12/03/2011

Hollywood, Hitchcock et la RKO

Quatrième film d'Alfred Hitchcock, « Soupçons » a été réalisé pour la RKO en 1941. C'est David Selznick qui a fait venir le cinéaste britannique à Hollywood. Il y réalise « Rebecca», adapté du roman éponyme de Daphné du Maurier, avec Joan Fontaine qu'il dirigera dans « Soupçons », prêté pour ce tournage à la RKO par Selznick qui y a fait ses débuts de producteur. A propos de Hitchcock, François Truffaut écrira que le réalisateur de « La mort aux trousses » filme des scènes d'amour comme des scènes de meurtre et des scènes de meurtre comme des scènes d'amour. Quand Hitchcock tourne pour la RKO, celle-ci a un peu plus de dix années d'existence, née avec le parlant, par la volonté du PDG de la RCA d'exploiter le procédé d'enregistrement et de sonorisation qu'il vient d'inventer. Pour cela, il s'est associé avec Joseph Kennedy, le père du futur président des Etats- Unis. Kennedy qui est plus un homme d'argent qu'un mécène, entend produire des films de qualité moyenne histoire d'alimenter en bobines le parc de 700 salles qu'il a racheté.
En octobre 1931, David O. Selznick qui dans quelques années mettra en chantier (dont le fameux décor de l'incendie d'Atalanta) le chef-d'œuvre « Autant en emporte le vent » , est nommé à la tête de la production. Sous sa férule va se mettre en place une exigence artistique qui fera de la RKO, pendant deux décennies, l'un des studios les plus inventifs, s'attirant la crème des cinéastes américains, à commencer par Orson Welles qui tourne à la RKO « Citizen Kane » et «La splendeur des Amberson », mais aussi John Ford ( « La charge héroïque »), Howard Hawks ( « L'impossible M. Bébé »), Otto Preminger ( « Un si doux vicage »), Richard Fleischer, Nicolas Ray, Robert Wise, George Cukor, Raoul Walsh oui Joseph Losey.
Dans le décor des « Chasses du comte Zaroff » en 1932, la RKO tourne le fameux « King Kong » qui frappera l'imagination des spectateurs découvrant des terres lointaines et inconnues filmées en studio. La RKO va donc apporter dans les salles sa part de rêve. Katharine Hepburn, découverte à Broadway, est pour la RKO ce que Garbo est à la MGM et Dietrich à la Paramount, une créature sophistiquée et inaccessible pour le commun des mortels. Et puis il y a le tandem Ginger Rogers-Fred Astaire, un miracle d'enchainements dans des décors extrêmement soignés, des compositeurs haut de gamme, et la voix d'Astaire. Ils tournent (au sens propre et figuré) à huit reprises.
A partir de 1942, le studio se lance dans le film de guerre et le polar dont il fera une marque maison avec des acteurs comme Robert Mitchum. Sous Howard Hughes, ingénieur, aviateur, patron de la TWA et qui se pique de cinéma, le studio entame sa longue agonie. « Lessivé » par les « extravagances » de Hughes, selon Bertrand Tavernier. La RKO finira dans le giron de la télévision qui s'emparera de son catalogue et fermera le studio. C'est cette l'histoire passionnante de ce studio hollywoodien que raconte le documentaire de Philippe Saada, en complément du « Saint contre-attaque » de Robert Wise. Et vingt-quatre autres longs métrages caractéristiques de la facture sinon de l'art de ce studio atypique dans la production hollywoodienne de l'époque.
Richard Pevny
rko.jpg« Il était une fois la RKO », coffret de 25 DVD. Editions Montparnasse. 100 euros.
“Hitchcock, pièces à conviction“ de Laurent Bouzereau. Editions de La
Martinière. 176 p., 39 euros.

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25/11/2009

"Frost/Nixon" de Ron Howard

frost.jpgDans Frost/Nixon, un film qui emprunte tout à l'Histoire, le réalisateur américain Ron Howard ("Apollo 13", "DaVinci code") raconte comment l'ex-président Richard Nixon en est venu publiquement à présenter ses excuses à la nation américaine, lors d'un face à face en 1977, avec un animateur de télévision britannique, devant 45 millions d'Américains. Tout le film de Ron Howard raconte la préparation de ces interviews et ce qui en fut le point d'orgue, l'affaire du Watergate et les fameux enregistrements réalisés dans le bureau ovale dont 18 minutes furent effacées "par erreur". Nixon fut poursuivi pour abus de pouvoir et menacé de destitution par le Congrès, démissionna en août 1974, L'acteur Frank Langella joue un Nixon manipulateur à qui il emprunte les attitudes, au point que l'équipe ne l'appelait plus que "monsieur le président". Nixon qui avait toujours nié finira par lâcher : "C'était ma faute", lâchera-t-il dans la quatrième interview. "Une petite confession", dit Langella, comparée à la présidence calamiteuse de George W. Bush. "J'ai trahi notre système de gouvernement, dit-il. Et je devrai porter ce fardeau pour le restant de ma vie", avoue en 1977 Richard Nixon. En gros plan, Ron Howard montre un Nixon / Langella bouffi, ravagé par la solitude et sans doute le dégoût. Le plus ahurissant dans cette histoire est la réponse qu'il fait à l'animateur qui le questionne sur ses abus : "Je dis que quand le Président le fait, ce n'est pas illégal".

"Frost/Nixon" est un "Rocky pour intellectuels", selon Ron Howard, dans lequel tous les coups sont permis. Lassé d'être souvent envoyé dans les cordes, Nixon finit par jeter l'éponge. En bonus, nous sont proposées sept minutes de la véritable entrevue entre Frost et Nixon, ainsi qu'un sujet sur la Nixon library à Yorba Linda, lieu de naissance de l'ex-président, preuve que les Américains ont pardonné à Richard Nixon sa forfaiture en lui reconnaissant d'autres mérites.

Studio Canal. 19,99 euros.

 

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"Welcome" de Philippe Lioret

welcome.jpgJusque-là Simon était plutôt indifférent aux injustices qui frappaient les autres. Mais sa femme, bénévole dans une association qui vient en aide aux sans-papiers candidats à la traversée de la Manche, vient de le quitter. Simon partageait si peu son engagement. Et Simon se retrouve seul face au grand bassin de la piscine de Calais où cet ancien champion est maître nageur. Et voilà qu'arrive Bilal, réfugié kurde irakien. Il a parcouru 4 000 km à pied et veut apprendre à franchir les trente derniers kilomètres du bras de mer de cette nouvelle frontière mexicaine qui sépare la France de l'Angleterre. Une folie ! Simon n'est pas sourd à la détresse de Bilal mû par son désir de rejoindre à Londres sa petite amie, peut-être parce que lui-même veut par ce moyen reconquérir sa femme. Aussi, va-t-il jusqu'à héberger chez lui Bilal, tombant sous le coup du "délit de secours" pour aide aux sans-papiers, dénoncé par son propre voisin. "Welcome" de Philippe Lioret ("Je vais bien ne t'en fais pas" en 2007) évoque certains alinéas noirs de notre législation, comme si une loi pouvait stopper ce mouvement naturel qui conduit des hommes chassés de chez eux par la guerre, des régimes dictatoriaux ou la nécessité de nourrir leur famille, vers cet eldorado que sont nos sociétés d'abondance.

Reste que "Welcome", passé son aspect documentaire, est d'abord la rencontre entre un Français jusque-là sans histoire et un jeune réfugié, histoire d'une adoption qui ne dit pas son nom dans laquelle notre maître nageur trouvera une forme de paix avec lui-même.

Sa réussite, "Welcome" le doit surtout au jeu de Vincent Lindon, l'un des grands acteurs français de sa génération. Un acteur engagé qui fait de chaque rôle un pur moment de cinéma. Face à lui, Firat Ayverdi, qui n'était pas comédien, a apporté "une vérité et une intensité qui ont fait la différence", dit Philippe Lioret. En bonus, making of (26 mn), entretien avec Vincent Lindon, présentation du film au Festival de Berlin (4 mn), commentaire audio de Philippe Lioret.

R. P.

 

 

DVD et Blu-ray (Warner).

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