01/01/2010

James Cameron roi du monde virtuel

avatar.jpgImaginez un paysage de montagnes flottantes reliées entre elles par un entrelacs de grosses lianes ; des chutes de Niagara, des plantes phosphorescentes, et des arbres de plus de trois cents mètres de haut qui se transforment la nuit venue en sapins de Noël. Il y a l'Arbre-Maison et l'Arbre des Ames. Un monde dans lequel les êtres vivent en harmonie avec la nature. Un monde pour lequel James Cameron a dû concevoir tout un vocabulaire. Côté ménagerie, il y a le Thanator à côté de qui le T-Rex fait figure d'hamster ; le Hammerhead Titanother, cent fois plus gros qu'un rhinocéros avec une gueule de requin marteau ; quant au Leonoptérix et ses ailes sang et or, sujets au vertige s'abstenir de le chevaucher. Beaucoup plus inoffensif, le Woodsprite, est une sorte de mini méduse nocturne translucide, graine de l'Arbre des Voix et porteuse de l'âme de la forêt.

Quand il parle de Pendora, James Cameron donne l'impression d'y avoir été lui-même. Mais Pendora n'existe que dans l'imagination de ce cinéaste de 55 ans, un touche-à-tout, ce qui l'a amené aux portes de la Nasa dont il est l'un des consultants. Depuis "Piranha 2" en 1981, son premier long métrage, à "Terminator", "Aliens le retour" et bien entendu "Titanic", onze oscars, 1,8 milliard de dollars de recettes mondiales, James Cameron s'est initié à tous les genres, même au western au travers de "Avatar", son dernier gadget technologique. Il est vrai que le cinéaste-producteur a créé des caméras 3 D capables de filmer l'épave du Titanic, les entrailles du Vésuve et les créatures des fonds abyssaux. Sa dernière quête en 2007, le tombeau présumé de Jésus à Talpiot un quartier de Jérusalem, qui aurait renfermé les restes de Jésus, mais aussi de sa compagne et de leur fils, Judas. Plus fort que Dan Brown !

Enfant, James Cameron passait des heures – "une heure et demi de trajet par jour", en bus dit-il – à lire des récits de science fiction. "En lisant ces histoires d'autres planètes, de mondes extraterrestres, j'essayais d'interpréter en images ce que je lisais" . Cet imaginaire-là se retrouve aujourd'hui dans "Avatar" sans doute le film de genre le plus abouti. "Fasciné par la technologie", James Cameron réussit à nous bluffer au point qu'entre les prises de vue réelles et les images de synthèse, le spectateur ne sait plus faire la part entre le vrai et le virtuel. Chez James Cameron, le cinéma – si l'on devait paraphraser Godard -, c'est devenu le mensonge vingt-quatre fois par seconde. Reste que la technologie n'est pas tout, même si elle réussit à nous faire prendre des Na'vis pour des acteurs, Zoë Saldana gardant sa voix et ses gestes filmés en "motion capture" sur un fond bleu, mais perdant son joli minois. "Avatar" pourrait donc être au cinéma des années 2010 ce que "Star Wars" fut aux années 80, un laboratoire. Mais sera-ce encore du cinéma ? "Je crois que "Avatar" c'est encore du cinéma. Il y aura toujours des avancées technologiques, cela ne change en rien à la manière de raconter des histoires".

 

Et dans "Avatar", le message est clair : ce film "nous donne à réfléchir sur la manière de préserver les dernières cultures indigènes, sur la manière de préserver la biodiversité qui reste sur cette planète", ajoute James Cameron. Car la technologie ne serait rien, sans l'émotion. "Avatar" baigne dans une atmosphère d'émotion. Pas vraiment hostile.

 

Richard Pevny

"Avatar" a son livre, un format large pour plonger dans l'univers de Pendora et de James Cameron (l'Archipel, 108 p., 19,95 euros).

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25/11/2009

Pour "A l'origine", Xavier Giannoli a fait construire 2 km d'autoroute

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C'est l'histoire d'un escroc multirécidiviste, voulant profiter de la générosité d'une petite ville à qui il promet la réouverture d'un chantier d'autoroute, fermé sur décision administrative, qui donnerait du travail à tout le monde. La maire du coin (interprétée par Emmanuelle Devos) y croit au point d'entraîner l'ensemble de sa commune dans cet irréalisable projet. Dans sa première version, celle qui a été montrée en compétition au Festival de Cannes, et cet été à Prades, "A l'origine" approchait les 150 minutes. Quand on le lui fait remarquer, Xavier Giannoli l'explique par les rebondissements, le nombre élevé de personnages. « Je suis producteur de mes propres films, j'en prends le risque parce que je crois que ce risque en vaut la peine », nous disait-il alors, avant de prendre ses ciseaux et de trancher dans le gras, couper une bonne vingtaine de minutes, alléger tout le début, et finalement constater que l'histoire s'en ressent beaucoup mieux.

Il est vrai que le tournage de ce film est un peu à l'image de son sujet, car il a fallu à Xavier Giannoli construire lui aussi son bout d'autoroute. Ce ne fut pas toujours une partie de plaisir, notamment quand le réalisateur s'est retrouvé en panne de gros oeuvre. La société pressentie pour édifier le "décor", s'était désistée. Xavier Giannoli part alors à la recherche d'un remplaçant et tombe sur Raymond Legrand, un gros du BTP au pays des Ch'tis. "Je vais te la construire ton autoroute", lui assure ce dernier. Avec ses engins et son personnel. « J'avais envie de tourner dans le nord pour ses paysages de western, des paysages épiques », nous dit le cinéaste attablé place de la République à Prades durant le 50e Festival des Ciné-rencontres, dont il était mi-juillet l'un des invités. Un paysage dans lequel il n'était pas « techniquement difficile de construire deux kilomètres d'autoroute », ajoute-t-il.

 

C'est dans le Nouvel Observateur sous la plume de son ami Jean-Paul Dubois, que Xavier Giannoli a découvert l'histoire de ce type qui monte dans la Sarthe un faux chantier d'autoroute, redonnant espoir, même faux, à toute une ville économiquement sinistrée, et dépassé par son escroquerie se démène pour en assurer la finition.

« J'ai appelé à Dijon le juge – Laurent Lèguevaque – qui avait instruit cette affaire. Il me donne les autorisations pour que je rencontre l'escroc en prison. On s'est vu plusieurs fois. Mais très vite quelque chose s'arrête, le dialogue avec cet homme ne me suffit pas. Pour faire exister cette histoire il va falloir que je trouve une trame romanesque qui va exprimer la vérité du personnage. Je commence à écrire, le juge me servant de repère, lui-même acceptant de jouer dans le film son propre rôle ». Aussi, le tournage lui-même commence à ressembler à l'histoire qu'il est censé mettre en scène, une entreprise pharaonique. « On a vraiment construit cette autoroute ! », lâche presque fier Xavier Giannoli. Un péplum dans lequel les gros engins de chantier remplaceraient les hordes d'ouvriers égyptiens empilant les blocs de pierre de la pyramide de Kheops. « Tourner un péplum, j'adorerais ça », confie le cinéaste qui fut assistant de Tinto Brass sur l'un de ses films à Cinecitta. Dans les dernières scènes, Philippe Miller – un nom assez commun dans les romans de Jean-Paul Dubois -, à qui François Cluzet prête sa fragilité, trouve sa propre humanité, et rend compte aux siens qu'il n'est pas juste un pauvre type. « Pour la première fois de ma vie, j'étais quelqu'un », dira le vrai protagoniste au juge en guise de confession.

"A l'origine" est le quatrième long métrage de Xavier Giannoli sous la bannière des Films du Carrosse fondés par François Truffaut, dont les bureaux, rappelle-t-il, donnent sur la maison de Jean Renoir. Mais Xavier Giannoli n'a pas pour autant installé son propre bureau dans la pièce qu'occupait le réalisateur de "La nuit américaine". N'empêche, le souvenir de Renoir, un lieu habité par la présence de Truffaut, cela participe de sa réflexion sur le cinéma. Lui-même a été un peu critique, « très gentil, très positif », écrit plusieurs courts métrages avant d'obtenir en 1998 la Palme du court pour "L'interview" – un journaliste se rend à Londres pour tenter d'interviewer Ava Gardner – sous la présidence de Martin Scorsese.

Un dernier mot pour Gérard Depardieu, celui qui dans "Quand j'étais chanteur", lançait : "Je suis le Massif Central", et qui, à Xavier Giannoli dans ses moments de doute, martèle : "Ne lâche rien". « Il était prêt à conduire l'un de ces camions, ça me changera disait-il. Il est disponible, enthousiaste. Avec lui, passe quelque chose de la mythologie du cinéma. J'ai tout fait pour lui donner la chance d'exprimer ce qu'il y a de plus grand en lui ». A la fin, quand les voitures de police et de gendarmerie cernent nuitamment le chantier, alors que Philippe Miller s'est réfugié tout en haut d'un échafaudage, alors le romanesque l'emporte sur le fait divers, le cinéma des grands espaces sur le cadre étriqué de l'information télévisuelle. « Je ne filme pas des camions, je filme des sentiments », nous dit Xavier Giannoli. Regarder les gens à hauteur d'homme, c'est ce qu'il y a dans mon cinéma ».

 

R. P.

 

 

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19/07/2009

"Bancs publics" : un générique de 86 acteurs

195_low.jpgLucille, secrétaire (Florence Muller), et fil rouge de cette comédie, arrive à son bureau où elle découvre, accrochée sous une fenêtre de l'immeuble d'en face, une grande banderole noire sur laquelle est inscrit : HOMME SEUL. Un appel au secours, une plaisanterie, un truc de dragueur... Cette manifestation, qui sait d'un désarroi profond, ne laisse pas Lucille et ses deux collègues indifférentes. Petit à petit, chacun dans la boîte débarque dans ledit bureau, sous quelque prétexte, pour apporter son commentaire au fait insolite du jour. Lucille est chargée par son patron de percer le mystère, mais personne ne répond à son coup de sonnette, sauf un voisin parano (Bernard Campan). Au déjeuner, elle descend dans le square voisin où des retraités s'adonnent au jeu de jacquet (Claude Rich et Michel Aumont), des passionnés de bateaux télécommandés (Didier Bourdon) refont les batailles navales de leur enfance. Passent des amoureux dépités, éconduits ou comblés. Une ex-prof (Nicole Garcia) croise l'un de ses anciens élèves (Vincent Elbaz), ne manquant pas de lui rappeler le cancre qu'il était et le pauvre type qu'il est devenu. Plus loin, un clochard s'époumone : "Où êtes-vous Poiret et Serrault ?". Ces allers et venues se poursuivent au Brico-Dream, la surface de bricolage où l'on doit trouver ce que l'on veut, pas toujours ce que l'on cherche. L'un des employés (Denis Podalydès), carbure en douce au "fish pool" un produit dopant pour poissons rouges. On y croise des acheteurs indécis (Catherine Deneuve), maniaques (Pascal Legitimus, ce qui fait trois "Inconnus" au générique) ou d'une autre planète (Michael Lonsdale), autant de portraits touchants et amusants, que Bruno Podalydès a pris du plaisir à brosser, mais qui ne répondent pas toujours à une logique scénaristique. L'homme seul s'y trouve peut-être, lui aussi à la recherche de son bonheur... Comme le dit la retraitée Solange Renivelle (Josiane Balasko), à qui ses collègues ont fait cadeau d'un bocal à poissons rouges, "pour être triste, il faut avoir connu un grand bonheur".

Après "Versailles rive gauche", réalisé en 1991, et "Dieu seul me voit" (Versailles-chantiers) en 1996 – deux films qui ont pour point commun les gares de Versailles -, le réalisateur Bruno Padalydès, à la manière d'un ethnologue, poursuit l'exploration de sa ville natale, et par là de son enfance et son adolescence, convoquant devant la caméra une bonne partie du cinéma français – 86 acteurs, de Thierry Lhermitte, Julie Depardieu, Pierre Arditi, Chiara Mastroianni, Emmanuelle Devos, Elie Semoun... -, pour une scène, quelques minutes, juste du plaisir. Trois tableaux composent "Bancs publics" (Versailles rive droite), le bureau, le square public, le magasin de bricolage. Le ton se veut burlesque, mais les scènes répétitives, sur le thème de la solitude en milieu urbanisé. Le tout finit par former un film de 1 h 50, un peu longuet sur l'état de notre société, une vision de notre humanité, dans une dimension poétique à la Jacques Tati où les outils de bricolage les plus sophistiqués sont livrés à eux-mêmes. On retiendra que le magasin de brico, où officie en homme orchestre le réalisateur lui-même, aurait pu constituer un film à part entière.

« Je sais que le film est long, même si au montage j'ai coupé vingt-cinq minutes. Pas plus, sinon je touchais au nerf de la dent. Il fallait qu'il y ait une sorte de fatigue, que le spectateur soit éprouvé. Voilà, j'ai fait un film chiant dans lequel l'ennui est accepté », vous dit Bruno Padalydès attablé au bar du cinéma le Panthéon, dont Catherine Deneuve a inspiré la décoration. « La scène avec Catherine Deneuve très attachée à sa vieille armoire me touche beaucoup. Elle adore chiner. Ces objets qui nous survivent, j'en ai beaucoup amenés sur le tournage. Chiara Mastroianni a inventé le concept de lunette de WC phosphorescente. Je ne suis pas sûr qu'elle l'a fait breveter ». Concernant la palme du casting le plus long du cinéma français... « Il y en a juste un trentième. L'idée n'était pas de faire mes courses et remplir mon caddie d'acteurs. Dans "Bancs publics", un personnage n'existe qu'avec l'acteur qui le joue ». Evoquant ses influences, il vous cite Tati, Tintin, Truffaut, Renoir et tant d'autres. « La marmite dans laquelle on est tombés petits avec Denis. Je ne me suis jamais dit : plus tard, je ferai du cinéma. Enfants, nous avons tout joué. Le parc de Versailles était notre scène de théâtre ».

« Il y a des metteurs en scène qui sont dans le rejet de leur film, moi, j'aime tout, même ce que j'ai coupé ».

 

Richard Pevny

 

 

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