01/09/2012

Alexandre Astier : « Isabelle Adjani c'est la machine à jouer parfaite »

adjani.jpgLe projet de « David et Madame Hansen » remonte à quand ?
Juste après la sixième saison de 'Kaamelott' en 2009. Mais l'envie vient d'un documentaire allemand, 'Une journée disparue dans le sac à main'. On y voyait un ergothérapeute qui tentait de s'occuper d'une vieille dame qui avait de sérieux problèmes de mémoire, et avec qui tous les jours, il fallait reprendre tout à zéro, tout expliquer, et en plus pas si docile que ça la dame.
Mais au départ, c'est Alain Delon qui devait jouer à vos côtés ?
Cette envie-là s'est couplée avec l'envie de jouer avec Alain Delon. Le projet s'est donc construit avec lui. Or, quinze jours avant le tournage, Delon a foutu le camp, ce qui a eu pour effet de remiser le projet au placard.
Quelle explication a-t-il donné ?
Si vous voulez toute l'histoire, il a dit : je ne veux pas qu'il réalise et qu'il joue en même temps - en parlant de moi. S'il abandonne l'un ou l'autre de ces postes, je reste. Le vrai prétexte, je ne le saurai jamais. Delon est d'une autre génération d'acteurs, et je pense que quand il a compris que je serais le monteur de mon film, il a eu peur que je me favorise. C'est mon avis. Isabelle a des exigences beaucoup plus tournées autour de l'acteur, alors que Delon, ses exigences sont tournées autour de sa propre personne. C'est beaucoup plus une réaction de mannequin que d'acteur.
Isabelle Adjani, quelles ont été ses exigences ?
Il s'agissait de choses qui devaient la nourrir, l'enrichir... Et vous remarquez ensuite qu'elle avait raison.
La scène au fond de la piscine, était-ce un hommage voulu ?
Le possible hommage (au clip de la chanson « Pull marine » tourné par Luc Besson, ndlr) ne m'a pas dérangé. Comme la première chose que je prends dans la caisse à jouets : une épée. Les références, c'est facile dans ce cas...
C'était un tournage un peu particulier ou pas, compte tenu de la présence d'Isabelle Adjani ?
C'était un tournage plus familial que « Kaamelott ». Mais « Kaamelott », ce sont 107 personnages qui ne sont pas tous de ma famille, des costumes, des décors, beaucoup de jours de tournage et énormément de travail. Avec « David et Madame Hansen » j'ai bénéficié d'une tranquillité d'esprit. J'ai voulu peu de choses pour me concentrer sur le jeu. Et j'ai le souvenir d'un tournage cent fois plus chaleureux. Après cinq ans de « Kaamelott », j'ai eu envie de faire un face-à-face avec quelqu'un qui m'impressionnait.
Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Isabelle ?
Dans un hôtel parisien. On a dû prendre un café. Petit à petit, je l'ai amenée à enlever ses lunettes. Dans la réalité comme dans le film. Il y a un cousinage entre Isabelle et le personnage. Dans le film, elle a un passé autour de la peinture et des galeries. C'est quelqu'un qui a vécu avec passion. Il me fallait plus qu'une actrice connue, il fallait une grande vedette. Il fallait une icône pour jouer ce personnage troublé, à côté de ses pompes. Elle est une patiente peu ordinaire, dans une clinique luxueuse en Suisse, sur qui le protocole ne fonctionne pas. Arrive un ange qui transgresse le protocole et va finir par réussir. C'est dans son manque de professionnalisme qu'il va trouver la solution. J'aime bien les héros inefficaces qui finissent par savoir faire à force de sincérité.
Finalement, c'est vous qui réveillez la star endormie ?
Je ne pense pas qu'Isabelle Adjani ait besoin de moi. Je peux vous parler de la chance que j'ai, que je ressens très fort, sincèrement. S'il y a un chanceux, c'est bien moi. Et si de mon humble place je peux lui avoir donné un film de plus, un film qu'elle ne démente pas et qu'elle est contente de l'avoir fait, je serai le plus heureux des réalisateurs.
Elle vous a épaté ?
Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi directement connecté au jeu et s'en déconnecter aussi facilement. C'est la machine à jouer parfaite. Il suffit d'appuyer sur 'on'. Evidemment, il faut que vous l'inspiriez un peu, il faut exciter son envie de jouer.Cela vous a grandi ? Isabelle Adjani m'a appris à déchirer le scénario. Il faut en amont travailler le scénario tant qu'on peut, et le matin du tournage, il faut le jeter à la poubelle. Il faut être disponible aux humeurs, au temps qu'il fait, aux énergies. J'ai appris à respecter ce que le jour de tournage amène. Quand Isabelle Adjani est sur un plateau, on fait avec ce qu'elle a.
Après ce film très intimiste, fait de plusieurs huis clos, de quoi avez-vous envie ?
D’un film non fabriqué, sans équipe, dont le matériel tiendrait dans un sac. Mais très écrit. J’essaie de créer un environnement pour les comédiens qui encourage leur jeu. Ensuite, je pense que j’aurais envie d’un truc avec plusieurs caméras et plein de costumes. En fait, j’ai envie de refaire encore Kaamelott.
Vous rendez hommage au générique à Bernard Giraudeau et à Jocelyn Qivrin ?
Bernard Giraudeau aurait dû interpréter le chef de la clinique. C’est ce que le retard du tournage a enlevé au film. Pendant l’arrêt du film, je me posais un tas de questions. Arrive un coup de fil m’annonçant la mort de Jocelyn Qivrin qui devait jouer avec moi dans «Philibert le puceau». Quand j’ai raccroché, j’étais décidé à, faire le film. C’est ce drame atroce qui m’a incité à ne plus perdre de temps.
Recueilli par Richard Pevny

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