06/03/2013

Agnès Jaoui et J.-P. Bacri règlent leur conte

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Ils sont étonnants ! Leur cuisine est variée, leur goût renouvelé, on croit les connaître, on les découvre à chacun de leurs films. Tenez, « Cuisines et dépendances » leur premier succès, « Un air de famille » écrit pour Cédric Klapisch, « On connaît la chanson » pour Alain Resnais, « Smoking no smoking » pour le même, le seul dans lequel ils ne jouent pas, « Le goût des autres », sans nul doute le plus abouti, et « Parlez-moi de la pluie », Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri se révèlent de sacrés conteurs. Bonne transition, puisque leur dernier opus explore justement le domaine du conte, de « Peau d’âne » à « Cendrillon » qui seraient revisités par un Woody Allen. Et s’il y est question à un moment donné de chaussure perdue - la fameuse pantoufle de verre - dans les escaliers d’une boîte de nuit, la Cendrillon de « Au bout du conte », s’appelle Sandro, histoire de ne pas faire comme chez Disney. Encore un cliché détourné. Il y en a d’autres. On ne va pas tout raconter, d’abord parce qu’entre en scène une foultitude de personnages - cela s'appelle un film choral - , mais histoire de rester dans le schéma du genre, disons que tout tourne autour d’une jolie et énigmatique princesse, Laura (Agathe Bonitzer la belle « Belle personne » de Christophe Honoré), et d’un prince plutôt charmant et musicien (Arthur Dupont), timide et réservé à en bégayer. Entre eux c’est le coup de foudre, une rencontre amoureuse qui va être contrariée par un séduisant méchant loup (Benjamin Biolay). Parallèlement à ce trio-là, nous voyons se développer le vrai sujet du film, le couple : Pierre (Jean-Pierre Bacri), père de Sandro, et propriétaire de l’auto-école Leconte, en forme un avec sa nouvelle compagne mère de deux petites filles qu’il a momentanément accueillies dans sa tanière, car il a de ce plantigrade le grognement de celui qui n’aime pas être sollicité. Bacri, c’est un peu le bougon de la bande, un désenchanté permanent, ou l’un de ces personnages en bute contre les préjugés, comme dans « Le goût des autres ».
« Au bout du conte »
débute au cimetière où Pierre vient d’enterrer son père. Le chagrin ne le touche guère. Il y avait bien longtemps que Pierre n’avait plus aucune relation avec son paternel. Ses sentiments, le grand-père les réservaient à son petit-fils, Sandro. Pierre est hanté par une date, celle de sa mort prédite il y a longtemps par une voyante. Lui, le rationaliste, qui ne croit ni au ciel, ni au diable, se moque de la crédulité ambiante et des superstitions, est perturbé par l’approche imminente de ce 14 mars. C’est justement la date choisie par sa compagne pour déménager avec ses deux fillettes dans leur nouvel appartement. Un signe…
Lors d’une soirée où se rencontrent les parents et amis des deux jeunes tourtereaux, Pierre fait la connaissance de Marianne, la marraine de Laura, et mère d’une petite fille en pleine crise religieuse. Marianne est une comédienne intermittente qui vit d’enregistrements de pubs et de contes de fée. Pierre s’aperçoit que la mésentente entre lui et son père, comme une sorte de malédiction, s’installe peu à peu entre lui et son fils. Pourquoi son fils ne vient-il le voir que pour lui soutirer de l’argent ? « Que pourrais-je te demander d’autre ?», lui répond, sans méchanceté, Sandro, mais soulignant de fait le degré zéro de leurs relation.
Avec des mots bien ciselés, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri décrivent mettent en scène les maux qui tuent les couples. De leurs dialogues percutants née une comédie brillante, un credo en l’amour éternel, aux contes qui ne font de mal à personne. La fin est peut-être un peu convenue, mais comme il est dit à la dernière page du conte : « Ils vécurent heureux et … ».
Richard Pevny

00:35 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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