07/10/2014

« Mommy » le coup de génie de Xavier Dolan

539215_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgXavier Dolan est un surdoué, le problème avec les surdoués, c’est qu’on ne sait pas par quel regard les prendre. Xavier Dolan a 25 ans, « Mommy » est son cinquième long métrage et quel film ! Le genre à diviser le récent Festival de Cannes où il a obtenu le prix du Jury, lot de consolation qu’il partage avec « Adieu au langage » de Godard dont Cannes ne savait trop quoi faire ; ne pas donner un prix au cinéaste suisse le plus inventif du siècle dernier, serait se comporter en mufle. Xavier Dolan n’a pas eu la Palme d’or, il en aurait pleuré, quand beaucoup le voyait à la place de « Winter sleep » du Turc Nuri Bilge Ceylan, un type qui fait bouger le cinéma, même s’il le fait avec lenteur, répétition, avec un autre regard sur la vie et les gens. Autre problème, c’est que la Palme d’or sied parfaitement à ce dernier… Mais revenons à Xavier Dolan, petit génie du septième art dont le film « Mommy » vous remue, c’est le moins qu’on puisse écrire. Dans ce film, le réalisateur québécois est partout, il réalise, cadre, trafique le format plus vertical qu’horizontal, choisit sa famille d’acteurs, les costumes, les musiques, compose sa compil, Céline Dion à Lana Del Rey, Dido ou Boccelli pour une scène de karaoké digne d'un thriller, écrit les sous-titres en français et en anglais, effectue son montage, invente ses propres histoires, une histoire qui n’est pas si impossible que ça, que l’on peut très bien ancrer dans nos vies réelles, et non plus rêvées, une histoire qui nous met à mal, nous émeut, nous donne envie de pleurer, de rire, de hurler parfois. « Mommy » bouleverse jusqu’à notre chimie interne.
Diane dit « Die » (Anne Dorval) est veuve un peu rock’nd roll et mère d’un adolescent hyperactif, à la violence incontrôlable, assez impulsif pour être pensionnaire d’un centre fermé. Ce dernier ne veut plus de lui depuis qu’il y a mis le feu et brûlé un autre ado au troisième degré. « Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver » dit à Diane la directrice du centre. La jeune femme a deux solutions, abandonner Steve (Antoine-Olivier Pilon) à l’Etat qui l’enfermera sans doute pour toujours, ou bien le reprendre chez elle. Diane choisit d’être mère jusqu’au bout, sachant « qu’un jour ça va péter (chier dans le moteur en français du Québec), c’est juste une question de temps ». Le gros du film se situe dans la cuisine de Diane, vue comme une scène de théâtre, dont la fenêtre donne sur le domicile de Kyla (Suzanne Clément), la voisine, une prof dépressive et mutique. Les deux jeunes femmes deviennent les meilleures amies du monde, Kyla donne des cours de math à Steve qui sait avec la jeune femme ses propres limites. On le voit sur son skate-board, le casque sur les oreilles, un ado ordinaire qui danse avec les caddies du supermarché avant d'envoyer tout balader. Mais Steve peut se comporter avec sa mère avec une rare violence, leurs dialogues dont on a parfois du mal à assurer la lecture sont fait de jurons, la violence des mots, du ton, des hurlements, rejoint celle des gestes, des attitudes. Ces moments autodestructeurs nous mettent mal à l’aise, ils sont compensés par des instants d’une grande tendresse.
On retrouve dans « Mommy » la figure de la mère, présente depuis « J’ai tué ma mère » en 2009 jusqu’à « Tom à la ferme » en 2012. C’est elle « qui aura le dernier mot dans ma vie » souligne le jeune réalisateur. Xavier Dolan remet un peu de sérénité dans la vie de Diane au prix de la liberté de Steve. Et d’une forme de trahison.
« Ca se peut qu’un jour tu m’aimes plus ? ».
« Ça arrive pas dans la vie d’une mère qu’elle aime moins son fils ».

Richard Pevny
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14:58 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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