21/03/2013

Objets de censures

Ave+maria-26408.jpgIl y a presqu’un demi-siècle, l’adaptation au cinéma de « La religieuse » de Jacques Diderot par le réalisateur Jacques Rivette – c’était son deuxième long métrage -, membre de la bande des Cahiers du Cinéma, fit grand bruit. Dès la pré-production du film, l’Office catholique français du cinéma décidé à faire interdire le film quel qu’en soit son contenu, organisa la bataille contre lui à coups de lettres et de pétitions. On dit qu’Yvonne de Gaulle, épouse du président de la République, ne reçut pas moins de 120 000 lettres de religieuses outrées. Les pouvoirs publics furent alertés et donnèrent des assurances dans le sens d’une interdiction. Aussi en mars 1966, « Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot » était frappé d’interdit par le Secrétaire d’Etat à l’Information du fait que le film risquait de heurter les consciences d’une partie de la population. Une formule pérenne…
Jean-Luc Godard le premier apostropha dans une lettre André Malraux « ministre de la Kultur », qui se faisait une toute autre idée de la liberté (voir l’épisode anticolonial de son aventure indochinoise) autorisa donc le film à être projeté en ouverture du Festival de Cannes. Après une longue bataille juridique, le film de Rivette reçut son visa de sortie l’été 1967. Reste que l’interdiction proprement dite ne fut annulée qu’en… 1975.
Un autre film fut au cœur d’une polémique à caractère religieux, « La dernière tentation du Christ » de Martin Scorsese adapté de l’œuvre de Nikos Kazantzakis qui prônait un Jésus un peu trop humain en ménage avec Marie-Madeleine. L’automne 1988 - François Mitterrand venait d’être élu pour un deuxième mandat -, les catholiques traditionnalistes organisèrent des manifestations devant les cinémas qui affichaient ce long métrage. Il y en eut devant le cinéma Castillet à Perpignan, saintes bannières au vent de la tramontane. Boulevard Saint-Michel à Paris un cinéma fut incendié, on releva un mort et plusieurs blessés.
Histoire d’éviter la censure, on peut, soit aller dans le sens de la pensée dominante, c’est « La passion du Christ » de Mel Gibson, soit éviter tout sujet à caractère religieux, c’est l’autocensure… Parfois un bon scandale peut aider un film à trouver son public, le cas de « Ave Maria » de Jacques Richard, en 1984, dont seule l’affiche, sur laquelle on voyait la jeune Isabelle Pasco crucifiée les seins à l’air, fut interdite et devint un collector.

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