17/09/2014

« 3 cœurs » : entre Charlotte et Chiara le cœur de Benoît Poelvoorde balance

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Il est direct, le reconnaît. Il a une certaine habitude des rencontres de hasard. Oui, des femmes il en a rencontrées, n’en dira pas plus. En fait, son défaut c’est d’être toujours en retard, comme ce soir-là. Marc a encore raté son train pour Paris, coincé toute une nuit dans une gare de province. Eh, oui, la province ça peut être en temps ordinaire très calme, voire mortel. Marc entre dans le dernier café encore ouvert, face à la gare, peut-être parce qu’on y vend du tabac. Marc est seul au comptoir. Entre Sylvie (Charlotte Gainsbourg). Elle vient acheter des cigarettes. Marc l’observe à la dérobée, puis d’un coup de tête – qui va se transformer en coup de cœur, coup de folie -, il sort à sa suite, la hèle, la rattrape, lui demande si elle connaît un bon hôtel, nul comme approche, il y a toujours un ou deux hôtels près d’une gare, même en province. Sylvie décide de faire un bout de chemin avec cet original qui dit ne plus savoir très bien où il habite. Pourtant Marc ne vit pas seul, il a un emploi, il est inspecteur des impôts, une femme et un petit garçon. Et des palpitations de cœur. Marc va passer la nuit avec Sylvie, à parler, tout en déambulant dans les rues désertes de la ville endormie. Au petit matin, sur un quai de gare, ils se donnent rendez-vous dans huit jours, à 18 heures, jardin des Tuileries. Marc va rater le rendez-vous de sa vie avec Sylvie, à cause d’un entretien difficile avec deux Chinois qu’il a convoqués pour un contrôle fiscal (c’est tordant), à cause d’un malaise qu’il fait au volant de sa voiture, à cause de sa prépondérance à arriver en retard. Que se serait-il passé, si Marc avait revu Sylvie, si Marc n’avait pas rencontré dans les couloirs des Impôts, Sophie, la grande sœur de Sylvie. Sophie et Sylvie gèrent un magasin d‘antiquités. Sylvie s’occupait de la paperasse, mais depuis qu’elle est partie avec son compagnon aux Etats-Unis, Sophie, qui n’a jamais été séparée de sa sœur, se noie dans la comptabilité. Marc se propose de lui venir en aide. Ces deux cœurs un peu en déconfiture se trouvent mille raisons de s’unir, sous le regard bienveillant de la maman des deux jeunes femmes, rôle qu’interprète Catherine Deneuve. On parle mariage, Sylvie promet à sa sœur d’être présente…
Benoît Jacquot est un réalisateur à femmes : Dominique Sanda (Les ailes de la colombe), Judith Godrèche (La désenchantée), Isabelle Huppert (Villa Amalia), Virginie Ledoyen (La fille seule), et le trio Diane Kruger, Léa Seydoux, Ledoyen dans « Les adieux à la reine », plus Isabelle Adjani ou Isid le Besco, le réalisateur d’ « Adolphe » ou de « La fausse suivante » sonde les cœurs de ses personnages féminins, capte les émotions de ses interprètes, met en scène leur fragilité, ce moment d’étourdissement que l’on a au bord du vide, cet instant de vertige avant le saut dans l’inconnu. Dans ce 21e long métrage, le moteur de son drame est masculin, et pas n’importe quel acteur, Benoît Peolvoorde, ce qui aurait pu être considéré par d’autres comme une gageure. Mais le comédien belge n’est pas juste le fauteur de trouble des films de Delépine et Kervern, dans des registres où on ne l’attendait peut-être pas, sous la direction d’Anne Fontaine ou de Jean-Pierre Améris par exemple, il a su imposer son propre jeu. Dans le chassé-croisé amoureux de « 3 cœurs », il est totalement présent, absolument crédible. Nous espérons que son idée d’arrêter le cinéma est provisoire, liée à un enchainement quelque peu usant des tournages.
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