15/09/2015

"Marguerite" la reine des couacs

201698.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa belle société se presse dans les salons de la baronne Dumont. Celle-ci, grande mélomane, s'apprête à donner l'un de ses mémorables récitals au profit des orphelins de la Grande Guerre. L'aristocrate se prend pour une soprano colorature, un don qu'elle cultive en privé. En attendant l'arrivée de son mari le baron Georges (André Marcon), sans qui elle ne saurait commencer, des musiciens sont chargés de faire patienter les invités. Le baron se fait attendre, il est vrai guère pressé d'assister à une humiliation de plus, car la particularité de Marguerite Dumont est qu'elle chante faux, mais vraiment, insupportablement faux. Ne le sait pas, sans doute n'a-t-elle pas d'oreille, contrairement à ses invités. La scène dans laquelle elle entonne l'air de "La flûte enchantée", trois enfants vont se cacher sous une table comme un clin d'oeil à l'"Amadeus" de Milos Forman. Pourtant son petit monde d'amis, d'admirateurs, assiste à ses récitals sans piper mot, un sourire un peu gêné au coin des lèvres. Hypocrisie d'une société de mondains qui préfèrent fermer la porte du fumoir où ces messieurs se sont repliés. Au jeune journaliste qui vient leur demander : "Elle a toujours chanté comme ça ?", l'un d'entre eux réplique : "Ah, non! Elle a beaucoup progressé". En dehors de ce fâcheux problème, Marguerite est une personne de très bonne compagnie, de surcroît généreuse, ce qui explique qu'il ne s'est trouvé personne pour lui dire la vérité. "L'argent n'a aucune importance, l'important c'est juste d'en avoir", dit-elle au ténor Atos Pezzini (Michel Fau) qu'elle engage comme coach, quand il lui prend l'envie de monter sur la scène de l'Opéra devant un vrai public dans son rôle fétiche de "La reine de la nuit". La faute à une petite bande de jeunes avant-gardistes, un peu anarchistes aussi, dont elle s'est entichée. Dès lors, c'est le branle-bas de combat dans son entourage pour la dissuader de mener à bout son projet fou. A son mari, le baron, qui l'engage à faire machine arrière, elle lance : "C'est ça ou devenir folle". C'est une folie, à l'image de Marguerite qui vit dans son château au milieu de ses partitions dédicacées, des costumes de scène qu'elle rachète à prix d'or, dans lesquels elle se fait photographier par son fidèle Madelbos (Denis Mpunga), une armoire de majordome un peu amoureux de cet avatar de grande folle, une de celles qu'il côtoie le soir venu dans quelque cave parisienne au son du jazz américain. "Marguerite" est l'histoire d'un couple vieillissant, qui peine à trouver un second souffle, elle dans le chant, lui dans les bras d'une plus jeune, mais tous deux restés sincèrement amoureux l'un de l'autre.
Pour ce rôle qui demande non seulement de la voix, mais du tempo, il fallait une originale, ce ne pouvait être que Catherine Frot, la dilettante de Pascal Thomas, l'apprenti espionne Prudence Beresford dans l'adaptation du même réalisateur des romans d'Agatha Christie, qui n'hésite pas à se transformer en vipère (Folcoche) ou en vieille maman rédemptrice ("Le vilain" d'Albert Dupontel). Elle est Marguerite des pieds aux cordes vocales, divinement, délicieusement, sublimement. Et même si ce n'est pas sa voix, chanter faux est un métier, elle en assure le play back à merveille.
La réalisation soignée est signée Xavier Giannoli qui aime bien les tandems atypiques (François Cluzet et Emmanuelle Devos dans "A l'origine" ou Cécile de France et Gérard Depardieu" dans "Quand j'étais chanteur"). "Marguerite" est son premier film d'époque et c'est pour le moins une réussite. Le cinéaste s'est inspiré de l'Américaine Florence Foster Jenkins dont il existe un enregistrement de l'air de la Reine de la nuit que devrait ressusciter Meryl Streep dans un film de Stephen Frears attendu début 2016.
Richard Pevny
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17:46 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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