27/04/2016

Dalton Trumbo

555091.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa première image que l'on a de Dalton Trumbo est celle d'un scénariste au travail à Hollywood, s'exécutant sur une Remington d'époque, dans la fumée d'une cigarette toujours allumée au coin des lèvres, la bouteille de whisky à portée de main. Vous pouvez mettre à sa place un Dashiell Hammett ou un William Faulkner qui ont la particularité d'avoir besogné pour les studios, sauf qu'avec Dalton Trumbo on mêle art et politique et l'on traverse l'une des périodes les plus noires de Hollywood, le maccarthysme, du nom de ce sénateur qui éleva la commission des activités antiaméricaines en tribunal suprême. Sa croisade, chasser des studios tous ceux qui étaient de près ou de loin liés au Parti communiste américain. Des réalisateurs, scénaristes, acteurs ou techniciens furent convoqués à Washington devant la commission, sommés de dénoncer leurs collègues ou amis soupçonnés d'être membres ou d'avoir eux-mêmes un ami membre du Parti communiste. Une chasse aux sorcières qui laissa des traces. Dalton Trumbo, scénariste prolifique, était membre du Parti communiste depuis 1943, à une époque où l'ennemi était l'Allemagne hitlérienne. Dans ses scénarios, Trumbo mettait l'accent sur les conditions de vie des travailleurs américains, c'était un homme profondément de gauche. Il fut dénoncé, convoqué, fit partie des dix de Hollywood qui refusèrent de répondre par oui ou par non aux questions des sénateurs, envoyés en prison pour outrage, ils furent chassés des studios. Mais Dalton Trumbo qui était un scénariste talentueux, tourna cet interdiction de travailler en multipliant les pseudonymes avec lesquels il remporta même deux Oscars dont un pour "Vacances romaines". Trumbo produisait jour et nuit, et quand la fatigue se faisait sentir, s'installait dans son bain, mettant à contribution son épouse et ses deux enfants, Nikola et Christopher, chargés de porter les divers scénarios sur lesquels il travaillait à leurs destinataires. Son association avec un patron de studio, interprété par John Goodman l'un des acteurs fétiches des frères Coen, produisant à la pelle des séries B, est l'un des grands moments de ce biopic. Le purgatoire de Dalton Trumbo, qui avait dû quitter son ranch pour une modeste maison dans un quartier quelconque de Los Angeles, prit fin en 1960 quand Kirk Douglas l'engagea pour écrire le scénario de "Spartacus" que devait réaliser Stanley Kubrick et dans le même temps, Otto Preminger vint le trouver pour qu'il adapte "Exodus". Douglas et Preminger s'opposèrent vertement à la commission et à ses alliés, la chroniqueuse Edda Hopper, l'acteur John Wayne notamment, en imprimant le nom de leur scénariste sur l'affiche de ces deux films. Dalton Trumbo dès lors retrouva son nom et a dignité. En 1971, il porta à l'écran son unique roman "Johnny got is gun" qui reçut le Grand prix du jury au Festival de Cannes. Le film de Jay Roach - le biopic est un genre par excellence hollywoodien - montre comment un homme profondément de culture américaine, qui avait été grand reporter de guerre, alors qu'un John Wayne ne tirait sa gloire que de ses personnages, fut considéré comme un traître à son pays. Il restitue l'atmosphère des années cinquante, le climat de suspicion suscité par un petit groupe de personnes contre le plus grand nombre. Il y eut des gens à Hollywood pour dénoncer cette chasse aux sorcières, je pense au réalisateur John Huston ou au couple Bogart-Bacall qui allèrent jusqu'à manifester à Washington et que l'on aperçoit sur des images d'archives. Le film mêle habilement images d'archives et reconstitution, dans une mise en scène somptueuse et éclairée d'une époque qui signait la fin de l'âge d'or des studios. On croise Edward G. Robinson, Sam Wood, Kirk Douglas, Otto Preminger, Louis B. Mayer, John Wayne... Bryan Cranston campe un Dalton Trumbo vindicatif, stakhanoviste du clavier, tyrannique envers sa propre famille, décidé à combattre l'injustice, les abus des autorités, la privation des libertés fondamentales avec ses mots. Il montre les diverses facettes d'un homme qui ne renonce jamais, juste à son statut de privilégié, contrairement à d'autres. Dans le camp adverse, Helen Mirren montre la chroniqueuse Edda Hopper sous un nouveau jour, en vipère hollywoodienne au venin assassin. 284949.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

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