20/03/2013

Sous le figuier

figuier trois.jpgCe pourrait être l’une de ces fables que l’on raconte dans les livres d’enfants, sauf qu’ici les destinataires en sont les adultes, quel que soit leur âge respectif. Dans « Sous le figuier », la réalisatrice Anne-Marie Etienne évoque ce fléau de nos sociétés industrialisées, la flexibilité de l’emploi, qui laisse sur le bas-côté de la vie active, ceux qui d’actifs n’en sont plus. Nous avons d’un côté, une très vieille dame, Selma (l’épatante Gisèle Casadesus, 99 ans cette année), vieille mais pas décrépie, Selma ne se laisse pas aller, malgré la solitude qui est la sienne. La vieille dame tout à fait digne lit les cartes du tarot pour des clients en recherche d’espérance. Une sorte de placebo dont est devenue accro Joëlle qui, entre ses associations, les maisons de retraite qu’elle visite et une vie sentimentale compliquée, n’a guère de temps pour sa fille. Nathalie (la lumineuse Anne Consigny), chef de cuisine étoilée, n’a vu des années durant sa propre fille qu’en pyjama le matin, confie-t-elle à son vieil ami Christophe. Nathalie connaît Selma depuis des années au point qu’elle est devenue l’unique famille de la vieille dame. Et quand cette dernière flanche, qu’un diagnostic laisse peu de place à une rémission, Nathalie propose à Selma de passer un dernier été dans une maison à la campagne, au milieu des vignes et sous un grand figuier. Un dernier été lumineux, joyeux, entouré de rires d’enfants, les trois fillettes de Christophe qui est comme un frère pour Nathalie. Christophe, qui élève seul ses filles, est au bord de la rupture. Il a besoin de se poser un moment. Tous sont là pour aider Selma à partir, alors qu’ils s'accrochent à elle comme à une bouée, sont en attente de réponses pour affronter un avenir qui leur paraît incertain.
On pourrait être dans un film de Jean Becker, celui de « La tête en friche » avec Gisèle Casadesus soutenant un Gérard Depardieu à la dérive, tant tout cela est réalisé avec simplicité, par petites touches émotionnelles. Anne-Marie Etienne réalise le film que l’on voulait voir, ce genre de film qui rend heureux tout en activant nos fonctions lacrymales; c’est toujours réconfortant pour chacun d’entre nous de ne rencontrer à la sortie que les mêmes regards embués ; on ne se sent pas isolés. A l’image des conseils de Selma, si « Sous le figuier » n’apporte rien de nouveau d’un point de vue stylistique, il ne fait pas de mal pour autant. Il nous apprend entre autre à regarder le temps passer. L’épilogue pourrait être apporté par Gisèle Casadesus, 80 ans de cinéma (elle a débuté avec Marcel Lherbier en 1934), 30 ans de Comédie Française, qui déclare dans le dossier de presse du film : « Ça passe très vite une vie ! »
Richard Pevny

09:41 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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