28/10/2014

« Vie sauvage » : Mathieu Kassovitz hors la loi

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De l’intérieur d’une caravane, une jeune femme à l’allure hippie regarde partir son compagnon. Puis elle se précipite sur des sacs à dos qu’elle avait planqués, les distribue à ses trois garçons, les presse de s’activer, les précipite au dehors, entamant une course contre la montre jusqu’à la gare la plus proche. Nora (Céline Sallette) est en fuite. Elle fuit ce mode d’existence qu’elle s’était pourtant choisie, elle fuit Paco (Mathieu Kassovitz excellent) qu’elle avait rencontré dans une communauté de marginaux diront certains, qui lui a donné deux garçons qui portent des prénoms empruntés à la culture indienne, Tsali et Okyesa, vivant en toute liberté en osmose avec la nature. Mais voilà, Paco n’a pas construit la maison qu’il leur avait promise, Nora en a assez de vivre dans la boue, la saleté, et pour les enfants l’absence d’école, d’éducation nationale. Nora se réfugie chez ses parents, en appelle à la justice qui tranche en sa faveur. Mais Paco, Philippe Fournier pour l’état civil, se moque de la justice des beaufs, enlève ses enfants à la faveur d’une semaine de vacances avec eux que cette même justice lui octroie, commence alors une odyssée de onze années, en marge, entre les Cévennes et le Canigou, preuve encore que de nos jours malgré la toile d’araignée de surveillance tendue par l’Etat au-dessus de la tête de millions de citoyens, on peut se fondre dans le paysage, vivre libre loin de toutes structures, de toute règle, de n’être à la solde de personne, ne quémandant rien à l’Etat, ne lui reversant rien. Commence une cavale dans le sud de la France, un jeu de cache-cache avec la gendarmerie, qui les mène au dénuement total un jour que l’estafette bleu marine s’est un peu trop rapprochée de leur campement. « On n’a plus rien les enfants, juste des amis et la providence », leur dit Paco. Le film de Cédric Kahn, qui a connu enfant avec ses deux parents cette vie de bohème, est construit en deux époques, celle que je viens de raconter qui est un temps de l'innocence et du bonheur, et quelques ellipses après, l’adolescence des deux garçons qui ne veulent plus de cette vie communautaire qui semble plus leur être imposée que librement choisie. Ils veulent leur émancipation, non pour devenir des beaufs entre supermarché et autoroute leïmotiv paternel « Dis-moi ce qu’on choisit quand on a 7 à 8 ans », lâche l’ainé à son frère cadet. A travers « Vie sauvage », Cédric Kahn raconte l’échec d’une existence qu’un père a imposé onze ans durant à ses enfants, s’accrochant jusqu’au bout à un rêve impossible, vivre libre hors de toutes obligations imposées par les lois. Une utopie. Le film est habilement construit avec de belles images qui apportent des moments de douceur dans cette longue cavale qui oblige nos fuyards à être en permanence sur le qui-vive. Dommage que le réalisateur ne nous donne aucun point de vue personnel, c’est dû sans doute à cette obligation de ne froisser personne, les protagonistes de cette histoire vraie, adaptée de deux livres, celui signé par le père et ses deux garçons, l’autre écrit par la mère. On imagine les séances entre le réalisateur et les avocats des deux parties, relisant le scénario au mot près, pour aboutir à une fin un peu artificielle, fruit d’un consensus, à laquelle on ne croit guère.

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22:44 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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