21/03/2013

Une religieuse pleine de grâce

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C’est une histoire on ne peut plus actuelle. Sous des dehors très XVIIIe siècle, « La religieuse » nous parle de combat pour la liberté, de révolte face à l’abus d’autorité, de lutte contre l’arbitraire, l’injustice… Dans la France de l’anticlérical Diderot, l’oppresseur c’est l’Eglise. D’où bien entendu la mauvaise réputation faite au livre, puis au film du de Jacques Rivette, en 1966, considéré comme scandaleux par une partie de la hiérarchie catholique (voir ci-dessous).

L’histoire est celle d’une jeune fille, cadette d’une fratrie de trois sœurs. Ses parents l'ont placée au couvent pour un temps, puis la contraignent à prendre le voile pour des raisons économiques. "Ma naissance est la seule faute que j'aie commise", confesse-t-elle. En effet, après le mariage de ses deux sœurs aînées, Suzanne se trouve réduite au célibat ou à la prière. Ce n’était guère inhabituel sous l’Ancien Régime. Les couvents étaient remplis de jeunes filles sans argent et sans vocation. En refusant de jouer le jeu en quelque sorte, et de dire amen, Suzanne est mise à l’index, d’autant qu’elle a réussi à faire introduire par un avocat un recours en annulation de ses vœux. Dès lors, sa mère supérieure (Louise Bourgoin) particulièrement sadique, multiplie contre elle vexations, humiliations, châtiments et même tortures. Transférée en piteux état avec l’aide de son avocat dans un autre couvent moins rigoriste, elle doit subir les avances de sa nouvelle mère supérieure (Isabelle Huppert épatante en nonne extatique).
Contrairement à son prédécesseur Jacques Rivette qui acculait Suzanne au suicide, Guillaume Nicloux ne fait pas de de la jeune fille une victime expiatoire des abus de l’Eglise. A la fin de son douloureux chemin de croix, Suzanne revient dans le monde goûter à sa liberté chèrement acquise.

Il faut dire un mot de l’ambiance du film, en couleurs désaturées, éclairages et visages sans maquillage, rendant le film encore plus lumineux qu'il n'est. Cette épure rappelle le très beau « Thérèse » d’Alain Cavalier. Au visage radieux de Catherine Mouchet, tout à son fiancé Jésus, répond celui de Pauline Etienne, insoumise et non moins marqué par la grâce.

Richard Pevny

22:34 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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