30/09/2014

Bodybuilder

255441_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgIl faut avoir les triceps bien accrochés pour suivre Roschdy Zem dont le troisième long métrage se déroule en grande partie dans une salle de musculation. Son héros, une sorte de Monsieur Muscle vieillissant, en est le propriétaire du côté de Saint-Etienne. Vincent Morel – rôle tenu par le culturiste Yolin François Gauvin après qu’Antoine de Caunes ait jeté l’éponge à l’issue d’un sommaire entraînement -, 58 ans, brigue le titre suprême dans sa catégorie, couronnement de sa carrière de culturiste, coaché par sa petite amie Léa (Marina Fois). Roschdy Zem ne nous cache rien de sa préparation tant physique que diététique. Dans une autre vie, Vincent a eu brièvement une famille, père de deux garçons, aujourd’hui adultes, Fred (Nicolas Duvauchelle) et Antoine (Vincent Rottiers), deux garçons dont l’un est passé par la case prison, l’autre en sursis. Ce dernier a monté une arnaque à la Bernard Madoff. Ses créanciers, de petites frappes de la banlieue lyonnaise, le recherchent pour lui faire cracher le blé qu’il leur a promis. Antoine se réfugie à Saint-Etienne auprès de ce père qu’il n’a pas vu depuis des années, qui ne s’est pas beaucoup occupé de lui, qui semble plus préoccupé par le tour de taille de ses biceps que par l’avenir de ce fils indigne. Malgré tout il accepte de l’héberger, de lui donner un petit boulot d’entretien, Antoine en profite même pour ratisser les vestiaires des abonnés de la salle de sport. Parallèlement à la tension qui monte dans l’entourage de Vincent à quelques jours du titre, le filet se resserre autour d’Antoine qui ne semble plus avoir de coups d’avance.
Passé le titre et ce qu’il a de répulsif pour ceux qui ne s’intéressent guère à la période des exercices de gonflette d’Arnold Schwarzenegger, « Bodybuilder » offre une toute autre grille de lecture, celle d’un père qui doit apprendre à connaître le fils qu’il n’a pas vraiment vu grandir, dont il n’a pas suivi jour après jour l’ouverture au monde. Cette absence du père est expliquée en une scène, au cours de laquelle Antoine, qui vient de se faire virer d’une manière musclée par Vincent, se retrouve le soir dans une fête foraine. Il y côtoie brièvement un père qui apprend à son jeune fils à tirer à la carabine, bref instant d’une complicité père-fils qu’il n’a pas connue.
Découvert par André Téchiné au début des années 90, Roschdy Zem a débuté dans « J’embrasse pas » avant d’entamer une carrière de films d’auteurs, de Patrice Chéreau à Xavier Beauvois, Laetitia Masson ou Pierre Jolivet. Il a obtenu le prix d’interprétation collectif au Festival de Cannes pour « Indigènes ». Flic ou voyou, Roschdy Zem est devenu une figure du polar à la française. Il est aussi le réalisateur de deux longs métrages, « Mauvaise foi », une comédie sur un couple mixte, il est musulman, Cécile de France est juive, et « Oma m’a tuer » sur l’affaire Omar Raddad. « Bodybuilder » s’inscrit dans ce parcours, un film dans lequel les poids et haltères ne sont que des artifices de langage, le sujet se situant à un tout autre niveau. A ne pas regarder au ras des abdominaux.

16:18 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.