03/08/2012

50 ans après au Westwood Memorial

DSCN0609.jpgJour de Noël au Westwood Memorial Park, à l'ouest de Los Angeles. C'est loin du tumulte d'Hollywood Boulevard, que Joe DiMaggio choisit, l'été 1962, de déposer le corps de Marilyn dans un casier dont la plaque de marbre se couvre périodiquement de baisers. Un grand coin de verdure cerné de buildings qui en masquent l'entrée. Il n'y a quasiment personne, même pas ces touristes, plans en mains, qui dans l'immense Forest Lawn à Glendale recherchent la crypte abritant le cercueil de Michael Jackson, ou à l'Hollywood Memorial Park, adossé aux studios Paramount, mitraillent les mausolées de Rudolph Valentino et de Douglas Fairbanks.
Ce dimanche, les touristes font du lèche-vitrines de luxe sur Rodeo Drive, se prennent en photos devant l'entrée du Beverly Wilshire, espérant tomber inopinément sur Julia Roberts. Au Westwood Memorial Park, des arbres déploient leurs branches charnues sur la verdure piquée de plaques de bronze sous lesquelles reposent des célébrités qui ont construit l'image d'Hollywood. L'une d'elles est au nom de Darryl F. Zanuck, le puissant patron de la Twenthieh Century Fox, le studio qui avait sous contrat Marilyn et qui, en juin 1962, la renvoya de son dernier film (inachevé) « Somethings got to give ».
Pendant plus de vingt ans, la star du baseball fit fleurir plusieurs fois par semaine la dernière demeure de la star. D'autres ont pris le relais. Ce jour de Noël, une grande couronne de fleurs rouges se signale de loin. Comme sans doute des milliers d'autres pèlerins, je pose mes doigts sur la plaque au nom de la star, comme s'il s'agissait d'une relique sacrée. Morte un soir de déprime dans sa maison de Brentwood qu'elle venait d'acquérir, d'un cocktail de barbituriques et de Dom Perignon, Marilyn Monroe repose depuis cinquante ans dans un cercueil de bronze à Westwood, près de l'université de Los Angeles, à l'écart de cet Hollywood des studios qui la rendit célèbre et causa sa perte. Etre célèbre, elle en avait rêvé comme des milliers d'autres filles, mais le rêve de Norma Jean Baker avait été le plus fort.
Richard Pevny

De Norma Jean à Marilyn

-®Bernard of Hollywood-Norma Jean - Secr+®taire - 1946.jpgLe photographe Bruno Bernard la croise un jour de juillet 1946 sur Sunset Boulevard et lui tend sa carte professionnelle : « Mademoiselle, lui dit-il, j'aimerais faire quelques photos de vous ». Rendez-vous est ensuite pris au 9055 Sunset Boulevard où se trouve le studio de Bernard of Hollywood. Norma Jean ne peut manquer l'enseigne en relief à côté d'un portrait maison de Gregory Peck. Ces premières photos (voir photo ci-contre)paraissent dans le magazine Laff. Elles intéressent Darryl Zanuck, le nabab de la 20th Century Fox au cigare légendaire. D'autant plus que le LA Times publie une photo de Howard Hughes, qui dirige entre autre la RKO, tenant entre ses mains ce même magazine Laff avec en couverture le sourire de Norma Jean.
Bruno Bernard est arrivé à Los Angeles en 1937. C'est un survivant. A 27 ans, ce chef de groupe clandestin juif, traqué par le régime nazi, a fui l'Allemagne avec pour tout bagage un vieux Rolleiflex. A Hollywood, il est bientôt surnommé le Rembrandt de la photo glamour. Toutes les filles à qui l'on a dit un jour « tu devrais faire du cinéma », se précipitent alors aux portes de l'usine à rêves. Norma Jean est celle qui rêvera le plus fort. Plus tard, lors du tournage de « Sept ans de réflexion », apercevant Bruno Bernard, elle profite d'une interruption, prend le photographe dans ses bras et lui dit : « Souviens-toi Bernie. Tout a commencé avec toi ». De ce tournage, nous reste la célèbre photo de Marilyn en robe blanche au-dessus de la bouche d'aération du métro sur Lexington Avenue. L'album « De Norma Jean à Marilyn» (1) réunit quelque 150 photos de Marilyn de 1946 à 1956 dont une quarantaine inédites. En parallèle, nous avons des extraits du journal, des notes, carnets, documents et planches contact du photographe. «Pour des millions d'hommes dans le monde, elle était la femme la plus désirable qui soit et pourtant, elle est morte jeune, seule et désespérée », le combiné du téléphone dans la main, écrit-il. Dans son carnet noir, elle avait noté : « Seule !!!!! Je suis seule. Je suis toujours seule quoiqu'il arrive » (2).
Richard Pevny
(1) De Susan Bernard, photographies de Bruno Bernard dont un tirage signé à encadrer. 198 pages, 25 euros. Editions Hugo et Cie.
(2) « Fragments » de Marilyn Monroe. 104 fac-similés de manuscrits et leur traduction. Seuil (format poche). 356 pages, 12 euros.

16/05/2012

Henry Chapier : "J'ai vécu une époque où des couples d'amoureux se séparaient à cause de Godard"

Il trouve que le moment n'était peut-être pas bien choisi, vu le nombre de documents politiques qui s'éditent depuis le début de la campagne pour l'élection présidentielle. Et ce n'est pas fini ! "C'est une question d'amour-propre par rapport à mon éditeur et de la confiance qu'il a mise en moi". A soixante dix-neuf ans, après bien d'autres livres, le moment était venu d'écrire celui-ci, plus personnel. En refusant toute chronologie et en se faisant rencontrer deux dates, le 4 avril 1987, première des 327 émissions du "Divan" et le 4 avril 1944 qui marque le bombardement de la ville de Bucarest, la ville de son enfance, par l'aviation allemande. "J’ai un peu appuyé sur l’accélérateur. Je me suis dit que j’allais disparaître, ou perdre ma tête. Cela est arrivé à d'autres à mon âge". Il fallait l'écrire rapidement ce livre, "je me le reproche un peu". Pourtant, son refus de la chronologie rend la lecture de "Version originale" vraiment originale. Et qu'Henry Chapier ne se chagrine pas, tous les amoureux du grand écran trouveront dans ces pages de quoi alimenter leur cinéphilie. Et c'est de plus un antidote à la morosité ambiante.

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