23/09/2015

Golshifteh Farahni actrice rebelle

21028206_20130814104810859.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg"Les deux amis" de Louis Garrel ne risque pas d'arranger les affaires de cette actrice franco-iranienne avec Téhéran, quand l'attaché culturel de l'ambassade d'Iran à Paris aura vu avec quelle gourmandise la jeune femme se laisse filmer nue. Interdite de retour en Iran depuis 2012, quand dans une vidéo tournée pour la cérémonie des Césars, elle dévoile un bout de sein, ses ennuis avec la censure iranienne avaient débuté en 2007 durant la promotion de "Mensonges d'Etat" de Ridley Scott dans lequel elle tenait le seul rôle féminin au côté de Leonardo DiCaprio. Téhéran lui avait reproché d'apparaître sans voile, ce qui lui avait valu une interdiction de sortie d'Iran pendant six mois. Quand elle avait pu récupérer son passeport contre la somme de 2 millions de dollars, Goshifteh Farahni s'était exilée en France où elle avait obtenu le statut de réfugiée. Elle sait que chacun de ses pieds de nez au régime des mollahs vaut pour sa famille, son père est un metteur en scène connu, sa mère plasticienne, sa soeur comédienne et son frère un acteur de la scène rock underground à Téhéran, des tracasseries supplémentaires. L'exil, dit-elle, est "une forme de mort", dans une interview à Libération en 2012. Sa carrière est désormais en Occident, mais son coeur est resté à Téhéran. Elle porte ce déchirement sur son beau visage mélancolique, et ce n'est sans doute pas étranger à son rôle de détenue en semi-liberté dans le film de Louis Garrel. Rentrer à Téhéran ne serait-ce que pour voir sa famille, signerait pour elle la fin de sa liberté de mouvement. "Quand on est artiste en Iran, on est rien, dit-elle. A chaque minute, quelqu'un peut dire qu'on n'a pas le droit de travailler".
Pourtant, là-bas, elle y est une immense actrice, ayant débuté à 14 ans dans un drame romantique qui lance sa carrière iranienne. Elle tourne dix-neufs films en dix ans, dont "M comme Mère", l'histoire d'une mère abandonnée par son mari durant la guerre Iran-Irak. Ce film lui vaut une soudaine célébrité dans tout le pays, jusque dans les villages les plus reculés. En France, on l'a vue dans "Boutique" de Hamid Nematollah pour lequel elle a reçu un prix d'interprétation au Festival des trois continents de Nantes en 2004; "Poulet aux prunes" de Marjane Satrapi avec Mathieu Amalric, "A propos d'Elly" d'Asghar Farhadi et en 2014 "My sweet Pepper land" sorte de western kurde d'Hiner Saleen, puis le péplum "Exodus: gods and kings" de Ridley Scott dans lequel elle joue Nefertiti, sorte de remake des "Dix commandements". au début de cette année, elle est apparue nue, photographiée par Paolo Roversi, à la une de la revue Egoïste, ajoutant encore plus de contentieux entre elle et le régime des mollahs.
Ses prochaines apparitions au cinéma devraient être dans "Les malheurs de Sophie" de Christophe Honoré en 2016, puis "Pirates de Caraïbes" en juillet 2017. D'ici-là, il est fort probable qu'on la trouve dans la liste des actrices nommées pour le César de la meilleure interprétation féminine.

10:09 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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