est décédée il y a tout juste vingt ans, à l'âge vénérable de quatre-vingt-dix ans, à Paris. C'est au quatrième étage du 12 de l'avenue Montaigne qu'elle avait choisi de vivre au début des années soixante et dont elle ne quitta plus le lit les treize dernières années de sa vie, réglant de sa chambre ses affaires, rédigeant son courrier, y faisant même sa cuisine - c'était un cordon-bleu - sur un réchaud de fortune, donnant ses ordres stricts à quelques « esclaves » selon le mot employé par sa fille Maria Riva.
Parmi eux, l'animateur de radio Louis Bozon. « Je dois peut-être cet honneur et cette fidélité à une certaine soumission ou, si l'on préfère, à ma faculté d'éluder les conflits », écrit vingt ans après celui qui fut « l'ami de cœur ». Car être la domestique, le médecin, la secrétaire, l'avocat de Marlene Dietrich, ou « l'ami » qui peut se transformer en larbin voire en souffre-douleur, se méritait. Une de ses femmes de chambre ne la qualifiera-t-elle pas de tyrannique.
Marlene Dietrich se voulait unique, ne comprenait pas que son personnel puisse faire la queue chez le boucher ou à la pharmacie. Elle était « habituée à ce que le monde entier s'efface et s'ouvre devant elle ».
Elle n'était pas seulement une légende hollywoodienne, au même titre que sa rivale Garbo, elle était « L'Ange bleu », l'héroïne du film de Josef von Sternberg, réalisateur allemand avec lequel elle avait fait la conquête d'Hollywood, et sous la férule de ce pygmalion, qui fit de la jeune débutante berlinoise une actrice au corps androgyne et au visage diaphane, elle devint cet être fascinant et mystérieux, qui à plus de soixante-dix ans, avec sa voix rauque, ses longues jambes, son visage vierge de toute chirurgie esthétique, envoûtait encore le public de ses récitals, de Londres à Sydney et de Paris à Los Angeles. Marlene Dietrich pouvait donc se permettre de traiter d'égal à égal avec la reine Elisabeth II ou le général de Gaulle ; n'avait-elle pas revêtu l'uniforme (pièce unique de grand couturier) durant la Seconde Guerre mondiale. Elle savait tout aussi bien éconduire les impertinents, telle star de passage à Paris, en imitant au téléphone la voix d'une domestique ; la plupart n'étaient pas dupes. Cela s'appliquait à ses propres petits-enfants. Pour ne pas les recevoir, elle inventait des excuses ou faisait dire par le concierge que « Madame n'est pas là ». Et s'ils lui écrivaient elle renvoyait « leurs lettres avec le courrier des fans, sans aucun commentaire », souligne sa fille en 1993 dans un livre où elle livrait la part de lumière de Marlene, mais aussi son côté obscur.
Louis Bozon est, certes, lui, plus nuancé, mais n'occulte rien de la Marlene excessive en tout, les dépenses comme l'économie. Elle pouvait se montrer « garce », selon son mot, et « avait le sens de la réplique assassine », écrit-il. Seul, Gabin, son grand amour, lui avait tenu tête : « La Pruskott, tu commences à m'emmerder...», lançait-il.Exigeante en amitié comme en amour, elle ne réussit pas à garder Gabin, et de ses amants « innombrables », elle ne sut jouir, attendant que le numéro d'acrobatie passe. « Pendant ces moments, ma seule préoccupation a été de savoir ce que j'allais leur préparer en cuisine, car, après, ils ont toujours faim », confiera-t-elle à Louis Bozon qui ne se crut pas obligé de passer par l'épreuve de gymnastique.
Richard Pevny

18:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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