03/04/2013

Un "Quartet" en mode majeur

Cela pourrait s'intituler petit meurtre entre anciens amis, tant la nouvelle pensionnaire annoncée à Beecham House a de quoi en terrifier plus d’un ou d’une. L’ancienne diva de la scène lyrique n’est pas à proprement parler d’un commerce agréable. Reginald (Tom Courtenay) qui fut plus que son partenaire et ne s’est jamais remis de leur rupture, se demande même s’il ne va pas changer de maison de retraite. Or, on ne peut pas faire plus attrayant que Beecham House, maison pour musiciens et chanteurs lyriques retirés des vivats et des rappels. Jean Horton (Maggie Smith légende du théâtre anglais), la diva en question, n’en recevait jadis pas moins de douze. Mais pour elle pas question de se produire pour le gala annuel de Beecham House célébrant l’anniversaire de Verdi, même dans le célèbre quatuor de « Rigoletto », en compagnie des anciens protagonistes encore vivants et bien portants, tel Wilf (Billy Connelly) un tantinet dragueur avec le jeune personnel (« Homme d’âge mûr, vin de grand cru, bois bien vieilli » lance-t-il à la jeune toubib), mais c’est sans doute pour oublier ce que la vieillesse peut avoir d’angoissant. Beecham House accueille un joli échantillon d’humanité qui fait de cette bâtisse victorienne un lieu plein de vie. Parfois un peu excentrique lorsque Cédric (Michael Gambon), qui aime bien tout régenter, s’en mêle… A Beecham House on chante, on fait de la musique dans le salon et l’on danse la salsa. Surtout l’on rit. Même du télésiège pour les moins hardis des pensionnaires du premier étage : « Arrivée au sommet, je redescends en ski ? », questionne railleuse Jean Horton. Reste que le gala qui doit permettre à Beecham House de continuer à fonctionner aura bien lieu avec le célèbre quatuor en tête d’affiche.

Un petit monde de septuagénaires et plus même, tout à fait charmant, cela tient au fait que cette comédie est 100% britannique, bien que dirigée par un Américain de 75 ans, l’âge de ses acteurs, dont c’est d’ailleurs la première réalisation. Mais avec Dustin Hoffman, son exceptionnel palmarès, son humanité propre, l’entreprise ne pouvait que marcher. Ainsi a-t-il souhaité qu’aux acteurs proprement dit viennent se joindre des chanteurs d’opéra et des musiciens à la retraite - certains n’avaient jamais mis les pieds sur un plateau de cinéma - formant le gros des pensionnaires de Beecham House pour un grand moment de cinéma réalité.
Il est vrai que « Quartet » est adapté d’une pièce de théâtre britannique, elle-même inspirée par la maison de retraite fondée par Verdi pour les chanteurs et musiciens dans le besoin, maison qui existe toujours. Une comédie charmante, au reste pas toujours politiquement correcte avec l’âge d’or (« Vieillir n’est pas fait pour les mauviettes » dit Cissy qui se bat contre ses propres oublis), délicieusement moqueuse et ô combien émouvante parce qu’il arrive un moment où l’on ne peut plus porter le fardeau des anciennes blessures, des ruptures et des trahisons. Des thèmes par ailleurs très opératiques. Dans les opéras, dit Reginald à un auditoire de jeunes rappeurs charmés, on meurt assassiné ou suicidé en chantant.
Richard Pevny
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08:20 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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