03/08/2012

Marilyn, un rêve à Hollywood

-®Bernard of Hollywood-Marilyn in White 1954 screening room.jpg

DSCN0591A.jpgDu dortoir des filles au troisième étage de l'orphelinat de Los Angeles, la petite Norma Jean se hissait parfois le soir sur la pointe de ses pieds pour apercevoir illuminée, au-dessus des toits, l'enseigne des studios de la RKO où sa mère avait été un temps monteuse. Le week-end, tante Grace, la meilleure amie de sa mère internée en hôpital psychiatrique, lui parlait de cette ville où le soleil ne se voilait jamais, c'est même pour cela qu'elle avait été choisie pour y tourner dans des studios à ciel ouvert, des sagas historiques et des fresques bibliques. Les metteurs en scène s'appelaient David W. Griffith ou Cecil B. DeMille. Bientôt des anges blonds viendraient irradier la pellicule de ce cinéma en noir et blanc, telle Jean Harlow, la blonde platine morte d'une septicémie à l'âge de vingt-six ans. Si Dieu le voulait, Norma Jean serait un jour la nouvelle Jean Harlow, disait tante Grace. Et Norma Jean rêvait à ce jour prochain où elle serait Marilyn Monroe, mieux qu'une starlette ou une bathing beauty, l'égale d'une Garbo, même si tout cela restait très flou dans ses rêves.
Privée d'une maman qui ne la reconnaissait pas quand elle lui rendait visite, la petite fille ne connaissait que des mères d'accueil et des pères de substitution. Plus tard, quand elle ferait se retourner les têtes sur son passage, des pères, elle en trouverait à la pelle, sur le yacht de Harry Cohn, l'autoritaire boss de la Columbia. Ce serait Joe Schenck, cofondateur de la Twentieth Century Fox, ou Johnny Hyde, l'un des agents de stars les plus influents qui l'inviterait à Palm Springs, parce qu'il avait vu en elle ce que personne autour de lui n'avait remarqué : cette fille était une bombe sexuelle à retardement. Johnny Hyde avait convaincu John Huston de lui faire passer un bout d'essai, assez concluant pour que Darryl Zanuck, l'autre patron de la Fox, la prenne dans son écurie.
En 1946, à vingt ans tout juste, Norma Jean devenait, à la suggestion du studio, Marilyn Monroe. Après quelques petits rôles, dont un avec les Marx Brothers, la vraie Marilyn Monroe naissait dans « Quand la ville dort », un polar noir de John Huston. Elle n'y avait que trois scènes dont une en pyjama de soie, jeune fille un peu naïve que se tapait un avocat véreux, «uncle Al», qui aurait pu être son père.« Je ne suis pas habituée au bonheur »A peu près au même moment, sortait un calendrier dans lequel elle apparaissait totalement nue, sublime Eve s'étirant sur un drap de satin rouge écarlate.La carrière de Marilyn décollait en 1953 quand sortaient « Niagara » de Henry Hattaway et « Les hommes préfèrent les blondes » de Howard Hawks qui imposait ses déhanchements, sa nature voluptueuse, sa voix susurrant délicatement « Diamonds are girl's best friend ».
Cette année-là, elle imprimait ses mains dans le ciment frais devant le Graumon's Chinese Theater. Il lui restait moins de dix ans à vivre et sept longs métrages à tourner dont « Sept ans de réflexion » et « Certains l'aiment chaud » de Billy Wilder, le réalisateur avec lequel elle serait en conflit quasi permanent. Au nombre incalculable de prises qu'il lui imposait, elle répondait par des retards à répétition. « Cela me paraît déjà incroyable que je finisse par arriver », disait-elle. Billy Wilder reconnaissait que Dieu lui avait tout donné, dont cette capacité à capter et retenir la lumière, à rendre la caméra amoureuse de son corps.
Au début de l'été 1962, à la demande de Vogue, le photographe Bern Stern réserve une suite au Bel-Air Hôtel et fait livrer trois bouteilles de Dom Pérignon. « Elle est si près de moi que je sens la chaleur de sa peau. J'hésite entre la photographier et la prendre dans mes bras ». Le magazine Vogue paraît le lendemain de sa mort.«Je ne suis pas habituée au bonheur, donc c'est quelque chose que je n'ai jamais tenu pour acquis», déclarait-elle à la même époque.Marilyn fut pour Hollywood un rêve qui se transmet de génération en génération de cinéphiles. Elle fut un être qui sembla un peu perdu sur cette Terre, descendu des étoiles pour rendre la vie des autres, les gens ordinaires, un peu moins absurde. Richard Pevny
La photo de Marilyn est extraite du livre "De Norma Jean à Marilyn" de Susan Bernard, photographies de Bruno Bernard (voir chronique sur ce livre ci-dessous).

Les commentaires sont fermés.