09/11/2011

Virginie Efira : « J’étais remplie d’espérance, je n’ai pas été déçue »

Anne Fontaine était venue me voir au théâtre où je jouais « Nathalie » (Elle en a réalisé le film avec Emmanuelle Béart et Gérard Depardieu en 2003, ndlr). Je connaissais le nom de mes partenaires avant d’avoir lu le scénario. J’étais remplie d’espérance, je n’ai pas été déçue. Je suis très admirative des femmes qui essaient des choses à chaque fois. Ce film, « Mon pire cauchemar », c’est devenu une référence de ce que j’attends des rapports à l’autre. Anne Fontaine à l’apparence du personnage d’Isabelle Huppert et la nature de Benoît Poelvoorde. J’envie beaucoup les efforts qu’elle fait pour paraître lointaine, supérieure. L’humour d’Anne Fontaine, moi je m’y suis retrouvée totalement.
Ma première scène ? Je dirais, c’est quand le plaisir dépasse le regard sur soi. En ce sens, Benoît désacralise beaucoup. Tu ne te regardes jamais jouer. De l’élégance, ils en ont tous et n’arrivent pas avec une position hiérarchique, mais une curiosité de l’autre. Ils vous débarrassent de l’envie de bien faire.
André Dussollier ? J’aime bien son côté anglo-saxon, bien élevé. C’est homme me parlait comme si j’avais la filmo du siècle.

Recueilli par R.P.
Virginie Efira est belge comme son compatriote Benoît Poelvoorde. D’abord animatrice à la télé belge, puis sur les chaînes françaises, elle apparaît dans quelques séries (« Kaamelott » notamment) et au générique (voix) de films d’animation (« Garfield », « Robots »). Depuis 2009, elle a tourné dans dix longs métrages.

Anne Fontaine : « Benoît Poelvoorde c’est ma muse »

Le personnage d’Agathe interprété par Isabelle Huppert, c’est un peu un mélange d’elle et de moi. On ne l’imagine pas à quatre pattes ou faisant ses courses à Ikea. Elle a joué avec cette image qu’ont les gens d’elle. J’ai joué avec cette idée d’une femme de pouvoir, un peu snob. Moi, je suis plus le personnage joué par Benoît Poelvoorde. Je suis peut-être un peu moins odieuse que Patrick (son prénom dans le film, ndlr). Je voulais de la profondeur dans les personnages. Ce film nous ressemble, Benoît et moi, beaucoup. Nous avons vraiment élaboré le projet ensemble.
Il faut qu’il y ait quelque chose qui vous échappe dans un film. Je n’avais jamais essayé de réaliser une comédie aussi frontale, alors que mes sujets sont plutôt obliques et tordus. Il y a une altérité incroyable avec Benoît. Il est ma muse. Je ne me vois pas continuer dans le cinéma sans lui. J’y suis attachée d’une manière incroyable. J’ai besoin d’admirer quelqu’un pour pouvoir le filmer.
Je l’ai rencontré en 1993. Nous étions chacun sur notre premier film (1). J’ai dit à quelqu’un : ce type a du génie. J’ai été frappée par l’inventivité de ce garçon. Nous avons voyagé ensemble lors d’une tournée à l’étranger d’Unifrance Films. Un jour je lui ai dit : je voudrais avoir ton avis artistique sur un scénario. Qui tu imagines dans le rôle ? Un mois plus tard je l’appelle. Nous avons fait des essais dans une chambre d’hôtel au Japon. Il était bouleversant. J’ajoute qu’Isabelle a adoré l'idée que je les réunisse.

Recueilli par R.P.
(1) Elle venait de réaliser « Les histoires d’amour finissent mal… en général » et lui était au générique du trash belge « C’est arrivé près de chez vous ».

Anne Fontaine a été danseuse, show girl, actrice (« Tendres cousines » de Guy Hamilton et « P.R.O.F.s » de Patrick Schulmann entre autres), avant de réaliser son premier long métrage en 1992. « Mon pire cauchemar » est son treizième film.

Benoît Poelvoorde : « J’ai quand même fait la brouette avec Isabelle Huppert "

ua8BenoitPoelvoerdeCinemed_08.jpgIsabelle Huppert et Benoît Poelvoorde sont les protagonistes de « Un pire cauchemar » d’Anne Fontaine. Un tandem insolite pour une comédie sur les apparences. Rencontre au Cinemed de Montpellier.
C’est votre troisième film avec Anne Fontaine…
Elle m’a proposé le film, on était à quinze jours de la sortie de Coco Chanel (« Coco avant Chanel », ndlr). Le film n’était pas encore sorti qu’elle en préparait déjà un autre, elle n’arrête jamais. Elle m’a dit : je voudrais faire une comédie avec toi et Isabelle Huppert. Je lui ai dit : ça ne marchera jamais ! T’inquiètes, on va trouver une idée. Ensuite j’ai vu Isabelle Huppert qui a accepté le scénario. On a fait un essai caméra, elle est impressionnante.

Vous aviez le trac ?
Pire que ça. J’ai eu la trouille. Elle m’a fait peur, mais elle est super gentille. J’ai réussi à la faire rire.

Vous l’avez portée dans vos bras
C’est un moineau, moi je n’ai aucune force dans les bras. J’ai jamais vu un poignet aussi petit…

Anne Fontaine dit s’être servie de vos deux caractères ?
Elle est partie de nos clichés. Isabelle est cérébrale, moi grossier et alcoolique mais en même temps.

Pour vous, c’était un tandem improbable ?
Je ne me serais jamais imaginé tourner un jour avec Isabelle Huppert. Là, je vais faire un film avec Laetitia Casta, l‘histoire du banquier Stern (« Sévères » d’Hélène Fillières, ndlr)  , je n’y crois toujours pas. J’ai peur d’être ridicule, j’ai la trouille.

Vous semblez plus à l’aise avec Anne Fontaine ?
Elle me connait très bien, je la connais bien. Le personnage qui ressemble le plus à Anne Fontaine, ce n’est pas Isabelle Huppert, c’est moi. Je n’oserais pas le dixième de ce qu’elle est capable de faire. Elle est beaucoup plus sauvage que moi. Elle n’a peur de personne. Je suis moins courageux qu’elle. Par contre elle n’est pas grossière. Moi, je suis consultant en grossièretés. Ne pas confondre avec la vulgarité.

Quelle différence ?
Avec Gérard (Depardieu, ndlr) nous sommes des champions du pet. La vulgarité c’est de lâcher un pet en douce. La grossièreté c’est de dire : celui-là, il est pour moi.

Quel est le film qui vous ressemble le plus ?
« Cow boy«  (de Benoît Mariage en 2007, ndlr), c’est le plus proche de moi. C’est l’histoire d’un dépressif.

Vous l’avez été ?
C’est terminé. Vous savez, tout le monde est un peu dépressif, tout le monde a un côté un peu fragile. Une fois que tu as sorti la tête de ton cul, alors là tu est imprenable. Des chose qui te paraissaient importantes avant, ne le sont plus. On ne joue pas sa vie au cinéma. Anne a été vachement présente quand je n’étais pas bien. Elle m’a défendu quand on racontait n’importe quoi sur moi, parce que moi j’étais incapable de me défendre.

Il est question d’art contemporain dans le film, ça vous parle ?
C’est même mon premier métier. J’ai fait les Beaux Arts pendant quatre ans. Je ne suis pas du tout acteur au départ. J’ai été dans la première école d’art contemporain en Belgique. De l’art contemporain, j’en ai vu défiler…

Anne Fontaine se moque un peu du côté chieuse du personnage d’Isabelle Huppert…
Elle se moque de l’idée que l’on se fait d’Isabelle. C’est quand même l’actrice absolue, comme Depardieu. Il sont au-delà de l’acteur. Elle peut jouer dans quatre langues, moi je suis un minus à côté d’elle. On ne bosse pas dans la même catégorie. J’ai eu de la chance de jouer avec elle. Attention, je ne me fais pas plus petit que je ne suis. Elle est présente dès la première prise, tout de suite. Elle ne joue pas, elle incarne. J’adore quand elle dit : pas du tout ! Elle le fait avec une intelligence de jeu. Face à elle, il ne faut pas être spectateur, sinon tu es bouffé.

Vous n’en revenez toujours pas ?
Je ne me rends pas compte. Généralement, je ne regarde rien me concernant. On m’a dit : lis ce qu’Isabelle dit de toi dans le dossier de presse. J’y ai vu une photo où je suis à quatre pattes en dessous de la jupe d’Isabelle Huppert. J’ai quand même fait la brouette avec elle…

Cela vous change ?C’est comme courir avec quelqu’un qui court plus vite que toi, tu vas forcément aller au-delà de tes possibilités. Ca rend fort de jouer avec quelqu’un de fort, ça rend con de jouer avec quelqu’un de con.

Vous ne regardez pas vos films ?
Ca me rendrait malheureux. Je ne me supporterais pas. Ma femme me dit : tu as du sable dans les oreilles. Et la tête dans le sac. Je fais l’autruche, je veux pas savoir.

Même avec Anne Fontaine ?
Je lui fais une totale confiance. Anne Fontaine, c’est ma famille, elle peut me demander n’importe quoi.

Et vos autres films
Je suis totalement enfantin, pour moi c’est un jeu. Certes, je suis responsable de mes actes, mais en même temps je ne veux pas trop être responsable. Au début je ne fonctionnais que par le plaisir. J’ai fait plein de films parce que j’avais envie de rencontres. «  Le Boulet » par exemple c’était pour rencontrer Gérard Lanvin. J’ai fait des films uniquement - tu ne peux pas savoir - pour m’amuser. Ou parce que j’aimais bien le mec qui le réalisait. Un jour, mon agent m’a dit : on ne fait pas du cinéma par charité. J’ai fait un film uniquement parce que le mec était dans la merde. Je ne le connaissais pas. Le mec m’a tellement fait rie que j’ai dit OK je le fais.

Au côté d’Isabelle Huppert, il y a aussi André Dussolier…
Il est très rieur. Je lui disais des trucs de cul. Il a une élégance rare. Plus je lui parlais de cul plus ça le faisait rigoler. J’en ai fait des kilomètres. Il traque. Il a fait je ne sais combien de films et il a toujours le trac. Avec la carrière que t’as…, je lui disais. Il en est émouvant. André, il pourrait déclamer le bottin, ce serait à tomber par terre.

Et Isabelle Huppert, vous arriviez à la faire rire ?
Isabelle, pour la faire rire, je lui demandais en arrivant : tu te trouves jolie aujourd’hui ou pas ? Elle me répondait : je me trouve super.

Le rire, c’est une seconde nature chez vous ?
Je n’aime pas le rire utile, le rire qui sert à quelque chose. Pour le moi le rire ce doit être con. J’aime bien les trucs très cons. Dans les mariages, je préfèrerais montrer mon cul que de débattre des problèmes de la bande de Gaza. Regardez la comédie italienne, c’est d’une méchanceté. Jamais ils ne tombent dans les cliché du rire dénonciateur.

Vous êtes à l’origine du titre : Mon pire cauchemar ?
C’est venu de « Entre ses mains » le film avec Isabelle Carré. J’ai vraiment été chiant sur ce film. Je ne voulais pas le faire. Dès l’instant où je l’ai commencé, j’ai senti que j’allais ramer. Je faisais ma coquette. Elle a été d’une force, elle me tenait à bout de bras. Ensuite, je me sentais coupable et je l’appelais; je laissais sur son répondeur ce message : c’est ton pire cauchemar qui appelle. Cela nous est resté depuis, chaque fois que je l’appelle. Ce titre, il est parfait.

Interview recueillie par Richard Pevny dans le cadre du 33e Festival international du film méditerranéen de Montpellier du 21 au 29 octobre.
Photo de Benoît Poelvoorde par Eric Catarina à Montpellier.