29/01/2014

« Dallas buyers club » : sexe, drogue et rodéo

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Ron Woodroof, 35 ans, droit dans ses bottes, le Stetson enfoncé sur la tête, est un cowboy. Ce n’est pas John Wayne le dos bousillé par des heures de chevauchées dans la plaine. Bourré de testostérone, Ron ne chevauche que des filles habillées comme des chanteuses de country, il laisse à d’autres téméraires les parties de jambes en l’air sur le dos de bêtes à cornes excitées comme des puces. Cet électricien à ses heures est accro au sexe, au steak et à la petite arnaque. Jusqu’au jour, où après un accident de travail, on le teste positif au HIV. Ron a le sida, la maladie des homos qui va emporter l’acteur Rock Hudson - nous sommes en 1985 -, une époque où les porteurs de virus sont considérés comme des pestiférés ; on conseille même à ceux qui les approche de se laver les mains. Pour Ron le Texan, un p... d'homophobe, c’est la catastrophe. Arrive sur le marché l’AZT un médicament qui tue plus qu’il ne sauve les porteurs du virus, mais c’est le seul autorisé par l’administration fédérale. Ron qui n’a que trente jours à vivre n’est même pas autorisé à en suivre le traitement. Il se tourne vers d’autres solutions, importe du Mexique des médicaments non autorisés qu'il revend, et sous les déguisements les plus farfelus, en prêtre, en pilote de ligne, il court le monde d'Israël à Amsterdam pour s'en procurer de nouveaux. Puis avec l’aide de Rayon (Jarde Leto), né selon lui du mauvais côté du genre humain, il créé un club dont les membres bénéficieront de ses acquisitions.
L’aventure de ce biopic a débuté en 1990 quand Ron Woodroof était encore en vie ; il décèdera en 1992 après 2557 jours de maladie. Dennis Hopper fut même intéressé par sa réalisation et plus près de nous Brad Pitt. C’est le cinéaste canadien Jean-Marc vallée (« C.R.A.Z.Y » et « Café de Flore » avec Vanessa Paradis) qui l’a emporté grâce à l’acteur Matthew McConaughey qui l’a en partie financé.
On saluera la performance physique –chacun d’eux a perdu une vingtaine de kilos – de Matthew McConaughey et de Jared Leto (favoris des Oscars), un tandem qui rappelle celui de « Macadam cowboy », Dustin Hoffman et John Voight, mais c’était dans une autre vie.
« Dallas buyers club » est une histoire de rédemption qui nous dit que les gens comme les idées que l’on a sur la société peuvent changer. Le Ron en bonne santé n’était pas un type particulièrement fréquentable, sauf si l’on est texan tendance sexe, drogue et rodéo, mais il a changé, il apprend la compassion et la tolérance, même s’il gardera un goût prononcé pour un bon steak et une jolie femme.
Jean-Marc Vallée n’appuie pas où ça fait pleurer comme dans « Philadelphia », histoire d’un avocat porteur du sida rejeté par les siens, et « sauvé » par la voix déchirante de Callas. Il y a beaucoup d’humour dans « Dallas buyers club », l’humour un peu désespéré de gens qui se savent en sursis, sauvés pour un temps par l’obstination d‘un seul homme.
Richard Pevny

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10:52 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

22/01/2014

Lulu femme nue

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Lulu aurait pu partir comme ça, sur un coup de tête, comme d’autres qui sortent acheter du pain ou un paquet de clopes et ne reviennent pas, plus jamais. Lulu n’a rien prémédité quand elle a pris ce train pour se rendre à un entretien d’embauche à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, c’est le hasard, sa maladresse qui ont décidé pour elle. Lulu n’est pas faite pour ce monde dont elle ne pige pas la signalétique, et fatalement elle n’est jamais au bon endroit. Elle est pleine de bonne volonté mais ne fait pas illusion en secrétaire, fagotée comme une femme de ménage. Jusque-là, Lulu n’a été que mère au foyer et épouse soumise. Elle rate son entretien d’embauche, le dernier train qui devait la ramener chez elle, et à partir de là les événements s’enchainent sans qu’elle ait besoin de les provoquer. Elle hume le parfum de l’océan, ses mains imprégnées de lait corporel trouvé dans sa chambre d’hôtel, comme si tout cela était nouveau. Est-ce aussi simple que cela le bonheur ? Le lendemain, elle se découvre sans alliance, l’a sans doute laissée sur la tablette de la salle de bains, revient à l’hôtel, ne la trouve pas, ne rentre donc pas, ne rentrera plus. « Je ne vais pas rentrer tout de suite », téléphone-t-elle à sa sœur soudainement inquiète. Que fait-elle donc pendant tout ce temps, se demande cette dernière. Lulu explore le monde qui l’entoure, te un astronaute débarquant sur une nouvelle planète. Un téléphone portable – « Je me sens comme un chien en laisse avec ce truc » lâche-t-elle à Charles (Bouli Lanners) rencontré sur la plage – et une carte bleue la rattachent encore à son ancienne vie, qu’à cela ne tienne, Charles balance le mobile dans l’océan, alors que son mari se dépêche très vite de lui couper les vivre histoire de la faire revenir dare-dare. Charles sera l’instrument de ce bonheur qui est devenu sa quête, Charles l’ex-taulard qu’accompagnent deux frères protecteurs jusqu’à la caricature, une touche de comédie dans un récit qui jusque-là n’a guère prêté à sourire. Charles vit dans un camping dont il est le gardien. Avec ses frères. Avec Lulu. Les deux frangins suivent avec attention ce bonheur qui est en train de se construire sous leurs yeux. On voit Lulu sortir nue de l’océan pour une nouvelle naissance. « Comment ça s’appelle ca ? » questionne l’un. « Le bonheur » répond l’autre. Or, quand la vraie vie, celle d’avant, pointe le bout de son nez, le nez de sa fille aînée, Lulu s’en va plus loin, fait d’autres rencontres, toutes d’une manière aussi maladroites. C’est Marthe (Claude Gensac la « biche » de Louis de Funès dans onze de ses films dont « Oscar »), une vieille dame qui n’a plus personne à qui parler depuis qu’elle s’est fâchée avec son amie Yvette à cause d’un moment d’abandon, c’est la jeune serveuse du Café du Bonheur, souffre-douleur d’une patronne tyrannique.
Autant vous le dire, « Lulu femme nue » de Solveig Anspach, adapté de la BD d’Etienne Davodeau, se termine comme nous aimerions tous, nous les spectateurs, qu’il se conclue. Quand on a été aussi près du bonheur comme l’a été Lulu, on mérite de l’embrasser pleinement, longuement. Sa réussite, le film le doit à un tandem de femmes, Solveig Anspach, la réalisatrice de cinq longs métrages, et Karin Viard qui, en 1999, était déjà l’interprète de « Haut les cœurs » le premier film de la cinéaste, film qui lui valut le César de la meilleure actrice en 2000. L’actrice se trouve en même temps à l’affiche de « L’amour est un crime parfait » de Jean-Marie et Arnaud Larrieu. Son personnage est à des années-lumière de celui de Lulu, jusqu’aux détails physiques. Deux films pour suivre au plus près son travail, ses formidables jeux d’actrice. Karin Viard mérite son talent.
Richard Pevny

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