24/12/2008

Marilyn Monroe un trésor pour l'édition

marilyn livre.jpgElle fut, dans cet Hollywood de l'âge d'or du cinéma, une petite graine qui ne demandait qu'à croître et à se répandre sur la toile blanche des salles obscures de la planète. Norma Jeane serait, elle-même, le témoin de la lente évolution de ce corps vers le sublime.
Marilyn Monroe, ce sera d'abord des photos. Des photographies faites par un jeune caporal de l'armée qui l'ayant remarquée pliant des parachutes dans une usine d'aviation, lui aurait demandé de poser. Poser, Marilyn adorait cela. Enfant, tante Grace, la meilleure amie de sa mère, ne lui promettait-elle pas un avenir brillant à la Jean Harlow, la blonde platine. Sauf que cette dernière allait bientôt mourir d'une septicémie à la suite d'un avortement. Elle se revoyait à l'orphelinat, dont l'une des fenêtres du dortoir donnait sur le château d'eau des studios de la RKO où sa mère avait travaillé, songeant qu'elle pourrait un jour faire partie de la cohorte des starlettes de l'usine à rêves. Mais pourquoi une "bathing beauty" quand on pouvait devenir une Norma Shearer, une Greta Garbo, une Marlene Dietrich ou Ginger Rogers la star dansante de la RKO avec Fred Astaire.
Les photos du caporal atterrirent sur le bureau de Darryl Zanuck à la Fox. Mais après deux minuscules rôles, Zanuck qui ne la trouvait pas belle, ne reconduisit pas son contrat de six mois. De là, elle devint l'une des filles de Joe Schenck, cofondateur de la Twientieth Century Fox avec Zanuck. C'est comme ça qu'elle débarqua à l'une de ces fêtes sur le bateau d'Harry Cohn, le patron de la Columbia. En mars 1948, il y a soixante ans, Marilyn Monroe faisait ses débuts aux studios de la Columbia Pictures. Pas pour longtemps, en septembre elle était de nouveau libre, continuant à fréquenter les fêtes, à passer de mains en mains au cours de ces soirées, jusqu'à ce réveillon du 31 décembre 1948 chez Sam Spiegel à Beverly Hills. Le futur producteur de "Sur les quais", "Le pont de la rivière Kwaï" et de "Lawrence d'Arabie" rassemblait à ses soirées la crème du cinéma. Ce soir-là, il y avait notamment Johnny Hyde, l'un des agents les plus influents qui venait de perdre Rita Hayworth partie avec le prince Ali Kahn. Hyde qui avait fait la découverte de Lana Turner "avait l'oeil pour les beautés". Johnny Hyde vit immédiatement en Marilyn ce que tous les autres autour de lui n'avaient pas remarqué, son potentiel. Il l'invita à Palm Springs et en tomba amoureux. Il réussit à convaincre John Huston de lui faire passer un bout d'essai pour son film "Asphalt jungle" (Quand la ville dort). C'est alors que la jeune fille se révéla à tous ceux qui l'avaient croisée sans vraiment la voir et qui désormais n'avaient d'yeux que pour Marilyn Monroe. Ainsi Joseph Mankiewicz qui avait visionné un premier montage du film de Huston, proposa à Marilyn un petit rôle dans son nouveau film "Eve".Du coup, Zanuck accepta de la reprendre à la Fox pour un contrat de sept ans.
Un critique écrirait quelque temps plus tard qu'elle était comme "une actrice du muet égarée sur les écrans du parlant", exprimant avec son visage ce qu'aucun mot ne pourrait jamais exprimer. Avec son corps, aurait-il pu ajouter, car sortait en même temps un calendrier. On l'y découvrait, sublime Eve s'étirant sur un drap rouge écarlate. De quoi mettre le rouge au front de tous les routiers d'Amérique.
Elle partit une nuit d'août 1962 constellée d'étoiles, les intestins bourrés de barbituriques. Deux mois auparavant, le photographe Bern Stern qui revenait de Rome où il avait photographié Liz Taylor sur le tournage de "Cléopâtre", rencontrant Marilyn au Bel-Air Hôtel pour une séance, l'avait trouvée "vulnérable, ivre, délicate, troublante et attirante". C'est ainsi qu'elle parut une dernière fois dans Vogue le lendemain de sa disparition.
D'elle il ne reste qu'une plaque que longtemps Joe DiMaggio le seul qui l'ait jamais aimée, fit fleurir trois fois par semaine pendant vingt ans au Wenstwood Memorial Park où elle repose depuis le 8 août 1962 dans un cercueil de bronze capitonné de velours.
"Il est bouleversant de songer que l'une des plus grandes stars de la planète est morte dans une solitude totale, après avoir tant accompli mais sans avoir jamais réalisé ses rêves les plus chers", écrit Jenna Glatzer dans ce qui n'est sans doute pas la dernière biographie sur la star, mais la plus collector, illustrée de 180 documents, ainsi que dix enveloppes contenant des fac-similés de souvenirs propres à la star : certificats de naissance ou de mariage avec Joe DiMaggio, magazine Foto Parade dont elle fit la couverture en 1949, planche-contact, billets d'avion, notes d'hôtel, dossier du FBI, invitation nominative, aquarelle dédiée au président Kennedy... Voilà un objet qui se démarque de la banale production annuelle de livres sur Marilyn Monroe.
Richard Pevny
"Les trésors de Marilyn Monroe" de Jenna Glatzer. Editions de La Martinière. 180 p., 39 euros.

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28/01/2008

"Ce que personne ne peut dire avec des mots"

Du plus petit – un simple téléphone portable – au plus grand, l'écran est devenu quasi indispensable à la vie de l'homme du XXIe siècle. Il s'est banalisé pour s'afficher partout, en mur d'images, ultra plat accroché au mur, bientôt avec l'avancée des technologies, plasma, cristaux liquides et nanomatériaux, il se fondra dans ce mur, sera peut-être implanté sous la peau directement dans l'oeil du consommateur, une puce organique reliée au système nerveux comme dans l'inquiétant "eXistenZ" de David Cronenberg. Cet écran « enrobe l'existence de chacun, sans qu'il s'en rende compte, d'une atmosphère de cinéma », écrivent Gilles Lipovetsky et Jean Serroy dans leur essai "L'écran global". Récemment, mes enfants m'ont offert un iPod nano, inquiètes de l'utilisation que j'allais pouvoir en faire, moi qui n'envoie jamais de SMS avec mon portable et n'y réponds pas. Mais je pourrais, ont-elles ajouté, y faire contenir tout Mozart et sans doute Beethoven, et au cinéphile que je suis, télécharger des films, sur un écran de la surface d'une demi-carte bancaire. Il y a quelques années, j'aurais trouvé cela plutôt curieux de revoir ainsi l'attaque des hélicoptères Apache sur fond de Chevauchée des Walkyries, une des scènes phares de "Apocalypse now". Des gamins passent leurs journées à télécharger jusqu'à des bandes-annonces, histoire sans doute de regarder quelque chose...
« Le cinéma devient, via ces écrans d'atmosphère, la toile de fond, le background du quotidien hypermoderne », poursuivent nos deux cinéphiles. Cet « écran-monde » annonce-t-il la fin de l'expression écrite, de l'écrit-papier qui, se dira-t-on un jour, avait tout de même la peau dure, et du cinéma en salles qui avait la fonction de réunir des gens de milieux et cultures différents dans un même lieu. Chaque amateur de foot ou de rugby sait que le petit écran ne remplacera jamais le lien que crée un stade, son ambiance particulière, encore que plus de trois personnes dans votre salon et c'est déjà un bout de tribune ou de salle obscure.
A l'homo sapiens sapiens aurait donc succédé l'homo écranique, suggèrent les auteurs de "L'écran global". Pour eux, « l'écran n'a pas seulement été une invention technique constitutive du septième art, il a été cet espace magique où se sont projetés les désirs et les rêves du plus grand nombre ». Luttant contre cette idée que le tout-écran pourrait enterrer le cinéma, Lipovetsky et Serroy montrent au contraire qu'il ne cesse de « se réinventer ». David Lynch l'un de ses novateurs chez qui « l'image-émotion l'emporte sur l'image-intellection », souligne que « le cinéma est un moyen de dire ce que personne ne peut dire avec des mots ».
En 2007, cette fonction sociale du cinéma, c'est "4 mois, 3 semaines, 2 jours" du Roumain Cristian Mungiu, Palme d'or au festival de Cannes, qui a « rendu à la Roumanie une fierté perdue et une confiance à laquelle le pays aspirait depuis la chute de Ceausescu, créant une véritable euphorie jusque dans le pays profond et jouant comme un for élément d'identité nationale retrouvée », rappellent-ils.
Dans "La nuit américaine", François Truffaut réalisateur d'un film dans le film, dit à Jean-Pierre Léaud que le cinéma est supérieur à la vie. Les passagers de "Vol 93" de Paul Greengrass sont à ce point vrais qu'on a l'impression de regarder un documentaire. Sans doute parce que nous avons pour longtemps en mémoire les images de la tragédie du 11 septembre 2001. Deux avions qui s'encastrent dans les Twin Towers, comme des images d'un film catastrophe hollywoodien. Mais les acteurs de ces tours infernales ne sont ni Steve McQueen, William Holden ou Fred Astaire, mais des visages qui ont définitivement disparu de nos écrans.
Richard Pevny
"L'écran global" de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy. Seuil. 366 p., 22 euros.
Article paru dans l'Indépendant du mercredi 9 janier 2008.

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Une histoire de la censure au cinéma

e3587caf43d1459bf97c23093ac6e029.jpg9bf9433a1bc7d0e8e82d116004fcdbca.jpgLe 11 juin 1909, les opérateurs des actualités Pathé sont à Béthune pour filmer "La quadruple exécution de Béthune", un tableau vivant avec dans les principaux rôles Abel et Auguste Ponet, Canus Vromant et Théophile Deroo. Chez Pathé, plutôt que de reconstituer la scène en studio, comme on le faisait pour "L'assassinat du duc de Guise", on dépêche sur place une équipe d'opérateurs, malgré une interdiction formelle du ministre de l'Intérieur. Ce qui entraîne l'envoie d'une circulaire à tous les préfets visant à « interdire radicalement tous spectacles cinématographiques publics de ce genre, susceptibles de provoquer des manifestations troublant l'ordre et la tranquillité publics ». « Cette circulaire est l'acte de naissance de la censure du cinéma français », écrit donc Albert Montagne dans un ouvrage qui en retrace la chronologie de 1911 à aujourd'hui (1). Car la "censure" n'a jamais disparu dans les faits, même si de nos jours elle est plus financière que politique ou morale, celle qu'exercent les groupes de pression sur certaines sorties controversées. C'est aussi bien "L'âge d'or" de Luis Bunuel dont la projection en 1930 au Studio 28 à Paris est troublée par les Camelots du Roi et les Jeunesses patriotiques qui "lancèrent des bombes sur l'écran et cassèrent des fauteuils", écrit Albert Montagne, que les chapelets de catholiques intégristes manifestant devant les cinémas qui projettent "La dernière tentation du Christ" de Martin Scorsese en 1988.
Cette censure institutionnalisée s'exercera particulièrement en temps de guerre. C'est durant la Première Guerre mondiale qu'entre en vigueur le visa de censure. Avec l'instauration du régime de Vichy, les films ont affaire à une double censure, allemande et française. Cette dernière n'est pas la moins absurde qui exige la « suppression de tous les propos gouailleurs d'Arletty » dans "Le jour se lève" de Marcel Carné. "Quai des brumes" est interdit sous prétexte, écrira Marcel Carné dans ses mémoires, que circulait « une rumeur d'une incroyable sottise » que « si la guerre avait été perdue, c'était la faute au Quai des brumes ». Le même Carné, à la Libération, se verra reprocher d'avoir tourné deux films avec Arletty durant la guerre et pas des moindres : "Les visiteurs du soir" et "Les enfants du paradis".
Cette censure ou autocensure, peut prendre des formes plus insolites. Souvenons-nous du projectionniste (Philippe Noiret) de "Cinéma paradiso" jouant avec ses ciseaux pour éliminer des films du cinéma paroissial tout ce qui pourrait choquer les bonnes moeurs ou contrevenir à la morale chrétienne ; quand ce n'est pas le fait de collectionneurs de photogrammes...
Albert Montagne raconte la confidence qui lui avait été faite par un représentant du CNC et membre de la commission de contrôle, qui avait eu la visite d'un représentant de l'armée lui demandant l'interdiction du "Gendarme de Saint-Tropez" sous prétexte que le film de Jean Girault « ridiculisait l'uniforme et le prestige de l'armée ».
On connaît aussi l'épisode de "La religieuse" de Jacques Rivette en 1966, interdit par Alain Peyrefitte alors ministre de l'Information, quand son collègue André Malraux le proposait dans la sélection du festival de Cannes. En 1992, la mairesse d'une bourgade de Vendée interdit "Basic Instinct", déclenchant une polémique nationale. En 1997 c'est l'affiche de "Larry Flynt" de Milos Forman qui provoque des réactions passionnées, comme l'avait été celle de "Ave Maria" de Jacques Richard et en 2002 celle de "Amen" de Costa-Gavras. La liste est longue des films qui ont subi les foudres de la censure, le sexe n'étant souvent qu'un prétexte. Aujourd'hui, beaucoup plus économique, elle s'exerce le plus souvent en amont. « Un film censuré est un film limité dans sa diffusion et dans son rendement », note Albert Montagne, collaborateur des Cahiers de la Cinémathèque (Institut Jean Vigo à Perpignan) et de CinémAction.
Richard Pevny"Histoire juridique des interdits cinématographiques en France (1909-2001). L'Harmattan. 258 p., 23 euros.

Article paru dans l'Indépendant du mercredi 23 janvier 2008.

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