27/02/2013

Coup de foudre à Hyde Park

"Week-end royal" est une comédie tout à fait sympathique qui bouscule un peu plus les prWeekEndRoyal_photo2©Nicola Dove.jpgéjugés que les Britanniques ont longtemps entretenu sur le reste du monde, Américains compris, ces derniers objets d’un vieux contentieux qui avait fait mordre la poussière aux troupes coloniales de Sa Majesté dans la baie d’Hudson. Bref, jusqu’à ce vieux Roosevelt, ces deux peuples séparés par un océan mais parlant la même langue – certes avec quelques variantes linguistiques -, se regardaient plutôt en chiens de faïence ; ce n’étaient pas comme vis-à-vis des Français, avec qui la mésentente cordiale était légendaire, remontait à Guillaume le Conquérant, à des mariages entre familles royales sensés parer à toute bellicisme et qui produiraient l’effet inverse. Finalement, la relation privilégiée qui unit de nos jours Américains et Britanniques date à peine d’hier, de ce mois de juin 1939.
Moins de trois mois avant le début des hostilités, le président Roosevelt s’apprête à recevoir, le temps d’un week-end, le jeune roi George VI et sa femme Elizabeth. Un monarque à l’élocution hachurée, handicapé par un bégaiement traumatisant, roi malgré lui après l’abdication de son frère aîné Edouard VIII qui a renoncé au trône pour une femme deux fois divorcée et de surcroît américaine. Mais le drame du timide George VI, le film « Le discours d’un roi » l’a mis en scène, et l’Histoire a montré que George VI s’est révélé plus grand roi que prévu, sous les bombes qui frappèrent la capitale britannique. Pour l’heure, le roi n’est qu’un homme rempli de doutes, venu quémander l’aide des Etats-Unis face aux velléités de l’Allemagne hitlérienne.
La rencontre doit avoir lieu dans la propriété de Franklin D. Roosevelt, Hyde Park on Hudson, histoire de ne pas froisser une classe politique américaine, jusque dans les rangs du parti de Roosevelt opposée à tout interventionnisme. Le couple qui file, voiture découverte, encadrée de motocyclistes en uniforme, drapeaux au vent, semble encore bien guindé, découvrant tout un autre monde. L’épouse du roi s’étonne qu’il puisse y avoir un autre Hyde Park que le Hyde Park londonien. George VI émet le souhait de rencontrer de vrais Américains. La voiture s’arrête au bord d’un champ en train d’être fauché par un paysan assis indifférent sur son tracteur. « Il ne veut pas vous rencontrer ? », questionne Elizabeth. « Il est occupé », tranche le monarque.
Le Président, sa femme, sa mère et sa maîtresse
Le couple n’est pas au bout de quelques surprises. Il y a là pour les accueillir, Franklin D. Roosevelt, sa femme Eleanore qui vit habituellement ailleurs avec d’autres femmes et refuse de faire la révérence, la secrétaire qui semble être plus qu'une secrétaire, et la cousine au 5e ou 6e degré, Daisy, qui semble être plus qu’une lointaine cousine. Quant à la presse, elle est liée au président par un pacte, ne jamais le prendre en photo quand il est dans son fauteuil roulant ou porté par l’un de ses hommes de sécurité. Le clou de la rencontre est un pique-nique devant la propriété avec danses indiennes et hot-dogs. Plus que le contenu de l’entretien qu’il doit avoir avec le président, ce dernier ingrédient perturbe quelque peu le monarque. Comment un si grand peuple peut-il se nourrir de cette façon ? Et si la réussite de son ambassade n’était-elle pas au cœur de cette étrange coutume culinaire. En s’y pliant de bonne grâce, tel le voisin que l’on invite à un barbecue dominical, George VI gagnerait la sympathie du peuple américain. Ce qui fut fait.
L’Histoire et les petites histoire corollaires de ce week-end royal à Hyde Park on Hudson, sont racontées par Daisy, la fameuse cousine. Son journal ainsi que les lettres amoureuses échangées avec son cousin éloigné, furent retrouvés, après sa mort à l’âge de cent ans, dans une petite valise glissée sous son lit.
Rien d’audacieux dans tout cela, même si paradoxalement le réalisateur de ce « Week-end royal » est britannique, preuve que nos cousins anglais (ben oui !) ont plus d’humour que ne l’imaginent bon nombre de nos compatriotes. Roger Michell, le cinéaste en question, est aussi celui de « Coup de foudre à Notting Hill » entre Julia Roberts et Hugh Grant, et de « Morning glory » qui narrait les relations tendues entre deux stars du petit écran, Diane Keaton et Harrison Ford.
Des comédies bien touillées comme ce « Week-end royal », sans prétention aucune sauf celle de nous divertir, avec un Bill Murray charmant et manipulateur. Roosevelt et Bertie allias George VI, nous montrent leur part d’humanité quand ils s’enferment dans le bureau présidentiel pour picoler loin des regards et se laisser aller à quelques confidences :
« George VI : Ils ne voulaient pas de moi !
Roosevelt : j’ignorais qu’on votait pour le roi… »
Richard Pevny

07:00 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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