02/09/2015

"Le tout nouveau testament" : miracle à Bruxelles

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Dieu est belge, il habite à Bruxelles. Voilà un pitch qui débute à la manière d'une histoire belge. Normal, puisque le réalisateur de ce film presque 100% wallon n'est autre que Jaco Van Dormael le cinéaste de "Toto le héros" (César du meilleur film étranger en 1990) et "Le huitième jour" qui valut à ses interprètes Daniel Auteuil et Pascal Duquenne le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1996.
Imaginez un type abominable, un salaud pour dire les choses comme elles sont. Un type qui, non content d'en faire voir à sa propre famille, sa femme (Yolande Moreau qui n'a rien d'une Vierge), une sainte femme qui vit dans l'attente du retour de son fils, et sa fille Ea (Pili Groyne), Dieu en veut à la terre entière. Derrière l'écran vert de son ordinateur, un modèle ancien, dans un vaste bureau, tellement vaste que l'on n'en devine pas le plafond, tapissé de casiers contenant quelques milliards de fiches, Dieu, vêtu d'un peignoir qui a connu des jours meilleurs, s'amuse à faire chier le monde en pondant des lois absurdes, telle que : "La file d'un côté avance toujours plus vite" ou "quand on plonge un corps dans la baignoire, le téléphone sonne"... Dieu s'ennuyait, alors il a fait Bruxelles. Ea, ado privée de tout ce qui fait de Bruxelles un paradis, en a ras-le-bol de son divin géniteur. Le hasard - "le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito" disait Einstein -, l'amène à pénétrer dans l'antre d'où Dieu, soit son paternel, dirige le monde. Et là, ni une ni dieu, la petite effrontée en trois clics, envoie par SMS à tous les vivants leurs dates de décès. Un truc à faire exploser la Bourse, les bourses et tout le saint-frusquin, privant Dieu de son dernier pouvoir sur l'humanité. Oui, parce que l'ordinateur a lui aussi fait pffffff... Ea ne s'est pas attardée et hop, par un tunnel secret - c'est JC son frère, pas Jean-Claude Van Damme, qui lui a révélé que du tambour de la machine à laver on pouvait accéder à un lavomatic au coeur de la capitale belge -, Ea déboule à Bruxelles à se chercher six apôtres, ce qui fera dix-huit participants dans la Cène de Léonard, pour écrire un nouveau testament, histoire de répondre à la question de l'humanité : "Qu'allons-nous faire du reste de notre vie ?". Martine (Catherine Deneuve), richement mariée à un homme qui n'a d'yeux que pour ses affaires, a trouvé la réponse dans les bras d'un autre. ce pourrait être la question posée par ce film qui, sous une forme débraillée, dit certaines choses sur le savoir ou le devoir vivre ensemble. Sous des airs de comédie déjantée, plus professeur Choron que Groucho Marx, "Le tout nouveau testament" à qui l'on pourrait appliquer le slogan "belge et méchant", réconcilie l'homme et la femme avec l'humanité, en dehors de tout catéchisme.
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26/08/2015

Dheepan : la Palme d'or de Jacques Audiard

212955.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgPalme d'or inattendue à Cannes, le nouveau film de Jacques Audiard bouleverse autant qu'il enchante, par son sujet, sa réflexion, sa mise en scène, son lyrisme malrucien, son romanesque final qui laisse entrevoir une bouffée d'espoir, une rédemption possible pour le héros malgré lui de ce qui s'apparente à un western. Si on a comparé Dheepan au personnage justicier incarné Charles Bronson, ce pourrait être celui de "Il était une fois dans l'ouest", l'homme à l'harmonica qui poursuit le tueur, joué par Henry Fonda, de son frère aîné. Ce sont tous les justiciers de l'épopée westernienne, abandonnés de tous, face à leur destin qui est de finir dans la poussière de l'unique rue d'une bourgade de l'Ouest américain, à commencer par le plus mythique d'entre eux, le sheriff du "Train sifflera trois fois", film que j'ai dû voir un nombre incalculable de fois depuis ma prime enfance. "Dheepan" débute dans la jungle srilankaise sur une musique vivaldienne chantée par le contre-ténor allemand Andreas Scholl, et se termine sur une partition pour choeur envoûtante de Nicolas Jaar qui fait son entrée dans la sphère Audiard, après l'oscarisé André Desplats qui avait signé toutes les BO du cinéaste français. Dheepan est un Tigre Tamoul, un enfant soldat devenu guérilleros qui semble avoir toujours vécu dans la jungle parmi les éléphants. Quand on le découvre, c'est déjà la fin de son équipée srilankaise. Dheepan allume le brasier qui va consumer ses camarades tués par les forces gouvernementales. Audiard filme en plans serrés, mais ne s'attarde pas au-delà du symbole, l'épisode suivant est déjà celui d'un camp de réfugiés où se forment de fictives familles susceptibles d'être accueillies en Europe. Qu'importe qui est qui pourvu que cela colle avec les critères du Haut Commissariat aux réfugiés de l'Onu. Personne n'est dupe, et quand Dheepan, sa nouvelle femme Yalini et leur fille, une orpheline de neuf ans, Illayaal, sont interrogés par les fonctionnaires français, le pays de leurs souffrances, le Sri Lanka et toute l'horreur d'une guerre civile qu'il peut véhiculer à l'heure du 20 Heures, suffit à lui seul comme visa pour un obtenir un statut de réfugiés. Dheepan passe d'une jungle à l'autre, celle-là urbaine. Il vend le soir à Paris de petites gadgets lumineux, jouant à cache-cache avec les policiers, puis obtient un appartement en banlieue. Même si l'endroit se nomme "Le Pré", "une petite prairie, un pâturage" traduit Dheepan à Yalini, ce n'est plus qu'une cité HLM, des barres d'immeubles entre lesquelles s'entrevoit ce qu'il reste de la prairie d'antan. Dheepan a obtenu un poste de concierge, Yalini officie comme aide ménagère auprès d'un homme lourdement handicapé dont le fils, Brahim, est un dealer assigné à domicile par un bracelet électronique. De son étage Brahim attend sa revanche sur ceux d'en bas qui contrôlent désormais le trafic de drogue. Dheepan et Yalini regardent de leur fenêtre au rez-de-chaussée, cette violence nocturne occidentale avec la même incompréhension que nous avons devant les images de guerre que les satellites diffusent depuis le Moyen-Orient. Dheepan sait qu'il évolue en terrain miné, sont but est d'obtenir un passeport, alors Yalini pourra rejoindre sa soeur à Londres, terre promise et non plus subie. Mais avant, il faut jouer à la famille qui envoie sa fille à l'école primaire. Jacques Audiard montre comment le langage codé de l'Education nationale passe difficilement la barre des langues. La violence finit par montrer son vrai visage, comme dans "Un prophète", alors Dheepan institue une "no fire zone" comme au Sri Lanka. Yalini est prise en otage par les feux nourris de deux bandes rivales. La violence renvoie Dheepan à sa vraie vie, celle sur laquelle Yalini n'a cessé de lui ouvrir les yeux. Dheepan s'enfonce, tel Rambo, dans cette jungle de béton obscurcie par l'incendie de véhicules, une arme dans sa main gauche, une machette dans la droite. Il est le justicier jusqu'au-boutiste, prêt à se sacrifier pour celle qu'il considère comme sa vraie compagne. Voilà un film qui joue avec plusieurs genres, dont les épisodes s'emboîtent parfaitement, ne laissant jamais le spectateur perplexe. In fine, le réalisateur montre également que la solidarité est loin d'être l'apanage de notre pays. Cette issue romanesque pourra déconcerter certains, elle n'en est pas pour autant anachronique et s'inscrit bien dans l'histoire. Alors, pourquoi ne pas la montrer, l'espoir d'une vie meilleure serait-il devenu si peu cinématographique ? On pourrait ajouter que Audiard est un formidable directeur d'acteurs, des acteurs qui n'en sont pas professionnellement parlant, "Dheepan est aux trois-quarts en langue tamoul, mais s'en titrent largement avec les honneurs. On pourrait ajouter que ce qui rapproche Antonythasan Jesuthasan de son personnage Dheepan, c'est d'avoir été lui-même un enfant soldat au sein des Tigres de libération de l'Illam Tamoul pendant trois ans. Richard Pevny 470704.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

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12/03/2015

The voices

400701.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg La réalisatrice Marjane Satrapi, auteur de "Persépolis" film d'animation en noir et blanc qu'elle avait auparavant dessiné et qui lui valut le Prix du jury au Festival de Cannes 2007, fait une brève incursion dans le film de genre, entre l'univers aseptisé de Barbara Cartland et une parodie de "Massacre à la tronçonneuse. C'est dire que "The voices", titre qui n'a rien à entendre avec l'émission de télé-réalité éponyme, se regarde au second - et plus si affinité - degré. Jerry (Ryan Reynolds), une bonne tête de gendre américain idéal, a des tendances à la schizophrénie. Il a un lourd passé qui lui a valu un long enfermement. Jerry travaille à Milton comme manutentionnaire dans une usine de fabrication de baignoires. Jerry prend ses médocs, donc tout va bien. Enfin, presque... Jerry a un chat et un chien et leur parle, ce que font la majorité des bipèdes qui vivent seuls - ou pas - avec des animaux. Il arrive à Jerry d'oublier de prendre ses pilules et d'entendre des voix. Les voix de Monsieur Moustache, son chat, et de Bosco, son chien, une brave bête; j'en dirai pas autant du matou. Jerry a de véritables conversations avec eux. Rien d'inexplicable, tout se passe dans la tête malade de Jerry. Jerry en pince pour Fiona (Gemma Arterton), l'une des filles de la comptabilité. Un soir, Jerry sort avec Fiona, mais au retour, la voiture de Jerry percute un gros animal et dès lors tout part en vrille. Jerry doit achever Fiona qui a été blessé dans l'accident. Il la ramène chez lui, la découpe à la scie et en distribue les morceaux dans des Tuperware, transformant son logis en cabinet de curiosités. En conservant la tête de Fiona, Jerry s'est fait une amie à qui parler. Et que lui dit Fiona, eh bien qu'elle se sent seule dans le frigo, qu'elle aimerait bien avoir à ses côtés Lisa (Anna Kendrick) une autre fille de la compta. Qu'à cela ne tienne, Jerry va s'occuper de Lisa, et puis aussi de la psy à qui il a avoué qu'il ne prenait pas ses pilules... Un serial killer trouble la petite localité de Milton qui voyait jusque-là la vie en rose. Jerry qui durant une bonne heure quarante a épousé le point de vue de Monsieur Moustache (le Mal), écoute in fine la voix de sa conscience, Bosco (le Bien). Tout est bien qui finit bien. Une gentille série B au générique de fin rock'n'roll. Excellente interprétation de Ryan Reynolds dans la double personnalité de Jerry et qui assume également les voix du chat et du chien.
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12:25 Publié dans Critique | Lien permanent | Commentaires (0)