26/03/2017

Sage femme : duo de Catherine

S'il n'en reste qu'une, elle sera celle-là. Claire (Catherine Frot) est une sage-femme qui a des convictions. Elle ne veut pas abandonner la maternité qui l'emploie depuis des années, condamnée à une fermeture prochaine. Ce serait pour elle comme un abandon de poste. Pas question non plus d'aller intégrer le bataillon de plus d'une centaine de sages-femmes de l'usine à bébés qui vient d'ouvrir et annonce des chiffres impressionnants de plus de 4 000 naissances par an. On dira que c'est une professionnelle à l'ancienne, droite dans ses bottes, qui oeuvre par vocation, vocation de se consacrer aux autres, qui ne comprend pas son fils décidé à abandonner ses études de médecine qu'ils avait entrepris un peu pour faire plaisir à maman. Quand elle n'est pas à la maternité, Claire cultive un lopin de terre au bord du fleuve où repose les cendres de son père. Paul, (Olivier Gourmet), routier à l'international dans le civil, est son voisin de terrain. Tous deux papotent en regardant pousser leurs légumes respectifs. Reste que Claire est préoccupée par son avenir professionnel. A ce souci vient s'en greffer un deuxième et pas des moindres. Claire reçoit un appel de l'ex-maîtresse de son père, qu'elle n'a plus revue depuis sa lointaine adolescence. Un jour, Béatrice (Catherine Deneuve) a disparu de l'univers de son père entraînant le suicide de ce dernier. Claire ne le lui a pas pardonné. Et pourtant, elle accepte de la rencontrer. Béatrice est l'antithèse de Claire, exubérante à l'humeur fantasque, rusée, un tantinet roublarde, elle semble aux abois mais ne le montre pas, joue les duchesses friquées, hôtels de luxe, meilleurs restos, vins les plus chers... elle s'incruste dans la vie de Claire qui finit par lui céder son lit, se replie dans l'ex-chambre de son fils. Béatrice est une adepte du poker menteur, c'est même son job, ce qui alimente son train de vie. Béatrice a beaucoup vécu, vagabondé, traîné ses valises d'un nid à l'autre, elle a donné beaucoup d'amour, en a reçu, un peu moins avec l'âge. Gravement malade, sans enfant, Claire est son dernier rempart contre la solitude, son ultime port d'attache avant de disparaître. A l'opposé, Claire a du mal à tisser une relation intime avec Paul à qui elle plaît bien. C'est comme si l'amour de tous ces petits êtres qu'elle aide à venir au monde lui suffisait amplement. En investissant l'appartement de Claire, Béatrice en tire les rideaux pour y faire entrer la lumière. Un peu de sa lumière. Il y a longtemps, Béatrice a été pour Claire une seconde mère. En se tournant vers elle, c'est un peu vers la fille qu'elle n'a jamais eue, qu'elle revient.
Le film ayant été écrit pour Catherine Deneuve et Catherine Frot,il nous propose un tandem de femmes vraies, de chair et d'esprit. Catherine Frot participe à des accouchements véritables comme si elle l'avait toujours fait. Quant à voir Catherine Deneuve au volant d'un poids lourd, cela ne s'oublie pas. La voir jouer avec ce naturel est un bonheur.
Martin Provost ("Le ventre de Juliette", "Séraphine" avec Yolande Moreau, "Violette" avec Emmanuelle Devos) a dédié son film à la sage-femme qui l'a sauvé lors de sa naissance en lui offrant son propre sang "avec discrétion et une humilité incroyables".
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17:18 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)