15/06/2013

« The Bling Ring » de Sofia Coppola

21001182_20130424163851778_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg« Les suspects portaient des Louboutin » avait titré la presse pour ne pas écrire que les petits diables en question s’habillaient en Prada. Il est vrai que la bande qui visitait les maisons des people en leur absence, était composée de lycéens (cinq filles pour un garçon), même pas glauques, tout ce qu’il y a de propre sur eux, habitant des quartiers plutôt aisés, qu’importe si leurs parents étaient plus souvent en voyage qu’à la maison, ou inexistants, ou déconnectés. « Ils avaient l’air de penser qu’ils n’avaient rien fait de mal, et ils s’intéressaient surtout à la notoriété que leur avait apportée les vols », dira Sofia Coppola qui se documenta d’entrée sur ce « Bling Ring », peut-être parce qu’il y était question d’adolescence un domaine qui la fascine depuis « Virgin suicides », son premier long métrage en 2000, et que le tout se déroulait dans la fascinante Los Angeles dont elle avait donné une image un peu décalée dans son dernier opus « Somewhere », vue du Château Marmont.
Tout débute banalement par le vol d’une voiture garée dans une rue des beaux quartiers, même pas fermée, avec portefeuille, clés, argent abandonnés sur le siège avant. C’est TROP facile se disent Marc et Sam, aussi quitte à partir au volant de belles cylindrées, pourquoi pas une Porsche !... Ils s’en vantent entre copines de lycées, investissent les pages perso des people, notent leurs adresses, leurs absences et vont faire leur
Shopping la nuit venue dans des dressings débordant de fringues de marques et d’accessoires de luxe. Les systèmes d’alarme sont inexistants, les portes-fenêtres s’ouvrent sans problème. Nuit après nuit, les Bling Ring pillent les maisons d’Orlando Bloom, Rachel Bilson, Lindsay Lohan ou Paris Hilton qui a accepté que Sofia Coppola tourne chez elle avec ses murs tapissés de son image en couverture des magazines les plus branchés, ses tonnes de fringues, ses dizaines de paires de chaussures occupant des pièces entières… Il y a cette scène extraordinaire dans une villa de verre où les cambrioleurs sont filmés de loin en long plan séquence, leurs silhouettes passant d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre, alors que l’on entend au loin un hélico, normal on est à Los Angeles. Et puis, il y a l’adresse de trop, où des caméras de surveillance donnent un visage à l’un des membres du gang. Le film est mis en ligne, c’est la fin. Presque. En s’introduisant dans l’intimité de celles et ceux qui ont fait de leur image, via le web, un business, nos lycéens ont acquis une célébrité qui ne durera peut-être que le quart d’heure promis pour tous par Andy Warhol, mais cela en dit beaucoup sur les réseaux sociaux qui diluent vie privée et vie publique, et c’est ce qui visiblement a fasciné Sofia Coppola. On notera que le garçon de la bande paraît on fine bien seul dans sa tenue orange de prisonnier, loin de ses amies, mais devant fréquenter pour quatre ans des types à l'air patibulaire, pas vraiment fréquentables.
La cinéaste n’en reste pas moins à bonne distance. Elle ne condamne pas, la justice s’en charge seule. Certes, il n’y a pas eu de morts, nous ne sommes pas dans le jusqu’au-boutiste « Bonnie and Clyde », seulement quelques vols de vêtements et accessoires dont l’utilité reste à prouver. La plupart ont été retrouvés, soigneusement rangés dans des malles ou valises cachées sous les lits. Il n’est même pas dit que toutes les victimes de ces vols s’en soient aperçues… Sofia, adolescente célèbre à cause des films de son père, connaît bien le Los Angeles des stars, des people, des Kisrten Dunst qu’elle a fait débuter, Paris Hilton et Lindsay Lohan qui défrayent la chronique judiciaire. Hors, Emma Watson, l’Hermione de Harry Potter, tous ses jeunes acteurs sont pour l’instant des inconnus, en attente de célébrité, comme le fut célèbre Alexis Neiers qui a servi de modèle au personnage interprété par Emma Watson. Alexis était membre du vrai Bling Ring, le film de Sofia Coppola l’a remise en lumière sur internet où la jeune fille tient un blog, au point qu’elle s’est décidée à écrire à 21 ans ses mémoires de monte-en-l’air.
Elle en fera peut-être rêver d’autres, la starisation d‘une poignée d’individus est un juteux marché pour la presse people. On veut les approcher – les toucher telles des reliques -, vivre en leur compagnie ces quelques pas qu’elles font de la limousine aux marches du Palais des festivals. Durant le festival de Cannes, des centaines de personnes s‘agglutinent chaque jour autour de ces marches pour voir passer des étoiles devant leurs yeux incroyablement rêveurs. Ça crée des vocations, reste qu'il est plus facile d'être Nabila que Keith Harring.
Richard Pevny

07:34 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.