10/04/2013

« La belle endormie » de Marco Bellochio

20461574_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg Ce que l’on aime dans ce cinéma italien-là, celui de Marco Bellochio entre autre, c’est qu’il mêle avec intelligence réalité et fiction. Qu’il fait entrer dans son imaginaire la télé-réalité celle des journaux télévisés, en imaginant des histoires qui viennent se télescoper à l'actualité. Il est vrai que « La belle endormie » s’inspire d’une histoire vraie, celle d’une jeune femme plongée pendant plusieurs années dans un coma végétatif, irréversible, et alors que sa famille s'apprête à débrancher le respirateur qui la maintient en vie, défenseurs et opposants à l’euthanasie se déchirent autour de son corps inerte, l’Eglise et la politique italienne s’en mêlant, Berlusconi, alors président du Conseil, tentant de faire passer en urgence une loi qui stopperait le processus d’euthanasie engagé par le père de la jeune femme.
Ce qui intéresse Marco Bellochio, ce n’est plus tellement l’histoire d’Eluada qui mourra avant le vote des sénateurs, mais d’autres histoires qui viennent se greffer autour de cette actualité. Un sénateur (Toni Servillo grande figure des films de Paolo Sorrentino) du parti de Berlusconi, en conflit avec sa fille Maria autour de cette question, qui a aidé sa propre femme à mourir et s’apprête à voter contre le projet de loi. « La souffrance n’ennoblit pas l’homme, dit-il, elle l’humilie, elle le brise ». Une actrice (Isabelle Huppert en madone survoltée), enfermée dans cette même souffrance, ne vit pour que pour sa fille, yeux ouverts dans le vide, plongée dans un coma identique à celui d’Eluada, autour de laquelle elle organise une vie de prières. Enfin, une droguée (la voluptueuse Maya Sansa qui ébranlait les certitudes de Luchini dans « Alceste à bicyclette ») qui veut en finir avec la vie et qu’un jeune médecin sauve malgré elle.
Réalisateur du « Saut dans le vide », du « Diable au corps » d’après Radiguet qui avait enflammé le festival de Cannes pour une scène de fellation, du pirandellien « Henri IV le roi fou » avec Mastroianni et Cardinale, de « Buongiorno, notte » sur l’assassinat d’Aldo Moro, du « Sourire de ma mère » qui suscita une polémique avec le Vatican, enfin de « Vincere » qui racontait comment le socialiste Mussolini s’était mué en dictateur, le septuagénaire Marco Bellochio travaille en prise directe avec la société italienne. Dans ce nouveau film, le cinéaste italien mène une réflexion sur le droit de mourir dans la dignité, sur la morale en politique (extraordinaire scène où les sénateurs vont aux bains comme dans la Rome impériale), sur la société du spectacle (des médecins parient sur le cas d’Eluada), sur l’art en général, le cinéaste déclarant que « l’impartialité n’existe pas dans l’art ». Marco Bellochio prend position, c’est devenu rare dans un cinéma aux scénarios étrangers au monde extérieur.
Richard Pevny

09:58 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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