08/12/2015

"Mia madre" de Nanni Moretti

392820.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgNanni Moretti pourrait être considéré comme le Woody Allen transalpin tant il a poussé loin l'art de l'introspection. Il est le meilleur acteur de son propre sujet : lui-même. Et comme il arrive au cinéaste américain de laisser à d'autres le soin d'être son alter ego, dans "Mia madre", titre qui ne souffre d'aucune confusion, Nanni Moretti s'efface derrière l'actrice italienne Margherita Buy. Elle est son double parfait, réalisatrice d'un film qu'elle est entrain de tourner, l'histoire d'une occupation d'usine alors que débarque son nouveau patron américain. Ce dernier rôle est tenu par John Turturro qui amène la note humoristique à l'ensemble. Bien entendu, Nani Moretti n'a pas seulement transmis à Margherita sa passion du cinéma et de la mise en scène, il lui a légué ses angoisses, ses hésitations, ses interrogations sur le cinéma, la vie et la mort.
Nanni Moretti nous joue le film dans le film à la manière de "La nuit américaine" de Truffaut. D'un côté, nous avons Margherita dirigeant son acteur américain, Barry Huggins, égocentrique et cabotin, incapable de mémoriser son texte, s'inventant des amitiés avec Kubrick et d'autres et des films qu'il n'a pas joués. De l'autre, Margherita, dont la mère Ada est à l'hôpital, qui culpabilise parce qu'elle ne peut être aussi présente qu'elle le voudrait auprès d'elle. Ce rôle de garde-malade est assuré par son frère Giovanni, interprété par Nanni Moretti, qui semble sans occupation hors le fait de préparer de bons petits plats pour sa madre. Les médecins sont pessimistes, les enfants d'Ada doivent se préparer au pire, ce à quoi se refuse Margherita qui est partagée entre son tournage et des adieux à sa mère. De plus Margherita est entrain de rompre avec son compagnon et a des relations difficiles avec son adolescente de fille. "Brise au moins une fois un de tes shémas mentaux", lui dit son frère Giovanni. Elle ne comprend pas le détachement apparent de son frère, alors qu'elle est constamment sur le qui-vive. Giovanni lui fait remarquer qu'elle traite mal les gens, c'est presque une révélation pour elle. Elle retourne dans l'appartement de sa mère, une ancienne professeur de latin, avec son immense bibliothèque, les livres que Ada a lus en dernier posés sur la table de la salle à manger, pour essayer de trouver des réponses à ses tourments. Une forme d'apaisement.
Comme dans "La chambre du fils", Palme d'or au Festival de Cannes, "Mia madre" est marquée par le deuil. Nanni Moretti en a écrit le scénario durant le tournage de "Habemus papam", quand sa propre mère est décédée. Parlant du film qu'elle tourne, Margherita dit : "Ce n'est pas un film triste, c'est plein d'énergie et d'espoir". C'est un peu ça "Mia madre", c'est bouleversant et en même temps très drôle.

10:21 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

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