01/09/2012

André Dussollier-Catherine Frot associés contre le crime

associescontrelecrime_04.jpgC'est une comédie d'atmosphère, légère et subtile. C'est la troisième fois que le réalisateur Pascal Thomas réunit Caherine Frot et André Dussollier dans une transposition à l'écran des aventures de Bélisaire et Prudence Beresford - Tommy et Tuppence dans l'œuvre originale -, « Partners in crime » auxquels la diva du crime a consacré cinq romans en y pastichant au passage ses aînés Conan Doyle ou Chesterton. Depuis « Mon petit doigt m'a dit » en 2005, le réalisateur de « L'heure zéro » - autre adaptation d'Agatha Christie -, a surfé avec succès sur une œuvre foisonnante avec une certaine liberté quant aux choix des époques, des accessoires ou même des goûts, avec la bénédiction de la fille de l'écrivain Rosalind, puis du fils de cette dernière Matthew Pritchard. Seul interdit, « appeler un de mes personnages Poirot ou Marple », dit le cinéaste, ce privilège étant réservé à la seule BBC.
Thomas et Prudence Beresford, anglais jusqu'au bout du five o'clock tea, se transforment en Bélisaire et Prudence, deux Français un tantinet nonchalants, quasiment je-m'en-foutistes, préférant le whisky à toute heure au Darjeeling infusé. Catherine Frot et André Dussollier n'ont pas donné juste une couleur au tandem, ils ont investi leurs personnages. Belisaire, colonel des services secrets - c'est pas le MI5 reconnaissons-le ! -, sait repasser ses chemises au pli, comme on fait son lit au carré. C'est l'homme de l'ombre, de la réflexion, les deux pieds glissés dans des charentaises, quand sa moitié est une tête brûlée qui ne pense qu'à l'aventure, surtout si la progéniture turbulente de sa fille s'annonce au loin pour des vacances impromptues chez mamie. « On s'installe dans les mêmes chaussures, mais il y n a plus de cocasserie, de farce, dit Catherine Frot. Ou comment remplir sa vie, donner du mystère à son couple.. ».
Bien entendu, qui dit Agatha Christie dit crime, mais avec Pascal Thomas la fantaisie l'emporte sur l'horreur du meurtre et la vue du sang. Et puis, le réalisateur des « Zozos » et de « Pleure pas la bouche pleine » est un amoureux du cinéma, comme son aîné Claude Chabrol qui l'avait averti qu'à trop s'amuser on passait pour un jean-foutre. Un réalisateur c'était autrement plus sérieux ! Mais pour Pascal Thomas, un réalisateur se doit d'ajouter de la loufoquerie à ce qui est déjà, convenons-en, extravagant. Ainsi, dans « Le crime est notre affaire », il fait passer André Dussollier en kilt sur une bouche d'aération ; ledit kilt se soulevant comme dans un remake masculin de « Sept ans de réflexion ». Autre clin d'œil, celui de Dussollier à Cary Grant dans une clinique de chirurgie esthétique où Bélisaire se verrait bien avec la fossette du légendaire acteur hollywoodien. Quand on pose directement la question de la chirurgie esthétique à l'acteur, ce dernier ne se dit pas préoccupé par les ravages dus à l'âge. « Personnellement, je reste obéissant à l'évolution du temps ». Il ne dira rien sur Prudence/Catherine qui entend se doter d'une nouvelle paire de seins...
Pascal Thomas s'amuse et nous divertit par la même occasion. Il sait, certes, qu'en trois films il a atteint les limites de cet humour un peu décalé. Il n'y aura donc pas de suite à « Associés contre le crime ».
« J'ai passé huit ans de ma vie avec Agatha Christie, j'aimerais bien en passer une avec Alexandre Dumas, Stevenson ou Léautaud »
, souligne le cinéaste. Le tandem de détectives dilettantes tout comme ses interprètes, André Dussollier et Catherine Frot, sont le seul intérêt du film, leurs gamineries, leurs chamailleries, leur désinvolture. Pourquoi Bélisaire suit-il le cours d'un peintre qui ressemble étrangement à Gustave Courbet et que ses élèves saluent comme dans le tableau du musée Fabre à Montpellier d'un « Bonjour Monsieur Courbet » ?. «Cela ne sert dramatiquement à rien », lâche Pascal Thomas. Quant à la courte scène qui rappelle « L'homme invisible », « c'est pas très sérieux », ajoute le réalisateur. Lui s'accorde toutes les audaces, en s'excusant presque de vouloir nous protéger de « la grisaille du quotidien et de l'horreur absolue de notre époque », explique-t-il dans un entretienjoint au dossier de presse. « La vie est absurde » dirait Woody Allen. Mais l'éternité est encore plus ennuyeuse. Il faut voir « Associés contre le crime » comme un antidote à l'ennui.
Richard Pevny

17:43 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

27/04/2012

« Plan de table » : un mariage, trois possibilités

Elle assume, c'est le film qu'elle voulait faire. « Il a de grandes oreilles et un gros nez, mais c'est mon bébé », dit-elle attablée dans le patio de ce restaurant d'Avignon. « Il y a des choses qui sont mieux que ce que j'imaginais sur le tournage, pour d'autres ce n'est pas aussi bien ». L'histoire est celle d'une jeune mariée prise entre un époux qui assure et rassure et un amant qui promet l'aventure mais ne s'engage jamais. Encore un mariage ! « C'était mon angoisse, répond Christelle Raynal. Pendant six mois j'ai observé tous les mariages où j'allais. Mais qu'est-ce qu'on peut s'emmerder dans les mariages ! Le truc, c'était de trouver ma marque, ne pas lasser sur le sujet. On prend des poncifs et on les traite à l'infini ».
De mariage, Christelle Raynal n'en propose qu'un, mais elle offre plusieurs possibilités, en rejouant les mêmes scènes avec un plan de table différent. Si vous n'avez jamais fréquenté une noce, vous ne savez pas l'angoisse que l'on a de se retrouver à côté de la vieille tante Léonce sourde comme un pot, ou de ce raseur de Germain, le cousin moi-je-sais-tout. Quand il suffit juste de se glisser dans la salle du banquet pendant que tout le monde prend l'apéro sur la terrasse et de changer quelques cartons de places.
« Je suis une fan absolue de l'effet papillon, comme dans « Un jour sans fin » (de Harold Ramis, 1993, ndlr). C'est un genre de narration que j'aime. J'ai écrit le film que je voulais aller voir ». Et de préciser : « Un mariage c'est un terrain de jeu incroyable ». A chaque nouvelle table « on peut inventer. Chaque personnage évolue en bien ou en mal selon la personne qui se trouve à côté de lui ». Le propre d'un acteur n'est-il pas « de se laisser surprendre ».
Un tournage de trois semaines, avec des acteurs aguerris à cet exercice, Elsa Zylberstein, Franck Dubosc, Audrey Lamy, Arié Elmaleh... « Le tournage pompe une énergie de fou, reconnaît Chrystelle Raynal. Les acteurs ont très vite déposé les armes et se sont laissés porter ». Il est vrai que même si c'est premier long métrage de fiction, Christelle Raynal à l'habitude des plateaux de tournage de publicités, celle de la Croix-Rouge avec Adriana Karembeu entre autres. « On m'avait prévenu : tu choisis bien ton équipe technique parce que toute ta concentration doit porter sur les comédiens. Tu vas être maîtresse d'école tu ne peux pas imaginer. Tu vas être bombardée de questions toute la journée. Ben oui, les acteurs sont des gens très inquiets, c'est normal, ce sont eux qui sont à l'écran. Et quand un acteur n'est pas bien à cause d'un détail, il faut gérer ce détail. J'ai fait en sorte que les gens s'entendent bien. Si je fais du cinéma, que ce soit une aventure humaine. Personne ne me connaissait. J'ai cherché à créer une famille d'un nouveau genre ».
« Plan de table » trouvera sa place dans la longue liste des mariages au cinéma, pas très loin d'ailleurs de « Mariages » de Valérie Guignabodet autre film choral. « C'est un film qui s'amuse avec le destin, comme si la vie nous donnait une chance trois fois de suite » dit encore Chrystelle Raynal. Pressée d'expliquer ce qu'elle aime dans le cinéma, elle lâche : « J'aime le chaud et le froid, le drôle et le pathétique, le ciné populaire et le cinéma d'auteur, Elsa et Franck ». Ça tombe bien, nous aussi !
Richard Pevny

15:25 Publié dans Critique, Film | Lien permanent | Commentaires (0)

14/04/2012

Philippe Lellouche : « Nos plus belles vacances » est sa part d'enfance

Un premier film c'est souvent comme un premier roman, on y met beaucoup de soi-même au risque de se perdre un peu dans la narration. « Nos plus belles vacances » relève de ce genre autobiographique un peu brouillon, mais au final qui soulève plus de sympathie que de critiques. C'est un film qui remonte le temps avec cette nostalgie que l'on a pour l'enfance, les années rock'n'roll, les chemises bariolées, les pantalons pattes d'eph', les pétards entre amis sous la glycine et des rêves plein la tête.
C'était l'été 1976. La canicule aidant, son frère Gilles, alias Simon dans le scénario, 12 ans, allait connaître son premier - et chaste - amour de vacances. « Nos plus belles vacances » raconte moins celles de deux gamins - Philippe et son frère Gilles le co-réalisateur d'« Infidèles » - que d'une petite bande d'adultes dans la Bretagne (encore) profonde. Le film est avant tout un hommage à leur père aujourd'hui disparu. « Il était malade. On se sent dans ce cas tellement impuissant. La seule façon de lui insuffler encore un peu de vie, c'était de raconter la sienne, explique Philippe Lellouche. Cela tombait à un moment où l'on me demandait un film. J'espère en ayant été le plus sincère possible, avoir comblé certaines maladresses techniques », ajoute-t-il». Philippe Lellouche a réuni devant sa caméra la petite bande de copains qui le suit au théâtre, et d'autres, sa femme Vanessa Demouy, Nicole Calfan, Christian Vadim, Julie Bernard, Gérard Darmon, Julie Gayet, Bruno Lochet dans un grand numéro d'idiot du village, plus le petit Solal Lellouche qui joue son propre personnage. « J'aime trop les bandes, plus on est, plus je suis heureux ». N'y manquait que le grand frère. « Nous avons été élevés dans une grande proximité mon frère et moi, raconte Philippe Lellouche. Mon frère devait jouer à ma place, mais il était trop triste pour interpréter le personnage de papa ». Néanmoins, Gilles Lellouche s'est transformé en narrateur, une voix off qui déroule la pellicule et glane la chronique d'un moment d'insouciance, qui ne reviendra pas, mais les protagonistes de cet été sur l'herbe n'en savent encore rien.
« Nos plus belles vacances » est l'histoire de trois couples de « Parisiens têtes de chiens », comme les gosses de la province chantaient les étés brûlants remplis du vacarme des cigales et de quelques autres clichés. Ils investissent la maison d'enfance d'Isabelle (Julie Gayet), l'épouse trompée de Claude (Philippe Lellouche). C'est l'été des grandes décisions, de couples qui vont peut-être se défaire ou se former sous les lampions de la fête locale. La Bretagne rurale se méfie des envahisseurs. Au café Pondemer, on toise les citadins venus de la capitale. La Bretagne est profondément catho - mais « tous les enfants s'embrassaient derrière l'église » se souvient Philippe Lellouche -, et Claude est un Juif pied-noir. Ces gens-là aiment l'argent, dit-on au café. Ils veulent acheter une maison, méfiance. Il faudra du tact, un peu de roublardise et tenir l'alcool distillé à la ferme pour se mettre les hommes du village dans la poche. Pour M. Guilois (Jackie Berroyer) c'est déjà fait, éternel amoureux de Mamie (Nicole Calfan), la fille du pays.«
« Je savais que je raconterais cette histoire un jour. J'espère défendre de jolies valeurs. Il n'y a aucun enjeu professionnel. Je sais que le succès est une chose tellement compliquée à approcher. Je serais déçu qu'il ne rencontre pas son public, mais je pourrais le comprendre. Je pense qu'il y a certains endroits où j'ai été maladroit dans la mise en scène, des scènes que j'ai ratées. Mais je serais surpris que cela ne touche pas les gens. J'en ai discuté avec Nakache et Toledano, « Intouchables » leur a totalement échappé. Même le succès peu être angoissant ».
Yvan Atall à qui il avait proposé le rôle, lui a répondu : « fais-le, c'est ton histoire ! »
« Nos plus belles vacances »est une histoire d'amitiés, de copains, comme le cinéma français sait de temps à autre en produire.« Je pense que l'amitié est une valeur masculine. Chez les femmes, je n'ai envie de voir que des qualités ». Et il cite De Gaulle : « Derrière chaque grand homme, il y a une femme ». « En tout cas, je voulais qu'on s'attache à l'histoire plus qu'à l'époque ».
« La part d'enfant qui est en moi est encore extrêmement présente »,
dit le réalisateur qui s'est imaginé avoir reçu, trente-cinq après, la carte postale qu'il avait écrite l'été de ses dix ans. L'été 76, « c'était quand même vachement mieux », avoue-t-il.
Richard Pevny
Richard Pevny