04/12/2013

Rêves d'or

21008218_20130524171838829_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg Dans leur bidonville suspendu aux flancs de la colline, entouré de monticules d’ordures qu’ils fouillent méticuleusement pour quelques pesos, ils s’accrochent à leur rêve comme à un pays mythique que l’on n’a jamais vu autrement qu’en images : los estados unidos. L’Amérique, ce pays où l’on dit depuis toujours que tous les rêves y cohabitent, parce qu’delle les rend possible. Alors, Juan, Sara et Samuel mettent tout ce qu’ils possèdent, c’est-à-dire trois fois rien, dans un sac à dos et prennent la direction du nord qui mène jusqu’à Los Angeles la ville-lumière.
« Rêves d’or », premier long métrage du réalisateur Diego Quemada-Diez, primé lors du dernier Festival de Cannes par la section Un certain regard, est quelque part un road movie que son cinéaste a tourné en super 16 histoire de donner une force quasi documentaire à l’ensemble. A travers le périple de Juan, Sara, Samuel l’indien Chauk, c’est l’histoire quotidienne de centaines, voire de milliers de migrants, que « Rêves d’or » met en scène, juchés sur des trains de marchandises du Guatemala au Mexique espérant atteindre cet eldorado que leur ont vanté ceux qui les ont précédés et qui ont réussi à passer clandestinement l’infranchissable frontière à Tijuana. Arrêtés par des militaires qui les dépouillent, rançonnés par des trafiquants, c’est une route longue et parfois meurtrière qui attend nos candidats au rêve. Face à cela, tous n’ont pas la détermination de Juan prêts à tous les dangers pour voir se réaliser son rêve. Quitte ensuite que ce rêve ou ce qu’il en reste ait un goût bien amer.
Diego Quemada-Diez, qui a été assistant de Ken Loach, Oliver Stone, Spike Lee ou Alejandro Gonzalez Inarritu, maitrise parfaitement son sujet et la direction de jeunes acteurs non professionnels, choisis parmi quelque 3 000 jeunes candidats lors d’un casting dans un quartier défavorisé de Guatemala.

07:17 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

28/11/2013

Avant l’hiver

21041478_20130918170927188_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgPaul (Daniel Auteuil) est neurochirurgien. Quand il n’opère pas à l’hôpital ou ne consulte pas dans son cabinet privé, Paul mène une vie somme toute bourgeoise avec Lucie (Kristin Scott Thomas) dans une vaste maison aux lignes épurées, entourée de vastes baies vitrées, au cœur d’un terrain boisé. « Ton cercueil de verre » lui dit sa sœur prisonnière de sa propre prison. Le terrain de tennis familial reçoit le samedi l’ami d’enfance et psychiatre Gérard (Richard Berry), pour des parties que remporte toujours Paul. Lucie soupçonne Gérard de laisser gagner son mari. Quand Paul est en ville, Lucie s’occupe de son vaste jardin, à la manière anglaise en organisant une fois l’an des visites pour des passionnées de la chose horticole. Un matin, au comptoir d’un café, Paul croise Lou (Leila Bekhti), une serveuse qui reconnaît en lui le chirurgien qui l’a opérée de l’appendicite. Il s’en souvient d’autant moins, qu’il n’opère pas cette affection. Dès lors, arrivent anonymement des bouquets de roses rouges, d’abord à l’hôpital, puis au cabinet, enfin à son domicile privé. Paul ne se montre pas inquiet , puis fait le rapprochement avec la jeune femme qu’il croise un peu trop souvent sur sa route. Passé le petit moment de colère, Lou intrigue Paul qui rencontre régulièrement la jeune femme pour… parler. Il fait d’elle son confident. « La vie m’a roulé comme un cailloux, je me suis laissé faire », lui dit-il. Voilà que tout ce que Paul a construit, s’écroule comme un château de cartes. Et Philippe Claude, le réalisateur de ce drame, de nous dire : et si demain, tout ce dont vous avez toujours rêvé et que vous n’avez jamais pu réaliser, se présentait à vous… Drame, parce que dès le premier plan, nous savons cette histoire vouée à l’échec, avec même une petite touche de thriller pour en pimenter les effets.
« Avant l’hiver » est un film à l’écriture fine, aux dialogues bien construits et à l’interprétation juste. Daniel Auteuil, bien sûr, que l’on apprécie dans ce registre-là, sans doute parce qu’il a construit une carrière (Berry, Sautet, Téchiné, Haneke, Nicole Garcia) qui le fait entrer aujourd’hui dans le panthéon des grands acteurs français qui ont su négocier avec talent le cap de la soixantaine. L’acteur se double aujourd’hui d’un réalisateur sensible et doué pour la direction d ‘acteurs. Sa partenaire, Kristin Scott Thomas, formait avec Elsa Zilberstein le tandem de « Il y a longtemps que je t’aime » le premier long métrage de Philippe Claudel. Quant à Leïla Bekhti, révélée par la comédie « Tout ce qui brille », elle montre ici que ce film n’était pas juste un feu de paille.
Philippe Claudel sait merveilleusement cultiver la mélancolie de ses personnages pour une vie qui a été (« Tous les soleils ») ou qui aurait pu être (« Avant l’hiver »). Ses films sont portés par leurs titres.
Richard Pevny

21041475_20130918170926641_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

10:17 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)

13/11/2013

La Vénus à la fourrure

20541849_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgParis sous la pluie. Un théâtre à la façade décatie - le théâtre Récamier fermé depuis 1978 et dont on a reconstitué l'intérieur pour les besoins du film. Thomas (Mathieu Amalric) qui prépare l'adaptation scénique d'un roman écrit en 1870 par l'Autrichien Leopold Von Sacher-Masoch, "La Vénus à la fourrure", à propos duquel est depuis rattaché le terme de masochisme, s'apprête à quitter le théâtre quelque peu dépité après une journée d'auditions décevantes. Entre, une jeune femme, trainant un encombrant sac, qui semble être en retard pour son audition dont Thomas ne trouve aucune trace dans son planning. Thomas n'est pas disposé à l'auditionner, on l'attend pour dîner. Elle insiste, dit qu'il est son dernier atout avant de tout plaquer pour un autre job quelque part en province. La pièce, elle l'a vaguement parcourue, dit-elle d'un air presque détaché. Thomas finit par accepter, quelque peu intrigué. Dès les premiers mots, il s'avère que Vanda -elle a le même prénom que l'héroïne de la pièce - maîtrise parfaitement le texte, son rôle et celui de son partenaire qu'elle a engagé Thomas à endosser histoire de lui donner la réplique. "Je suis devenu votre esclave dès que vous êtes entrée dans cette pièce", le thème de la pièce est contenu dans cette phrase, et trouve un écho dans le jeu de ping-pong verbal que se livrent Vanda et Thomas. Pour elle, tout n'est que perversion, s'insurge contre le sexisme de la pièce, alors que lui revendique la passion. Une passion qui finit par l'aveugler et à laquelle il se menotte.
Un huis clos théâtral que Roman Polanski filme avec une sobriété exemplaire, des effets réduits au minimum, pour rendre encore plus éclatante la beauté enivrante de Vanda - Emmanuelle Seigner, son épouse et l'actrice de quatre de ses films - et la fascination qu'elle exerce sur Thomas, peu à peu enchaîné à son machiavélique plan.
Richard Pevny21006010_20130515123857787_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

07:00 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)