09/06/2016

La nouvelle vie de Paul Sneijder

079460.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg Les personnages des romans de Jean-Paul Dubois ne sont pas faciles à interpréter à l'écran. Sam Karman dans son adaptation de "Kennedy et moi" avait confié le rôle principal à Jean-Pierre Bacri, sans doute parce qu'il pensait que l'acteur s'étant construit un personnage de misanthrope, entrerait facilement dans la peau d'un être qui, doutant de lui-même et des autres, avait "le sentiment d'être arrivé au bout de quelque chose". Le Samuel Polaris du film ne fut au fond qu'une caricature bien connue de l'acteur Bacri. Thomas Vincent ("Karnaval" en 1999, "Je suis un assassin" en 2004, "Le nouveau protocole" en 2005) a contourné le problème dans l'adaptation du dernier roman paru de Jean-Paul Dubois, "Le cas Sneijder". Paul, un prénom récurrent dans l'oeuvre de J-P Dubois, a le physique de Thierry Lhermitte qui réussit à nous faire oublier sa vraie nature comique. Pour cet ex de la bande des "Bronzés" c'est une performance. Thomas Vincent place cet unique rescapé d'un accident d'ascenseur dans un hiver montréalais particulièrement rude. Enfermé dans une tenue de grand froid, l'acteur y est quasi méconnaissable, tel un astronaute foulant le sol d'une planète hostile. Il est vrai que Paul est resté enfermé dans cet ascenseur, une attitude qui ne comprend guère son épouse Anna (Géraldine Pailhas) qui le somme d'engager des poursuites dont le bénéfice servirait pour ses deux garçons, "deux pièces génétiquement rapportées", écrit Dubois, à intégrer Harvard. C'est oublier que Paul Sneijder a perdu dans la descente incontrôlable de la cabine d'ascenseur, sa fille aînée, enfant d'un précédent mariage, avec qui il venait de renouer, et à qui il n'avait pu dire combien il l'aimait avant de la perdre définitivement. Déconnecté désormais de toute vie sociale, Paul a trouve le repos dans la compagnie des chiens. Il a rencontré Benoît avec qui il se découvre une passion commune pour les nombres premiers. Benoît dirige une petite société de promeneurs de chiens. Paul était cadre dans une entreprise de distribution de vins français, il est devenu celui qui parle à l'oreille des chiens et en ramasse, au cours de longues promenades dans la neige, les déjections. On le sollicite même pour la présentation d'un concours, ce qui permet à Thierry Lhermitte de renouer un instant avec les situations burlesques. Ce qui n'était que temporairement supportable, devient critique quand Paul annonce au clan de sa femme qu'il entend tirer un trait définitif sur son accident. Adieu procès, honoraires d'avocats, Harvard... Anna qui a pour l'accident de son mari la compassion d'une caisse enregistreuse, choisit de reprendre le dossier d'une manière pour le moins brutale. S'il manque à cette adaptation le regard ironique de Jean-Paul Dubois, on peut lui reconnaître une certaine approche, même si le réalisateur a choisi d'en anticiper la fin. Le film vaut pour son interprétation, les seconds rôles Géraldine Pailhas en femme qui dirige son foyer comme une société anonyme, Guillaume Cyr (Benoît) et Pierre Curzi en avocat compatissant.

10:49 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.