05/04/2016

"Back home" de Joachim Trier

424410.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLa photographe de guerre Isabelle Reed (Isabelle Huppert) est décédée voici trois ans dans un banal accident de voiture, elle qui avait arpenté le monde en guerre de l'ex-Yougoslavie à l'Irak ou l'Afghanistan (les photographies montrées à l'écran sont celles de la reporter Alexandra Boulat). Son mari Gene (Gabriel Byrne) prépare une rétrospective de son travail. Pour Gene et ses deux enfants, Jonah, dont la jeune épouse s'apprête à avoir un bébé, et Conrad, encore adolescent, la soudaine disparition d'Isabelle a causé des traumatismes. Conrad et son père ne se parlent pratiquement plus, l'adolescent s'est muré dans le monde des jeux vidéos, au point que Gene a crée un avatar, histoire de rentrer virtuellement en contact avec son fils. Connaît-on vraiment les personnes avec qui l'on vit ? Chacun des membres de la famille avait une vision personnelle d'Isabelle, qui n'était sans doute pas la vraie Isabelle Reed, photographe confrontée à l'horreur de la guerre, qui la détestait et en même temps ne pouvait s'empêcher d'aller à sa rencontre, comme une drogue, promettant de ne plus y toucher jusqu'au prochain départ. A la fin, ne pouvant choisir entre une vie palpitante et dangereuse sur le terrain et une existence un tantinet ennuyeuse at home, une nuit, Isabelle a précipité sa voiture contre un poids lourd. la révélation de cette disparition brutale fait voler en éclat le poids des non-dits au sein du clan familial. L'effet d'une bombe, d'où le titre original du film, "Plus fort que les bombes", que le distributeur français a changé par le banal "Back home" après les attentats du 13 novembre. Le long métrage du cinéaste norvégien Joachim Trier ("Oslo 31 aoüt" en 2011) est à la fois un film sur la douleur et l'apaisement, Un apaisement que la fantomatique Isabelle vient aussi rechercher auprès de sa propre famille.

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"Le pont des espions" de Steven Spielberg

097676.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgSteven Spielberg aime l'Histoire et les petites histoires de la grande Histoire, ses héros surtout ("Il faut sauver le soldat Ryan", "La liste de Schindler", "Munich", "Lincoln") qu'ils soient connus ou pas. James Donovan en est un. Avocat dans les assurances, c'est un homme droit, honnête, pour qui seule compte la vérité des faits. Cet homme exemplaire est engagé par le gouvernement américain pour assurer la défense d'un espion soviétique que tout accuse et qu'attend la chaise électrique. Ce n'est plus qu'une simple formalité et Donovan n'est là qu'en tant que figurant, histoire de donner bonne conscience aux juristes du gouvernement. Mais la cause est entendue, Rudolf Abel, le nom de l'espion "rouge", doit subir le même châtiment que les époux Rosenberg. Notre avocat commis d'office, dont le rôle est brillamment défendu par Tom Hanks, va mener sa barque comme s'il défendait n'importe quel quidam face à un juge fédéral à qui il ne faut pas lire le droit. Donovan réussit pourtant à mettre le teigneux juge, avec qui par ailleurs il entretien des liens d'amitié, dans sa manche, quand il lui suggère que Rudolf Abel serait plus utile aux Etats-Unis vivant que mort, si jamais un espion américain venait à être capturé par l'ennemi. Un échange pourrait donc être possible. Nous sommes au tout début des années soixante, donc en pleine guerre froide, alors que la RDA élève un mur au coeur même de Berlin, séparant de facto l'ancienne capitale du Reich en deux entités bien distinctes. C'est ce que raconte "Le pont des espions", un passage entre le Berlin administré par les Américains et Berlin Est sous influence soviétique. Un grand film de genre palpitant, à la mise en scène flamboyante. Spielberg est un cinéaste de studios, capable de gigantesques reconstitutions, l'héritier de ces réalisateurs qui ont fait la gloire des grandes enseignes hollywoodiennes, et peut-être le dernier dans son genre. C'est l'histoire d'un homme ordinaire que l'Histoire transforme en héros, et en cela Tom Hanks est lui aussi l'héritier de ses grands prédécesseurs, je pense à James Stewart, à Gary Cooper. J'entends parler à propos de ce film de mise en scène classique, conventionnelle, par rapport à qui ou quoi ? Steven Spielberg fait du cinéma depuis plus de quarante ans, depuis "Duel" qui me surprend chaque fois que je le visionne. Il est lui-même devenu un classique comme son copain de fac George Lucas. Ces gens-là sont des antidotes à l'ennui.

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Le grand jeu

112803.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgPierre Blum (Melvil Poupaud) est écrivain. Il a eu son moment de célébrité avec un premier roman. Depuis lors, il est en panne d'écriture, en panne de sentiments aussi. Sur la terrasse d'un casino il rencontre Joseph Paskin (André Dussollier) avec qui il engage la conversation. Pierre est invité à un mariage qui se déroule dans une des salles du casino, Joseph ne dit pas grand-chose, juste qu'il lui arrive de rendre des services. En fait, leur rencontre n'est pas fortuite. Au cours de leur conversation, alors que Pierre a beaucoup parlé de lui, de ses anciens liens avec l'extrême-gauche, Joseph lui propose un travail de nègre, écrire un livre politique, polémique, un appel à l'action violente. La cible, le ministre de l'Intérieur qui va s'empresser d'arrêter les anciens camarades de Pierre, une erreur qui devrait lui coûter son poste. Dans ce jeu dangereux Pierre est l'instrument de Joseph, grand manipulateur des arcanes du pouvoir, qui déplace les politiques comme les pions sur un échiquier. Pierre sera plus qu'honorablement payé. Dans la dèche, vivotant de ses derniers droits d'auteur, il accepte. A peine publié, le livre déclenche une tempête jusqu'au sommet du pouvoir. Joseph est-il allé trop loin ? Pierre lui-même doit se faire oublier à la campagne dans une ferme gérée par une bande d'écolos altermondialistes, grâce à la complicité de Laura (Clémence Poésy) qu'il a rencontrée dans une galerie d'art contemporain et chez qui tout lui rappelle sa jeunesse, quand avec quelques amis il voulait bousculer le monde, le changer.
Le cinéma français est avare de thrillers politiques, on ne fera donc pas la fine bouche devant le premier long métrage de Nicolas Pariser passé du journalisme à la fiction. L'ambiance est celle que l'on trouve dans le cinéma américain de Coppola ("Conversation secrète"), Pakula ("A cause d'un assassinat"), Pollack ("La firme") ou même le Hitchcock du "Rideau déchiré" et de "Topaze".
Le film évoque aussi en filigrane l'affaire de Tarnac, quand fin 2008, un groupe d'autonomistes fut arrêté, soupçonné d'avoir saboté des lignes de TGV et plus généralement de préparer des attentats terroristes. Son chef, Julien Coupat fut détenu pendant plusieurs mois au nom de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. On sait que ladite affaire n'était qu'une grosse baudruche qui se dégonfla le moment venu est ridiculisa la ministre de l'Intérieur Alliot-Marie. Le gouvernement s'appuyait sur un texte paru en librairie sorte de manuel pratique d'insurrection visant à renverser l'Etat.
Si André Dussollier peut être vu comme un alter ego d'un Gene Hackman, Melvil Poupaud promène une nonchalance des plus romantiques, comme la portait Alain Delon dans le cinéma de Jean-Pierre Melville. On peut aussi parler de désenchantement à propos du personnage de Pierre, associé à notre époque marquée par les fin des idéaux et de l'espérance en des lendemains qui chanteraient.

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