18/12/2013

Le géant égoïste

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Deux jeunes adolescents, Arbor et Swifty, amis depuis toujours. Ils vivent à Bradford dans le nord de l’Angleterre, une ville désindustrialisée, déshumanisée par le chômage, comme abandonnée à elle-même, privée de tout avenir économique. Arbor et Swifty vivent dans ce cadre-là, au sein de familles précaires, habituées aux coupures de courant et aux saisies mobilières. Cette réalité sociale ne se voit pas à l’école où l’uniforme, blazer et cravate sur chemise blanche, met tout le monde sur le même pied d’égalité. Une égalité qu’apparente. Tout change quand Arbor et Swifty se font exclure de l’école. Il est vrai qu’ils l’ont cherché, Arbor surtout qui exprime dans sa violence ce mal être des enfants de Bradford. Les deux gamins rencontrent Kitten, un ferrailleur qui leur permet de se faire quelques livres en apportant de vieux métaux. De la récupération qui tourne vite au vol, quand Arbor découvre que des adultes s’adonnent à ce sport du vol de câbles en cuivre sur les voies ferrées. Kitten élève aussi des chevaux pour des courses sur route clandestines qu’ils organisent pour de gros parieurs. Kitten observe que Swifty a une tendresse particulière pour les chevaux et que ceux-ci le lui rendent bien.
Ken Loach a trouvé son successeur ! Clio Barnard, dont c’est le premier long métrage, a choisi d’adapter une nouvelle d’Oscar Wilde, un conte dont elle a gardé le titre, faisant du ferrailleur Kitten ce géant égoïste du conte. Elle a transposé le tout à Bradford, une région où elle a longtemps vécu et dont elle connaît le mal-être. Elle filme des lignes à haute tension sous le soleil couchant et des centrales électriques abandonnées, émergeant de la brume, sous lesquels paissent des moutons et des chevaux. Il n’y a plus de fées dans ce conte, juste une réalité sociale qui n’est pas propre à Bradford. La réalisatrice apporte une petite lueur d’espoir dans une fin déchirante, qui ne s’épargne pas quelques clichés.
Conner Chapman et Shaun Thomas, deux non professionnels, ont été découvert à l’issue d’un long casting. Leur spontanéité, leur instinct d’acteurs en devenir, ajoutent à la réussite de ce film primé par la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival de Cannes, ainsi qu’au festival du film britannique de Dinard.
Richard Pevny

07:39 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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